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De Saigon à Alger (1951-1962)

vendredi 21 novembre 2008, par Bernard BACHELOT

De Saigon à Alger (1951-1962) Désillusions d’un officier, marin et pilote par Bernard BACHELOT

Prix DULAC 2008 de l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Ce prix littéraire "destiné à récompenser des militaires ayant accompli des actes de courage ou de dévouement" a été remis à l’auteur sous la Coupole, lors de la séance solennelle de cette Académie, le 17 novembre dernier.


Le récit, vif et soutenu, s’ouvre en 1951 et se clôt en 1962.

Il nous transporte sur deux terrains de conflits majeurs de la deuxième partie d’un siècle : l’Indochine et l’Algérie ; il éclaire une page d’histoire moderne et contribue au débat actuel sur le sujet.

Ces mémoires - celles d’un officier de la Marine française, devenu pilote de chasse et officier d’appontage-, tiennent de l’Histoire autant que de l’aventure.

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ISBN : 978-2-296-03644-4

Aux récits souvent bouleversants de combats sur les fleuves d’Indochine et de missions aériennes périlleuses, se mêlent l’histoire de l’installation d’une famille en Afrique du Nord au XIXè siècle et Ia chronique des événements politiques.

Bernard Bachelot nous raconte la décolonisation de l’intérieur, avec les yeux d’un natif d’Algérie et le vécu d’un soldat.

Il témoigne du traumatisme de militaires de carrière engagés dans des guerres cruelles qui ont abouti – en dépit parfois de victoires sur le terrain - à de tristes abandons.

Il nous parle de pertes : perte de la terre ; des amis, des idéaux... perte de l’innocence.

Sur le conflit militaire se greffe le conflit intérieur. La vie sur le terrain d’opération va de pair avec la vie intime et privée. On assiste à la fin des illusions et à la naissance d’une famille. La mort accidentelle d’un de ses enfants - point de départ du récit - incite l’auteur à revenir, près de quarante ans après les faits, sur cette période agitée et tragique.

De Saigon à Alger est l’histoire d’un déracinement.

L’émotion qui s’en dégage naît de la précision du témoignage et de la passion dans l’analyse.


Bernard Bachelot naît à Tizi Ouzou (Algérie) en 1929.

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Bernard BACHELOT

Il grandit à Alger, Mascara, Sidi-Bel-Abbès et Djidjelli.

Élève de l’École Navale, officier en Indochine et en Algérie, il rejoint le civil en 1962, où il oeuvre notamment en faveur de la formation professionnelle et de l’emploi des personnes handicapées.

Il publie en 2003, aux Éditions du Rocher « Louis XIV en Algérie », un ouvrage remarqué (Prix littéraire « Jean Pomier » et médaille de l’Académie de Marine), qui met â jour une page méconnue de l’Histoire de France, et qui invite les historiens à réviser sensiblement leurs positions sur la période.

Bernard BACHELOT.
- 7 Rue Hippolyte Faure.
- 11100 NARBONNE.
- 04 68 2733 18 - 06 86 77 63 35.

bernard.bachelot@sfr.fr


Ce livre peut être commandé

L’Harmattan Édition- Diffusion
- 5-7, rue de l’Ecole Polytechnique ;
- 75005 Paris
- Tél : 01 40 46 79 20 ; Fax : 01 43 25 82 03


Bernard Bachelot vient de publier en avril 2009 Raison d’Etat


Extraits du livre " de Saigon à Alger"

  • Une tête coupée, fichée sur un bambou. nous fixe de ses yeux révulsés, là, face à nous, sur la berge, comme une sentinelle ! Révélation brutale de l’horreur de la de la guerre : ! (p..43)
  • Des corps mutilés, certains complètement brûlés, jonchent le sol. Le silence oppressant, ponctué du crépitement des bambous qui finissent de se consumer, est déchiré par le gémissement lugubre d’un bébé accroché au cadavre éventré de sa mère. (p. 50)
  • Comme des fruits dans un arbre, nous récoltons des morceaux de cadavres. Le bras droit de Than, attaché, pend dans une branche. Sa main serre un morceau de tissu, un petit drapeau français qu’il achevait de coudre au moment de l’explosion. J’écarte ces doigts sanguinolents et m’empare de cette émouvante relique. (p. 69)
  • Retour en Algérie en 1953 : Bien que séduit, deux ans durant, par l’Indochine, ses fleuves, ses rizières et son peuple, dont j’ai eu tant de peine à m’arracher, je ressens aujourd’hui un sentiment de tranquille bien-être à retrouver mon pays, la maison familiale, mes racines. Je découvre alors que « l’amour de la terre natale » est plus qu’un cliché. (p. 114)
  • Le rouge d’un versant et le jaune vif de l’autre contrastent avec le vert de la maigre:végétation au fond des oueds desséchés. Pas une seule habitation, pas un. seul gourbi, parfois pourtant une tente de bédouin ou un marabout isolé. Je suis empreint de cette terre ! (p. 179)
  • Je viens d’entamer une véritable histoire d’amour, qui va durer quatre ans avec le Corsair, auquel je vais m’attacher comme le berger ou le chasseur à son chien ou le cavalier à sa monture. (p. 210)
  • Pierre Parent se tue en Algérie. Sa femme Anne-Marie n’a que 25 ans. Mère déjà de deux très jeunes enfants, elle prévoyait d’annoncer le lendemain à Pierre, à son retour de Télergma, qu’elle était enceinte d’un troisième ! C’est la consternation dans notre petit groupe d’amis. Un lourd silence s’installe en son sein. La souffrance d’Anne-Marie est si intense et à la fois si contenue, qu’il nous est difficile de l’appréhender, qu’il nous serait mensonger d’oser dire que nous la partageons, et que nous sommes maladroits à vouloir la soulager. (p.219) 
  • Nous attaquons le village à la roquette et au napalm. Une fois de plus je suis acteur de cette destruction de mes propres souvenirs. Notre maison de vacances est en piteux état, mais les restes du vieux piano noir sont toujours visibles.(p. 295)
  • Un dernier balancement des raquettes. je remets mes ailes à l’horizontale. Le pont d’envol est maintenant pratiquement caché par le nez cabré de mon appareil, seule ta p1ateforme de l’officier d’appontage reste encore dans mon champ de vision. Je fixe son regard sur les raquettes. Celle de gauche se rabat brutalement, c’est le cut. D’un coup sec, je tire la manette des gaz sur l’arrière et je lâche ta pression sur le manche. Mon nez tombe, je vois le pont, il monte à moi. J tire progressivement sur le manche pour "arrondir » avant l’appontage. Un choc et un arrêt brutal Ma tête part en avant, mon corps pousse sur les harnais. Les bretelles me font mal aux épaules. Avant même que je reprenne mes esprits $, plusieurs silhouettes revêtues de tenues tricolores se précipitent sur l’arrière de mon appareil pour dégager ta crosse du câble d’acier qu’elle a saisie. Devant moi, les barrières s’abaissent. Un autre avion est déjà en finaI. (p.t59)
  • 4 juin 1958, discours de de Gaulle â Alger : Une ovation formidable salue la fin du discours. Le général a trouvé les mots justes rassurent et soulèvent l’enthousiasme de l’Armée et’ de tous les Algériens. Militaire et Français d’Algérie, décidés à participer personnellement à la rénovation promise de l’Algérie, je rédige et signe ma lettre de candidature pour les « Sections Administratives Spécialisées (p. 277).
  • De Gaulle se retourne brusquement et m’apostrophe sur un sur un ton sec : « Vous dites ? – Je disais au général Maurin que le chaouch de mon père, un ancien de Verdun, était très fier de s’être battu pour la France. » Et j’ajoute : « Il devait se sentir Français. ». D’un geste rageur de la main gauche, accompagné d’un « Pff » méprisant à. mon égard, de Gaulle balaye mon jugement, se retourne... et ne m’adressera plus la parole... De toutes les déclarations dont il nous a abreuvés aujourd’hui, ce « Pff », qui me fut adressé, me semble la plus sincère. (p. 320).
  • « Ce que Ferhat Abbas appelle l’indépendance, c’est la misère, la clochardisation, la catastrophe. » (De Gaulle à Télergma, le 3 mars J960)
  • « Ce chemin conduit non plus à l’Algérie gouvernée part la Métropole française, mais à l’Algérie algérienne. » (De Gaulle, le novembre J960) (p. 337)
  • Referendum du mai 1962 pour approuver les « Accords d’Evian » : par un décret, le gouvernement a exclu du vote, les Français d’Algérie... Il est pour le moins étrange, pour ne pas dire scandaleux, qu’un État qui se prétend démocratique et le "pays des droits de l’homme", interdise de vote ceux qui sont les plus concernés par le résultat du scrutin. (p. 355)
  • 26 mars 1962, c’est le comble de l’horreur. L’armée française a tiré sur des civils français non armés ! On dit même que des blessés ont été achevés ! À l’annonce de cette nouvelle, une bouffée de haine m’envahit. Sommes-nous maintenant les ennemis à abattre ? (p. 355).
  • Le village de Toumoux., après l’indépendance de l’Algérie, deviendra mon "port d’attache" en métropole, une sorte de "petite patrie" d’un exilé qui s’est senti abandonné par "la Grande" qu’il avait peut-être trop fidèlement servie. (p. 196)
  • Réticente à aider les "Pieds-noirs" lors de leur exode, la nation française aujourd’hui leur fait porter le poids de toutes les erreurs qu’elle a pu commettre au cours des 130 années de présence française en Algérie, et comble de l’infamie, veut leur interdire d’honorer leurs morts et leurs disparus. (p. 358)
  • J’ai vécu l’exil de mon pays, sans espoir de retour, comme j’ai vécu plus tard la mort de ma fille - deuil pourtant d’une tout autre nature - comme une insupportable injustice, comme une blessure inguérissable. (p. 9)
  • Pour tant de malheurs, tant de sacrifices inutiles, ces pages que j’achève ne sont-elles pas dérisoires ? Le silence n’aurait-il pas été plus digne ? Mais pourquoi faudrait-il se taire, pourquoi faudrait-il oublier ? (p.360)

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