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Noël, l’intégration et un sapin diamanté

mardi 28 décembre 2010, par Akram Belkaïd


Chaque année, à cette période du solstice d’hiver, c’est la même chanson. Je ne parle pas des transports aériens qui se dérèglent, ni des routes qui deviennent impraticables, mais de l’ambiance qui entoure la fête de Noël. J’ai déjà consacré nombre de chroniques pour décrire cette espèce d’hystérie qui s’empare des gens que l’on voit cavaler d’un magasin à l’autre, les bras chargés de sacs, sans un regard pour les pauvres hères allongés sur les grilles d’aération du métro. Je ne me lasse pas d’observer leur visage de caneton effrayé, où s’ajoute aussi une pincée d’ahurissement, comme si l’acte d’achat devenait soudainement vital.

Dans les transports en commun comme au bureau, il suffit juste de tendre l’oreille pour happer quelques conversations édifiantes. Il y est question de menus, de saumon fumé, de dinde, de bon vin et de bûche à commander. Parfois, il y est fait référence à un dîner annoncé qui n’enchante guère car la belle-sœur et la belle-mère seront présentes. « Non seulement il va falloir les supporter, mais je dois en plus leur offrir un cadeau ». Telle était la complainte entendue dans un café de Saint-Michel où l’auteur de ces lignes aime à donner rendez-vous.

Mais il y a autre chose qui mérite d’être signalé. Il y a quelques jours, France 5 a diffusé un reportage à propos des enfants qui croient ou ne croient pas au Père Noël. Dans le lot des personnes interviewées, il y avait un père, Français d’origine maghrébine – je crois bien qu’il était de chez nous –, qui tenait un propos pour le moins décoiffant. « Depuis que je suis petit, je me fais un devoir d’expliquer aux gens que le Père Noël n’existe pas et je continue à le faire, qu’il s’agisse de mes enfants ou de ceux des autres », glosait-il.

Comme lui, de nombreux Arabo-Berbères de France refusent que leurs enfants célèbrent Noël et il est hors de question pour eux de leur offrir des cadeaux. Allez parler ensuite d’intégration et d’identification à la société d’accueil…

Affaire de conviction, me direz-vous. Trop facile. Pour être franc, je trouve ce comportement détestable. Que l’on n’ait pas envie de fêter Noël est une chose. Qu’on le revendique et qu’on en fasse un outil de propagande identitaire m’insupporte. On sent bien qu’il s’agit de clamer sa différence à tout prix mais aussi d’ennuyer le « frankaoui » en lui expliquant qu’on refuse de partager avec lui ce qui est, toutes les enquêtes le montrent, sa fête préférée. Il faut aller sur Internet et sillonner les forums « mouslim » pour le comprendre. A ce sujet, il y a un écrit qui fait fureur chaque année. C’est un texte attribué à un rabbin qui explique pourquoi il ne faut pas fêter Noël. Je crois que c’est la seule fois où un texte signé par un juif trouve grâce aux yeux de certains extrémistes, dont on se demande pourquoi ils continuent à vivre en Europe et pourquoi ils n’émigrent pas dans un pays musulman où ils seront sûrs que personne ne fêtera Noël (ce qui reste à prouver, comme on le verra à la fin de ce texte…).

Cela étant dit, il suffit d’aller faire un tour dans une grande enseigne spécialisée dans la vente massive de jouets « made in China » pour se rendre compte qu’Internet et ses forums ne font qu’amplifier un phénomène minoritaire. Dès les premiers pas à l’intérieur du magasin surchauffé, on entend du Karim par ci et de la Faïza par là. « Ils font comme les Français », m’a dit l’ami chilien qui m’accompagnait. « Ils sont Français » a été ma réponse. J’ai aussi ajouté qu’il n’y avait rien de plus rassurant que de voir que les enfants issus de l’immigration rejoignent tranquillement les légions de beaufs et de néo-beaufs. C’est d’ailleurs l’une des conclusions du travail effectué par quatre chercheurs, Pap Ndiaye, Patrick Simon, Patrick Weil et Claudine Attias-Donfut.

Certes, leur étude montre un inquiétant décrochage d’une partie des personnes originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne. Elle pointe aussi le fait que le marché du travail continue d’être inégalitaire et difficile d’accès pour ces Français particuliers. Pour autant, les chercheurs relèvent aussi qu’une véritable classe moyenne est en train de se constituer au sein de ces populations, ce qui est le signe manifeste d’une intégration. Et ne parlons même pas des élites qui tirent très bien leur épingle du jeu et pour lesquelles on peut même parler d’assimilation, ne serait-ce que du fait des mariages mixtes.

Bien entendu, les médias préféreront toujours mettre en exergue ceux dont les comportements laissent à penser qu’ils refusent de s’insérer dans la société française. A choisir entre un polygame qui ne fête pas Noël et une famille maghrébine qui décore son sapin et accommode son repas de réveillon à la sauce halal, le choix, irresponsable, est évident. L’actu, coco, c’est du scandale et de la tension, et tant pis si cela monte les gens les uns contre les autres.

Mais revenons à Noël et aux musulmans. Les agences de presse ont rapporté la semaine dernière que l’Emirates Palace d’Abou Dhabi avait orné un sapin de 131 décorations constituées d’or, de diamants, de saphirs et d’autres pierres précieuses. Valeur du conifère (artificiel) : 11 millions de dollars ! Dans un premier temps, on pourrait s’extasier sur le fait que la majorité des centres commerciaux d’Abou Dhabi comme ceux de Dubaï se sont parés de décorations pour Noël, certains d’entre eux accueillant même des chorales anglaises chantant, haut perché, le fameux Jingle Bells. Belle leçon de tolérance, affirment quelques expatriés qui vivent dans la région. Mais il est difficile de partager ce point de vue. On peut à la limite admettre que Noël soit considéré comme une bonne occasion pour augmenter le chiffre d’affaires en incitant le touriste occidental à dépenser plus. Mais, tout de même ! Un sapin à 11 millions de dollars ! Après le Qatar et ses millions de dollars déboursés pour obtenir l’organisation de la Coupe du monde de 2022, voilà que la région du Golfe fait encore parler d’elle en affichant une indécence qui risque, tôt ou tard, de lui être préjudiciable.

PS : Joyeux Noël à toutes celles et ceux qui, officiellement ou clandestinement, célèbrent cette fête en Algérie. Cet article a été publié le Samedi 25 décembre 2010 à 23:42 et est catégorisé sous 02.Chroniques-Contributions. voir http://nadorculture.unblog.fr/2010/...

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2 Messages de forum

  • Bravo, pour ce texte.

    Mais la thèse qui y est défendue, ce n’est pas l’intégration, c’est l’assimilation ! Et, bien sûr, je l’accepte et m’en réjouis.

    L’assimilation, c’est aussi quand des musulmans disent à propos de Jeanne d’Arc, de Robespierre, de Du Guesclin, etc., disent : "Nous, les Français, on a fait ceci, cela...", concrétisant ainsi une descendance non pas biologique, mais psychique.

    Prenez donc comme exemple Ben Bella (Chef historique du FLN). Quand il parle de la "sa" guerre, de quelle guerre s’agit-il ? De la Guerre 1939-1945. Et que dit-il, selon ceux qui l’ont recontré et qui sont fiables ? Il leur raconte : "Nous, les Français, on a contre-attaqué, tout-de-suite, nous les Français, nous avons écrasé les "Allemands", etc.."

    Bel exemple d’assimilation, peut-être un peu tard. Mais, je plaisante à peine.

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