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Deux Hauts-Savoyards, anciens d’AFN, « sur le chemin du souvenir, au cœur de l’âme algérienne »

mercredi 25 juillet 2012, par Jean-Marc BOCCARD

Roland Avrillon et Alphonse Sylvestre nous font survoler les huit jours de leur voyage en Algérie où, non sans émotion, ils sont allés à la rencontre de leurs 20 ans et de l’âme algérienne.


« Jeudi 3 novembre 2011 : un incident ne nous permet pas de connaître, comme nous l’aurions souhaité, l’émotion de notre retour sur la terre algérienne ; le guide prévu, Farid Amel, n’est pas au rendez-vous, victime d’une panne de sa voiture. C’est donc en taxi que nous effectuons le trajet qui nous conduit à Tizi Ouzou. Nous avons été très bien pris en charge ; il en sera ainsi tout au long du périple ; Farid, affecté de n’avoir pas être présent à notre arrivée, multipliera les gestes d’Amitié.

Aujourd’hui, malheureusement, alors que nous prenons la route de la Kabylie, la nuit est tombée nous privant des paysages qui jalonnent un parcours presque mythique où nous espérions nous retrouver. Nous rejoignons à 20h, l’hôtel Amraoua, hôtel récent et confortable qui domine Tizi Ouzou ; rien que le nom vous prend aux tripes mais la ville n’est déjà plus la même !.....

Vendredi 4 novembre : visite, avec un guide, de la ville et de sa Maison des Artisans. Nous nous rendons ensuite à Dellys où, Roland, reconnaît un camp de repos, puis au Cap Djinet

Samedi 5 novembre : Alger ! en empruntant les gorges de Palestro, lieu de Mémoire qui s’impose par l’horreur de son Histoire et par sa capacité à susciter, aujourd’hui encore, la crainte. Arrêt à Draa Ben Kedda (Mirabeau) ; notre besoin de retrouver notre passé se fait pressant. Autour de nous, les bonnes volontés ne manquent pas ; nos photos d’époque circulent de mains en mains, en vain, tout a changé, les villages sont devenus des villes, la ferme du PC a été rasée pour laisse passer l’autoroute !

Dimanche 6 novembre : Farid, son épouse et ses trois petites filles nous conduisent à Tablat où, en d’autres temps, une cheville cassée a conduit le soldat Roland à quitter son équipement de combattant pour celui de chef cuisinier !

L’album de photos des années 56 fait encore merveille jusqu’à nous permettre de retrouver un « ancien » ; les lieux ne lui sont pas méconnus mais les rues le sont devenues : méconnaissables ! Il y aura encore cette rencontre émouvante avec le petit fils de celui qui tenait le garage « Rézig » Ce tourbillon nous fait oublier le repas ; aucun restaurant n’étant ouvert, c’est un jeune qui, spontanément, nous invite chez lui ; par précaution il prévient tout de même sa maman !

En 30 minutes nous rejoindrons sa maison accrochée à la montagne. La famille nous donne une vraie leçon d’hospitalité et nous invite à partager les abats de mouton et les fruits en toute simplicité ; leur richesse est dans leur cœur ; la maison n’a pas l’eau courante et le troupeau se limite à 3 vaches et quelques moutons mais cela ne semble pas avoir beaucoup d’importance. Retour à l’Hôtel Albert à Alger, un hôtel des années 1920/1930 qu’il a bien fallu mettre aux normes ; cela se traduit par quelques petits défauts de fonctionnement bien vite oubliés Lundi 7 novembre : un petit tour en ville précède le transfert vers l’aérodrome où nous devons prendre l’avion pour Constantine ; l’avion est en panne ! Le personnel au sol s’emploie à nous faire oublier ce contretemps et nous traite en véritables VIP. Dialoguant avec les employés, nous découvrirons que l’un deux est un neveu d’Amirouche !

A Constantine, nous logeons à l’hôtel Cirta ; cet établissement des années 30 n’a rien perdu de sa splendeur, servi par un personnel d’une immense correction qui nous fait oublier quelques petits disfonctionnements Mardi 8 novembre : accompagnés de notre guide, Boudada Zoubir, nous partons pour Oued Seguin où Alphonse a été barman au mess.

Sur le trajet, Alphonse reconnaît une importante ferme où s’était installé le PC du Bataillon ; il y a encore les miradors, les barbelés mais les bâtiments, propriété de l’Etat, sont en très mauvais état ; des fermiers s’y sont installés et y élèvent une dizaine de vaches. Sur la colline, un tombeau ouvert aux quatre vents rappelle qu’ici a vécu la famille Delorme.

A Oued Seguin, non sans difficultés, nous finissons par retrouver le mess ; le guide demande à pouvoir visiter les lieux ; un accord lui est donné sous réserve de na pas prendre de photos ; arrive un personnage en cravate, le gardien de la ferme, « qui vous a permis de rentrer ? » vocifère-t-il ; Alphonse parlemente ; tout s’arrange et tout en buvant un café il entrevoit, depuis une fenêtre, le bar et sa chambre.

Au restaurant, Roland demande au guide à pouvoir manger un couscous. Le restaurateur le promet pout le lendemain mais sans mouton ; une viande réservée à la famille, aux amis et au pauvres : un peu déçus mais ok pour demain !

Mercredi 9 novembre : la visite de Constantine, ville toujours aussi belle, occupe notre matinée : à midi nous retrouvons notre restaurant où nous attend un succulent couscous……..au mouton ! un régal Au moment de régler l’addition, arrive le patron « je n’avais pas le droit de préparer le mouton dans mon restaurant ; c’est ma femme qui l’a fait pour vous, à la maison ; je l’ai amené ici ; je vous l’offre ! » Nous venons de vivre un vrai moment d’Amitié chargé de promesses Nous continuons notre visite de Constantine et le soir nous rentrons à Alger, par avion.

Madame Lyna Marie, épouse du guide Farid Amel, nous attend accompagnée de son père, ancien moudjahid ; elle nous invite à manger le couscous chez elle et à profiter du repas pour confronter nos Mémoires d’anciens combattants tout en feuilletant l’album de photos de Roland. Nous aurons, plus tard, l’occasion de témoigner dans notre journal « Générations Combattantes » de notre parcours durant cette guerre d’Algérie.

Aujourd’hui, laissons parler notre hôte « j’ai rejoint le maquis l’année de mes 17 ans et mon combat, dans les rangs de la Wilaya III d’Amirouche a duré sept années. J’ai été blessé 4 fois, le ventre ouvert par un éclat d’obus et recousu dans le djebel avec des moyens de fortune. Au cours d’une de vos opérations, je suis resté 8 jours couché sous un cactus, me nourrissant d’herbes et ne parvenant pas à me tenir debout quand vous avez décroché ! Vous avez servi dans les Chasseurs Alpins pour lesquels j’ai un profond respect. Savoyards, n’avez-vous pas été, comme nous, annexés à la France ?

Lors d’un accrochage, j’ai eu l’occasion de pouvoir récupérer l’arme et la tenue d’un chasseur. Dans une poche, j’ai trouvé les lettres de sa fiancée. Je lui ai renvoyé ses lettres avec un petit mot précisant dans quelles conditions son fiancé était tombé au Champ d’Honneur.

Après l’indépendance, à 24 ans, j’ai pu reprendre mes études et terminer Directeur de Banque à 46 ans, bénéficiant de 14 années de bonification (le double des 7 années passées au maquis) ! »

Jamais nous n’aurions espéré une telle rencontre, d’autant qu’Alphonse avait participé à l’opération où Amirouche a été tué. Avant de revenir à l’hôtel, les gestes d’Amitié (invitations, échanges des adresses, des numéros de téléphone…) se multiplient……….

Jeudi 10 novembre : notre voyage en Algérie s’achève par un dernier geste d’une grande élégance : au restaurant, les frais qui ne sont pas inclus dans le séjour ont été réglés ; par qui ? nous ne le saurons jamais.

Pour conclure, nous dirons que nous ne pouvons qu’encourager les anciens d’Algérie à revenir là où ils ont vécu une partie de leur jeunesse. Ils y retrouveront quelque chose qui était inimaginable pour nous avant notre départ : une écoute, un mélange d’Amitié et de Respect »

Condensé du texte de Roland Avrillon et Alphone Sylvestre par JM Boccard (juillet 2012)

Pour consulter les photos du voyage cliquer sur le lien https://picasaweb.google.com/117622...

12 Messages de forum

  • Si ces anciens soldats retournent en Algérie, c’est, me semble-t-il, qu’ils y ont vécu, à 20 ans, une sorte de bonheur, mélange de souffrances et de joies, d’aventures, de découvertes, vécu au jour le jour.

    Mais ceux dont l’Algérie était la Patrie ne peuvent pas y revenir. Le choc serait trop fort.

    • Je comprends très bien que certains y retournent. Personnellement j’ai "vécu" 8 mois (1961) à la Ferme Delorme. Les images que j’en ai vu depuis me confirment que l’Algérie était valable "du temps des français" mais qu’elle est retournée dans son état "normal".

      Personnellement je ne tiens pas à y remettre les pieds.

      • Vous avez raion. Un véritable patriote algérien (1830-1962) ne peut pas y retourner. Ce serait comme aller à Damas, au Caire, Aden, etc., bref n’importe quel pays arabe.

        La prise de pouvoir par le FLN en juillet 1962 a ramené le pays en 1830, c’est évident.

        Mais je comprends que de vieux soldats français veuillent y retourner. Après tout, c’était leur 20 ans, et malgré certains côtés atroces et horribles de la guerre (venant pour l’essentiel du FLN et de l’ALN), quelle aventure pour eux et peut-être quel bonheur ! A comparer avec le destin vide des jeunes Français d’aujourd’hui !

        A 20 ans dans les Montagnes de Kabylie, surveillant les abords d’une mechta, mitraillette aux poingt, grenades en décorations, certains de ces jeunes soldats, j’en suis sûr, devaient se remémorer les fameuses paroles de Thémistocle dans son discours aux Athéniens durant la guerre du Péloponnèse :

        "Ah ! Donnez-moi un petit village, et j’en ferai un grand empire !"

      • Monsieur,étant ancien sous officier au 7 éme regiment des Hussards,j’ai fait 18 mois sur les pitons.Il n’est pas utile de parler de nos souffrances,vous devez connaitre cela.Ne pas y retourner est une erreur de votre part car en 1953,je me trouvais dand les environs de Verdun et j’ai vu un lord Anglais s’habillait de sa tenue de 14/18,armé d’un Lebel dormir durant 3 jours dans un trou.J’ai interogé le Barman qui m’a dit que cette anglais venais tous les ans pour se souvenir de sa misére durant la Grande guerre.A propos,l’algerie n’est celle de 1830 mais un pays moderne ou il fait bon de vivre sauf cette misere de terroriste qui gache le charme.Non,il est préferable de faire une virée au moins une fois dans votre vie.Moi,je passe 3 mois par ans chez mes enfants qui sont dans les vosges.Bien le bonjour a ceux qui comme nous ont échapé au casse pipi .Salut

      • bonjour

        je viens de lire votre retour en afn, Delorme je connais aussi ! mais j’etais a le ferme Lemoine (g ?) au village connaissez vous.. ? j’ai visité en 2007 et 2009, a ce jour la fille des occupants actuels me demande des renseignements sur les anciens proprietaires .. que savez vous.., lorsque j’ai rencontré les ouvriers ’(traite) un me dit : ah mais JClaude. tu n’est pas mort.. ? qui est ce jcl ? UN ANCIEN SOLDAT ? OU FILS DU PROPRITAIRE ;;,

        SI VOUS POUVEZ ME REPONDRE

        Merci L Paris paris.leon@neuf.fr parisljm@aol.com

        • La ferme Lemoine,s’est transformée en une ville qui s’appelle Oued Seguin.. !

        • Je suis un ancien de l’ALN en Kabylie aux côtés d’Amirouche, au maquis de 1956 à 1962. Je suis auteur de 11 livres sur la guerre d’indépendance dont 3 consacrés au colonel Amirouche. Je viens d’Algérie chaque année depuis 2008 pour rencontrer des élèves des clases terminales à Lyon, Montpellier, Marseille etc... pour développer le thème "regards croisés sur la guerre d’Algérie". Je vous assure que cela se passe très bien.

          Vos témoignages m’interessent, car j’essaye de situer un peu les événements, puisque je connais toute la région pour l’avoir sillonnée à pieds pendant 7 ans. Pour la question de la fille sur Jean Claude, je crois qu’il s’agit de notre ami Jean Claude Juin invité en Algérie en 2011 pour des conférences en commun à Alger et à Tizi Ouzou. Il a passé son service dans les Issers et est l’auteur d’un livre "Des soldats tortionnaires". Il vit actuellement en Bretagne, je crois et c’est quelqu’un de très humain.

          Djoudi Attoumi Ecrivain-Directeur de Rym Editions Mobile ALGERIE : 00213 770 34 02 99 France : 06 09 24 35 01

          • Bonjour

            je n avais pas lu ce dernier message que je decouvre ce jour, merci d avoir informé ! auriez vous svp l adresse ou le mail de cette personne.. ?

            cette phrase m a ete faite en 2007 , je me demandais si ce J Cl aurait ete de la famille DELORME. ?

            savez vous ou cette famille est partie apres ou pendant les evenements.., , ? de meme pour la ferme LEMOINE (ou Lemoigne) ?

            SUR LE SITE OUED SEGUIN UNE PERSONNE DE LA FAMILLE LEMOINE A LAISSE UN MESSAGE DE FRANCE... point d adresse ni Tel ou mail pour le contacter.. ?

            Merci pour le contact, si vous pouvez suivre et m informer je vous en serais reconnaissant Amicalement L Paris

  • Bonjour g partage vos émotions,j’étais au 15eBCA à Tigzirt s/mer puis replie’ sur le bordjde tizi ouzou en 1962. G vais svp sur des sites kabyles.ils sont hyperdecus par leurs dirigeants on sent chez eux aucune détestation de la France bien au contraire et même une révolte contre ce qu’ils nomment les araboislamowahabistes qui oppriment leur langue(tamargzirt) et leur culture ,pauvre Algérie


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