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Vérités sur l’Algérie. Le rôle humanitaire des EMSI

vendredi 26 juin 2009, par Ginette THEVENIN-COPIN


Vérités sur l’Algérie.

De 1956 à 1962, l’armée française en Algérie et les autorités civiles ont eu le souci de l’assistance sociale et médicale aux populations isolées des campagnes et les montagnes, alors que l’AMG (assistance médicale gratuite) existait déjà dans les villes. Des Équipes médico-sociales itinérantes furent créées, les EMSI.

Des centaines de jeunes filles, de toutes origines et de toutes religions, tout à la fois assistantes sociales, puéricultrices, éducatrices furent au contact des familles dans le bled.

Elles se consacrèrent aux femmes et aux enfants, aux malades et aux vieillards, plus tard aux Harkis. les EMSI ont servi avec courage et abnégation dans les périls et les difficultés de la guerre.

La totalité de l’article peut être lue dans le document en pièce jointe. Il a été publié dans le N° 1746 . Juin-juillet 2009 . La voix du combattant. UNC. Voir in fine.


« Le rôle humanitaire des « Équipes-Médico-sociales-Itinérantes », (E.M.S.I.) en Algérie de 1957 à 1962

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs.

Avant tout, je tiens à remercier le Président Christian Poncelet, Président du Sénat, de nous accueillir dans le cadre prestigieux de ce que j’appellerais « la maison des sages » qui me permet de prendre la parole devant vous. Je remercie également six anciennes des E.MS.I. d’être venues m’entourer.

Je me présente. Je me nomme Ginette THEVENIN-COPIN. Native de Picardie, une région particulièrement meurtrie par le passé. Vivre l’exode et trouver au retour son village entièrement détruit, est un souvenir encore à ce jour difficile à effacer de ma mémoire.

J’étais donc une métropolitaine comme l’on nous désignait à cette époque, lorsque je suis partie en Algérie, fin 1957, œuvrer dans les « Equipes-Médico-Sociales-Itinérantes » dites « E.M.S.I », imaginant naïvement, pour ma part, que l’amitié pouvait favoriser le difficile chemin menant au calme et à la compréhension. Ces équipes créées en 1957 avaient une mission bien définie, celle d’aller dans les douars les plus excentrés afin d’aider les femmes à évoluer vers un avenir meilleur.

Quarante années d’écrits de témoignages, de récits, où tant de personnes ont exprimé leur souvenir, leur opinion, certains persuadés d’être les seuls à détenir la vérité, leur vérité. Hélas, trop souvent confiés à une certaine presse avide de sensationnel. Mais sur les « E.M.S.I. » rien !... Le silence.

Le rôle humanitaire des femmes auprès des femmes et des enfants en Algérie est un sujet« tabou ». Il faut se rendre à l’évidence. Le mal a toujours priorité sur le bien, triste réalité de notre époque. Cinq longues et difficiles années d’activité dans les « E.M.S.I. » me donnent le droit et le devoir d’en parler aujourd’hui devant vous.

Que ce soit l’été sous un soleil torride, ou l’hiver dans la neige et le froid glacial, j’ai parcouru la petite Kabylie, la Vallée de la Soummam, les Aurés-Nementcha, la presqu’île de Collo et bien d’autres régions que je qualifierais ironiquement à présent devant vous de... touristiques.

Oui, il y a eu une action humanitaire en Algérie. Ce fut le travail harassant de ce millier de femmes natives de France et d’Algérie et de jeunes musulmanes conscientes des difficultés, des risques encourus et de la valeur de leur mission, et qui, main dans la main, sont allées porter aux femmes et aux enfants de ce pays, ce que la France avait de meilleur à offrir : les qualités de cœur. En un mot : aide secours et amitié.

Familièrement appelées « Toubiba », elles étaient à la fois assistantes sociales, puéricultrices, éducatrices et amies tentant par leur présence, au côté de cette population rurale désorientée par les événements, de faire obstacle à la misère et à la peur, avec pour seule et unique ambition : donner un visage humain de notre pays.

J’ai pour ma part le souvenir de l’inconfort de mes étapes. Les éprouvantes marches sur des pistes sans fin. Les pluies diluviennes qui transforment les oueds en torrent. Les inondations qui emportent dans leurs eaux bourbeuses et tumultueuses les modestes biens nécessaires à la vie de tous les jours. Les glissements de terrain, fléau de ce pays, qui arrachent les mechtas sur leur passage, laissant des familles traumatisées face à ce douloureux coup du sort. Le village de torchis qui à cause d’une malveillance est la proie des flammes, qui ne laissent que des cendres.

Devant ces situations trop souvent tragiques et épouvantables, les « E.M.S.I. » étaient toujours présentes, afin de résoudre au mieux ces problèmes à priori insolubles. Bien souvent, avec ténacité et courage elles y sont parvenues, malgré le manque de moyens et de matériel.

J’ai tout au long de ce difficile parcours, connu de très grandes peines, lorsque l’on ne peut donner que ce que l’on possède. Nos moyens n’étaient pas à la mesure d’une population aussi dense, démunie de tout.

Je dois dire que j’ai également connu de très grandes joies : un enfant que l’on aide à naître, un autre à guérir, une adulte que l’on a secourue, et qui vous exprime sa gratitude par un simple sourire. Tous ces petits riens qui m’autorisent aujourd’hui. à témoigner ici.

L’action humanitaire en Algérie ce furent :

  • Les médecins et infirmiers militaires qui ont prodigué des soins gratuits à la population, les longues files de patients présentes chaque jour devant les infirmeries témoignaient de leur dévouement.
  • Les « sections administratives spécialisées » dites « S.A.S. » dans leur difficile travail administratif et leur énorme difficulté à gérer une population dont les identités se mélangent souvent et se confondent en un imbroglio invraisemblable.
  • Les jeunes appelés pédagogues qui avec volonté et ténacité inculquaient leur savoir à des enfants analphabètes, qui avec respect l’appelait « le Maître ».

Enfin les « E.M.S.I. », ayant la lourde tâche d’orienter la population féminine vers une évolution, assurance d’un avenir meilleur. Le seul regret que je puisse exprimer à présent sur ce sujet, c’est que nous aurions dG être plusieurs milliers pour enfin éradiquer la misère et favoriser l’évolution des femmes de ce pays, hélas contrecarrée par une démographie galopante.

Je le dis haut et fort, j’ai été et reste fière d’avoir accompli cette noble tâche, qui était d’apporter l’amitié, le réconfort et d’alléger la souffrance de ces gens. Vouloir à présent occulter cette action, c’est mépriser ce qui fait le ferment de l’humanité.

Ces cinq années de présence en Algérie m’ont permis de vivre tous les événements qui ont bouleversé l’histoire commune de nos deux pays :

 Le 13 mai 1958 dans l’enthousiasme.

 Le 23 avril 1961 dans l’espérance et l’inquiétude.

 Le 19 mars 1962 dans la honte et le désespoir.

Après cette date, le devenir des dix « Equipes-Médico-Sociales-Itinérantes » de la zone sud-est constantinoise dont j’avais la responsabilité, fut réglé dans la première quinzaine de juin, par une banale note de service déposée sur mon bureau, un texte sans ambiguïté :

« A compter du 1er juillet 1962, les « E.M.S.I. » de la zone-sud-est constantinoise seront mises à la disposition du. Gouvernement Algérien ».

Notre avis sur la question n’avait aucune importance, pour la simple et unique raison qu’on ne nous l’avait pas demandé. Pour les Européennes le problème pouvait être résolu. En ce qui concerne les jeunes Musulmanes, il ne faisait aucun doute que c’était pour elles une condamnation à mort certaine (hélas l’avenir nous l’a prouvé).

C’est alors que nous avons dû faire appel à notre conscience pour régler au mieux ce douloureux problème.

Les « E.M.S.I. » ont pour la plupart assuré le rapatriement des Harkis, du moins le petit nombre d’entre eux qui ont eu cette chance. La France, terre d’accueil et patrie des droits de l’homme, avait failli à sa réputation. Une fois de plus, l’humanité était bafouée.

En cette année 2003 dite « L’année de l’Algérie en France », qu’il me soit permis d’aborder le sujet dont se repaissent les médias et une certaine presse, sous la houlette d’une intelligentsia calomnieuse. Je veux parler de la « torture ». On ne peut nier que celle-ci ait existé et le regretter.

Hélas, il faut se rendre à l’évidence, tous les conflits en ce bas monde, engendrent cette sorte de pratique condamnable.

En Algérie, toutefois, il faut se garder de voir en chaque militaire, qu’il soit d’active ou simple appelé du contingent, un tortionnaire. S’acharner à culpabiliser des innocents est une intoxication dangereuse.

Je voudrais terminer mon intervention par cette phrase enfouie dans ma mémoire d’enfant, à qui l’on a inculqué certaines valeurs : « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie ».

C’est pourquoi je tiens à citer les noms des « E.M.S.I. » qui ont perdu la vie lors d’une embuscade ou ont été lâchement assassinées.

Leur souvenir est toujours vivace en nos mémoires. Nous réitérons ici le vœu que l’ensemble de leurs noms figurent enfin sur le Mémorial édifié à Paris.

Juste reconnaissance de leur sacrifice.

- Christiane GUENON,
- Keira Djamilla MADANI
- Kedassa M’BARKA,
- Saadia CHEMLA
- Yamina OUALI,
- Zhora NICHANI
- Zoubida MUSTAPHA
- Nadia LASSANI
- Germaine KlNTZLER

Le silence des morts ne doit pas favoriser leur oubli.

Je voudrais conclure mon intervention en exprimant cette pensée : La grandeur d’un pays se mesure à la valeur de ceux qui le représentent.

Le devoir de mémoire, concernant cette période de notre passé, est désormais le travail des historiens. Qu’il me soit permis de faire appel à leur intégrité. Ecrire l’histoire de ces années tumultueuses demande sagesse et honnêteté. Il n’est pas permis d’exclure ce qui dérange, et de promouvoir les idées qui arrangent. La mémoire doit être lucide, sans faille.

Nous admettons les critiques, mais que l’on reconnaisse également nos mérites de bâtisseurs et d’humanité.

La vérité ne doit pas être parée d’idéologie quelle qu’elle soit, pour semer la confusion dans les consciences. La vérité doit être nue.

Il est temps de nous rendre notre fierté, et notre honneur. Ceci est la mission des dirigeants de ce pays.

Merci.

Allocution prononcée en 2003, par Ginette THEVENIN-COPIN, à l’occasion d’un colloque des anciens médecins militaires en Algérie.

Documents joints

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