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Afghanistan : leçons algériennes pour l’Occident.

dimanche 29 mars 2009, par Hélie de Saint Marc

Après la perte d’un soldat français en Afghanistan, l’auteur, écrivain et officier, explique pourquoi les États-Unis et leurs alliés étudient l’histoire de la guerre d’Algérie et des SAS (sections administratives spécialisées) pour en tirer des leçons.


Après la perte d’un soldat français en Afghanistan, l’auteur, écrivain et officier, explique pourquoi les États-Unis et leurs alliés étudient l’histoire de la guerre d’Algérie et des SAS (sections administratives spécialisées) pour en tirer des leçons.

Le passé et le présent sont comme l’eau et l’huile : ils se superposent sans se mélanger.

Nous commémorons ces jours-ci le cinquantième anniversaire de la mort d’Yves Schoen, l’une des figures les plus lumineuses des SAS en Algérie. Dans le même temps, chaque jour nous parviennent des informations venues du Moyen-Orient, de l’Irak et de l’Afghanistan, où nos Soldats se battent et meurent.

Les hommes qui tombent au combat dans l’éclat de la jeunesse restent éternellement des points suspendus. Leur histoire s’écrit avec des questions. En ce sens, ils sont pour nous qui avons vieilli ou pour les générations qui suivent, des sources de réflexion presque inépuisables.

Les SAS ont presque disparu de notre mémoire collective, emportées par la volonté d’effacer la guerre d’Algérie comme un mauvais souvenir et une Histoire qui n’a pas eu lieu. Pourtant, eIles n’ont cessé d’être étudiées dans les écoles d’officiers aux États-Unis. Les stratèges de West Point savent qu’en Irak ou en Afghanistan une partie des obstacles que rencontrent les Américains sont ceux que l’armée française a dû affronter.

Le général Petraeus, chargé des fronts irakiens et afghans, a ainsi récemment préfacé un livre de l’officier français David Galula, qui prône une action sur tous fronts pour contrer un mouvement insurrectionnel. Les SAS en sont l’une des pièces maîtresses : la guerre doit se déplacer à l’échelle de la population, l’armée doit se fondre dans les villages et assumer des tâches civiles, construire la paix pour éteindre la guerre.

Certes on ne combat pas une insurrection comme on mène l’assaut sur un champ de bataille. Le front est partout et nulle part, dans la rue, à la porte de la maison. Il faut comprendre les raisons de se battre des insurgés et y apporter des réponses, montrer que la voie de la guerre est une impasse et offrir une alternative.

Yves Schoen est un exemple de ce que l’armée française a engagé dans le combat des SAS. Il parlait couramment l’arabe et le berbère, aimait et comprenait l’Islam. Il connaissait les moindres parcelles de son secteur et s’était lancé dans une course contre la montre pour pallier à l’héritage d’un système politique et administratif parfois injuste et toujours archaïque. Multipliant les rencontres avec les habitants des douars, il fut assistant social, chef d’entreprise, médiateur, agent de renseignement et soldat.

Sur le papier, loin du terrain ; tout est toujours clair. Dans la poussière du moment, c’est autre chose. Ses lettres en témoignent : « Nous avons paré de cette guerre bizarre que nous menons ici. Que de problèmes insolubles se posent ! Nous sommes, au nom de certains principes, amenés à agir à l’encontre d’autres principes - qui nous sont tout aussi chers. (...) Je suis persuadé que la question ne sera pas réglée à Paris par une quelconque loi-cadre. »

C’était un être lumineux comme savent en produire les situations exceptionnelles. Mort au combat, ses derniers mots -« je meurs » - furent prononcés en arabe.

Aussi la fin tragique de la guerre d’Algérie, comme les difficultés américaines au Moyen-Orient, nous alertent-elles sur les dangers de recourir à la stratégie contre-insurrectionnelle comme instrument temporaire et non comme un objectif politique. Dans les SAS hier, ou dans bien des secteurs sous domination américaine en Irak ou en Afghanistan aujourd’hui, cette stratégie prend un pari sur l’avenir de centaines de milliers d’êtres humains, avec à la clé un risque accru de guette civile et de massacres si l’objectif politique change du tout au tout.

Le général de Gaulle a d’abord appuyé le déploiement des SAS. Quatre ans plus tard, il décida de retirer brutalement l’armée française d’Algérie. Le massacre des harkis et de nombreux Algériens qui avaient cru aux promesses des SAS a été l’aboutissement tragique de cette volte-face. Espérons qu’au Moyen-Orient les leçons en ont été tirées et que le général Petraeus n’a pas fait que lire la théorie. Le destin tragique d’Yves Schoen est là pour nous rappeler que les soldats ne sont pas des pions ni les populations un échiquier géant pour les stratèges.

Article publié dans le Figaro du 23 mars 2009

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