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Harkis soldats abandonnés. Extraits

dimanche 1er avril 2012, par Maurice FAIVRE

Dernièrement vient de paraître " Harkis, soldats abandonnés" , un ouvrage collectif dans lequel témoignent : Atmane AYATA harki, Maurice DE KERVENOAEL, Aïcha BAZIZ, Général François MEYER, Brahim SADOUNI, Ahmed TABAALI, Lieutenant-colonel Armand BÉNÉSIS DE ROTROU, Jacques ALIM, Abdel Madjid LALEM, Général Maurice FAIVRE.

Une oeuvre de référence pour comprendre les raisons qui ont poussé ces hommes qui aimaient et aiment toujours l’Algérie à s’engager aux côtés de la France.

Pour rétablir en France comme en Algérie, la réalité d’une époque et changer les regards de ceux qui sont bardés de certitudes, Miages-djebels reproduit l’introduction de l’ouvrage et le témoignage du Général Maurice Faivre, un officier de talent et de coeur dont la conception de l’homme transcende les frontières.

Mon général, merci pour votre engagement au service de la vérité : en éclairant la réalité des faits qui se sont déroulés il y a cinquante ans, vous contribuez à comprendre l’actualité.

Votre contribution et celles de ceux qui témoignent, devraient changer les regards envers ceux qui n’ont jamais démérité et ont aimé passionnément leur pays, l’Algérie.



INTRODUCTION HISTORIQUE

par le général Maurice Faivre

En Algérie, comme dans tous les pays où elle a exercé sa souveraineté, la France a engagé dans ses armées, comme soldats de métier, comme conscrits ou comme supplétifs, de nombreux ressortissants des populations locales.

À partir de 1830, au fur et à mesure de la conquête et des campagnes de « pacification » de l’Algérie, la mobilisation sélective de combattants musulmans a procuré aux armées françaises l’appoint d’effectifs conséquents. Ils étaient zouaves, chasseurs d’Afrique, tirailleurs ou spahis, ces derniers ayant été conçus et entraînés sur le prestigieux modèle de la cavalerie française.

Pour lire l’article au format pdf, cliquer sur la vignette photo, ci-dessous. Vous découvrierez en outre le témoignage du général Maurice Faivre.

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Harkis, soldats abandonnés
Ouvrage dans lequel témoignent Atmane AYATA harki, Maurice DE KERVENOAEL, Aïcha BAZIZ, Général François MEYER, Brahim SADOUNI, Ahmed TABAALI, Lieutenant-colonel Armand BÉNÉSIS DE ROTROU, Jacques ALIM, Abdel Madjid LALEM, Général Maurice FAIVRE.,

SUPPLETIFS ET MILITAIRES

Quand éclate le soulèvement du 1er novembre 1954, la plupart des unités nord-africaines se trouvent encore en Indochine. Le recours à des supplétifs musulmans - ceux qu’on va appeler les « harkis » - a répondu à un besoin militaire indispensable. Sous ce terme global dérivé du mot arabe harka (pour « mouvement »), on a ensuite désigné une nébuleuse de formations diverses, créées successivement de 1954 à 1959 :

  • en janvier 1955, le gouverneur Léonard met sur pied 34 groupes mobiles de protection rurale, baptisés « Groupes mobiles de sécurité » (GMS) en 1958. En 1962, il y aura 110 GMS ;
  • en septembre 1955, le gouverneur Soustelle crée les « Sections administratives spécialisées » (SAS), dont la protection est assurée par des makhzens de 20 à 50 moghaznis ; il y aura 700 SAS en 1961, pour un effectif de 19 000 moghaznis ;
  • en février 1956, le général Lorillot prescrit de former une harka dans chaque quartier de pacification, au niveau des sous-préfectures. En 1961, 800 harkas regroupent 60 000 harkis ;
  • en 1957 sont créés des « Groupes d’autodéfense » (GAD) dans les villages en voie de pacification. Deux mille GAD seront constitués, comptant 60 000 gardes dont la moitié sont armés de fusils de chasse ou fusils Lebel ; - en 1959, le général Challe crée les « commandos de chasse », chargés de rechercher les rebelles qui ont échappé aux opérations des divisions parachutistes.
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Défilé de harkis à la Sénia près d’Oran

Il faut préciser qu’environ 3 000 harkis ont été des « ralliés », c’est-à-dire qu’ils avaient été recrutés parmi des prisonniers FLN qui reprenaient la guerre en se retournant contre leurs anciens camarades insurgés. Beaucoup de ces « ralliés » appartenaient aux « commandos de chasse ». Le sort de ceux d’entre eux qui n’ont pas pu gagner la France compte parmi les plus tragiques lors de l’indépendance de l’Algérie.

Enfin, à l’écart de la communauté des supplétifs servant en Algérie, les membres de la « Force de police auxiliaire » (FPA), surnommés les « harkis de Paris », ont compté jusqu’à 400 hommes, tous musulmans, gradés compris. Sous le commandement du capitaine Montaner, un ancien officier des SAS, la FPA fut mise en place dans la capitale pour riposter « sur son terrain » à la puissante Fédération de France du FLN. Une lutte d’une grande violence, conduite par le FLN en métropole contre le MNA de Messali Hadj, se traduit par plus de 4 000 tués, dont 150 Français, 53 policiers et 46 harkis de la FPA. En trois ans, la FPA réussit à éliminer 500 membres des commandos de choc du FLN, à saisir 650 armes de guerre, 150 grenades et 40 bombes. Après la dissolution de la FPA, plusieurs choix ont été donnés aux « harkis de Paris » : rester dans l’armée, entrer dans la police ou se faire aider à trouver un emploi dans la vie civile.

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Saïd Benaisse Boualem, dit le Bachaga Bouatem,
chef de la harka de l’Ouarsenis, colonel de l’armée française et homme politique, dans sa tribu des Beni-doudouane.

Pour la France, ces différentes organisations de « harkis », au sens large, étaient administrées soit par l’autorité civile pour les SAS et les GMS, soit par l’autorité militaire pour les GAD et les harkas. Rappelons qu’en 1912, la conscription avait été instaurée dans les trois départements d’Algérie. Cette conscription étant sélective, et les besoins de l’armée limités à 5 000 hommes par mois, 50 % des jeunes musulmans ne sont pas convoqués, parmi lesquels certains ont pris le maquis. En sus de ces jeunes appelés, 26 000 engagés volontaires ont servi sous contrat. Ces militaires de carrière, comme ceux du contingent, n’étaient donc pas, au départ, des « harkis », dans le sens que ce terme a acquis après coup. Cette « appellation » générique a fini par recouvrir l’ensemble des Algériens musulmans profrançais, qu’ils soient supplétifs, militaires, anciens combattants, élus ou fonctionnaires, depuis l’hiver 1954 jusqu’au cessez-le-feu de mars 1962, soit un total de 263 000 hommes. Le sort de ceux d’entre eux qui n’ont pas pu gagner la France compte parmi Les plus tragiques Lors de L’indépendance de l’Algérie.

LES MOTIVATIONS D’ENGAGEMENT AUX CÔTÉS DE LA FRANCE

En janvier 1961, le recrutement des musulmans a atteint son maximum de 60 000 harkis, 19 000 moghaznis et 8 000 GMS. Il arriva même, à l’époque, que l’armée française recrute quelques « enfants-soldats » de 16 ou 17 ans. Dans un pays où l’état civil n’était pas toujours bien tenu, l’urgence a fait qu’on n’y regarda pas de trop près.

Bien que leurs moyens de départ et leurs logiques de recrutement ne soient guère comparables, on peut se faire une idée de la dimension de « guerre civile » qu’eut aussi la guerre d’Algérie, à partir de ce constat : on estime qu’il y aura eu trois ou quatre fois plus de musulmans dans l’armée française que dans l’Armée de libération nationale (ALN). Pourquoi se sont-ils donc « engagés » si nombreux ?

La population d’Algérie était cruellement consciente des inégalités entre « Français de souche européenne » et « Français de souche nord-africaine », selon ces expressions de l’époque, si peu heureuses de nos jours. Il y avait la pauvreté, les enfants qui n’allaient pas à l’école. Et un système électoral tout à fait inégalitaire, avec ses deux collèges, l’un musulman (représentant 9 millions de personnes), l’autre européen (1 million de personnes). Une voix européenne valait alors neuf voix de musulmans. Cette formule fut remplacée en novembre 1957 par la loi-cadre de Robert Lacoste, instaurant le collège unique, qui fut mis en œuvre lors du référendum de septembre 1958. Au tout début de la guerre, nombreux dans la population musulmane étaient ceux qui étaient acquis à l’idée d’indépendance parce qu’ils souhaitaient que leur dignité et leurs droits soient reconnus. Mais les méthodes violentes du FLN, passant par une politique de terreur, ont vite provoqué la lassitude dans une partie du « bled » et elles ont certainement favorisé l’extension des harkas et autres makhzens. La protection de sa famille contre la terreur qu’exerçaient les clandestins vient assurément en tête des motivations.

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Un harki armé monte la garde.

La deuxième cause d’engagement est un certain patriotisme pro-français (alors que l’idée nationale algérienne s’éveillait à peine dans certaines régions). « Je me bats pour la prospérité de mon village, la tranquillité de tous et l’avenir des jeunes dans une Algérie heureuse et française pour toujours », faisait ainsi jurer à ses harkis un capitaine en Kabylie. Un tel patriotisme fut notamment revendiqué par beaucoup d’anciens combattants des deux guerres mondiales. En 1914-1918, 176000 musulmans d’Algérie avaient été engagés sous les drapeaux de la République. Entre les deux guerres, dix-huit régiments de tirailleurs et de spahis ont tenu garnison en France. En 1939-1940, 123000 Algériens furent engagés en métropole, beaucoup furent faits prisonniers, et, en 1942-1945, 134000 ont participé à la libération de la France. En 1953, à la veille de la guerre d’Algérie, une trentaine de bataillons nord-africains combattaient en Indochine.

Enfin, la motivation alimentaire - la « gamelle » - n’est sûrement pas à écarter. Dans la situation de pénurie de l’Algérie, rares étaient les personnes totalement désintéressées. GMS et moghaznis étaient engagés sous contrat renouvelable de six et douze mois et bénéficiaient d’avantages sociaux : allocations familiales, Sécurité sociale, congé annuel, logement, indemnités de déplacement, législation sur les accidents du travail. La solde des supplétifs de 7,50 francs par jour, payée mensuellement, fut portée à 8,25 francs en janvier 1959. À l’exception de soins médicaux, les harkis ne bénéficiaient pas de prestations sociales. Engagés sans contrat, ils pouvaient être licenciés sans préavis. En contrepartie, ils pouvaient quitter la harka à leur convenance. Sauf qu’une fois « compromis » aux yeux du FLN par un tel engagement aux côtés des Français, ils n’avaient certes pas intérêt à le faire.

INQUIETUDES, MENACES ET « GARANTIES »

Dès juin 1960, avec les premières négociations entre la France et le Gouvernement provisoire algérien, à Melun, une certaine appréhension sur leur avenir a commencé à se faire jour parmi les supplétifs. Le 23 juillet 1960, le chef d’état-major de l’armée de terre estime dans une note que leur moral s’est dégradé en raison des « inquiétudes qu’ils ont sur leur destin ». Six mois plus tard, les grandes manifestations indépendantistes de décembre 1960 suscitent de nouvelles réactions de crainte, alors même que la courbe des effectifs musulmans de l’armée française est en train d’atteindre son apogée.

La question de leur avenir avait été évoquée par les négociateurs des futurs accords d’Évian. Mais, en fin de compte, elle ne sera pas retenue dans le texte final. Les négociations menées par la France avec le FLN, du 20 mai au 13 juin 1961, avaient pourtant expressément stipulé des « garanties à négocier en faveur des musulmans fidèles à notre cause ». Le non-recours aux représailles avait été accepté en décembre 1961, à Bâle, par les représentants du FLN. Cette promesse ne figure plus dans le texte de l’accord de cessez-le-feu, le seul signé par les deux parties. Les accords d’Évian, le 18 mars 1962, engageaient bien l’Algérie à « interdire tous recours aux actes de violences collectives ou individuelles ». Mais les « Français musulmans » ou Algériens qui avaient servi les autorités françaises n’y étaient plus explicitement cités.

Les menaces, pourtant, se firent de plus en plus précises, et certaines présageaient du pire. Ainsi ce tract du 7 juin 1961, à Grarem (Constantine), qui appelle naïvement à la vengeance : « Ceux qui ont travaillé avec la France, harkis, rengagés, autodéfenses, seront égorgés. Nous garderons les moins mauvais : non payés et soumis "comme des cochons", ils travailleront à votre place. » Ou encore ce procès-verbal de réunion de la Nahia 333 (découpage géographique), du 18 juillet 1961 : « Toutes les femmes qui décideront de se marier ou mariées déjà, avec les goumiers seront condamnées à mort. » Ce type d’« avertissements » et d’appels au lynchage qui parcouraient toute l’Algérie - il est vrai au milieu des attentats de l’OAS - aurait dû laisser pressentir la tournure tragique qu’allaient prendre les événements vis-à-vis des harkis. Et cela, en dépit des déclarations officielles rassurantes de la direction du FLN ou des promesses lénifiantes de la France, comme ce tract diffusé par le commandement français en Algérie après le cessez-le-feu de mars 1962 : « Harkis ! Les combats ont cessé, la paix est revenue dans votre pays. Chacun de vous, avec l’aide de la France, pourra - si Dieu le veut - bâtir à son gré son avenir en Algérie ou en métropole. (...) La France est là pour vous aider. (...) Elle est prête à vous donner, pour peu que vous l’y encouragiez par votre travail : un emploi, un toit, des ressources. »

90% des harkis ont partagé, un temps, cette illusion de sécurité et ont préféré le retour à la vie civile.

LES TROIS SOLUTIONS OFFERTES AUX HARKIS

Huit jours avant le cessez-le-feu de mars 1962, plusieurs solutions furent proposées aux harkis. La première fut rengagement dans l’armée française pour les plus aptes. Elle a été, sur le terrain, extrêmement limitée. Certains témoignages d’officiers français ont fait état de l’opposition de leur hiérarchie lorsqu’ils ont voulu faire engager leurs harkis pour les protéger de représailles pressenties. Et les harkis furent parfois difficiles à persuader. Croyant dans les promesses de pardon du FLN, et cédant aux pressions de leur famille angoissée à l’idée de s’expatrier, 90 % des harkis ont partagé, un temps, cette illusion de sécurité et ont préféré le retour à la vie civile, deuxième choix que leur proposaient les autorités françaises. Le retour au village était accompagné d’une prime de un mois et demi de solde par année de service (le solde d’un mois se montait à 22 500 AF). Mais une fois l’enveloppe en poche, les anciens harkis ont été soumis au règlement rétroactif des cotisations au FLN, non acquittées pendant la guerre, et calculées par mois de non-paiement. Les primes de licenciement ou de recasement ont été ainsi, en grande partie, récupérées par des cadres locaux du FLN. A Arris, par exemple, un document a montré comment « la prime de recasement fut payée à la sous-préfecture, en présence d’un représentant du FLN, auquel chaque harki reversait "spontanément" l’enveloppe qu’on venait de lui remettre ». Il avait été également prévu que les harkis qui se sentaient menacés aient la possibilité de demander leur rapatriement, mais, au 15 mai 1962, il n’y avait eu que cinq mille demandes, familles comprises. Submergés par une multiplicité de missions contradictoires, dans l’ambiance d’un dégagement anarchique et d’une extrême confusion politique, la majorité des officiers français ont « voulu croire » aux garanties et ont sous-estimé les risques.

LE RAPATRIEMENT DE LA PURE INTERDICTION À UNE EXTRÊME LIMITATION

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Embarquement à Bône de harkis rapatriés en 1962.

Malgré les premiers témoignages de violences à l’égard des anciens supplétifs qui parvenaient à Paris, le gouvernement français, redoutant l’infiltration d’« éléments indésirables » parmi les harkis, cherchant à éviter des afflux massifs de réfugiés et donnant la priorité aux pieds-noirs qui submergeaient les ports de Méditerranée, a pris la décision d’interdire les initiatives de rapatriement.

Le télégramme, désormais fameux, signé le 12 mai 1962 par le ministre d’État des Affaires algériennes, Louis Joxe, évoque les « rapatriements prématurés de supplétifs », et ordonne : « Vous voudrez bien faire rechercher tant dans l’armée que dans l’administration les promoteurs et les complices de ces entreprises et faire prendre les sanctions appropriées. Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront en principe renvoyés en Algérie. » Et le ministre d’ajouter à son message frappé du tampon « TRÈS SECRET » cette précision qui met clairement l’accent sur la lutte contre l’OAS au détriment de toute action humanitaire concernant les « harkis » : « Je n’ignore pas que ce renvoi peut être interprété par les propagandistes de la sédition comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles. Il conviendra donc d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure. »

Bien sûr, ce texte « très secret » a aussitôt été publié par la presse, commenté par les députés à l’Assemblée nationale, déclenchant l’indignation dans l’opinion publique française. Ce qui a entraîné quelques revirements dans le gouvernement français.

Sur place, en Algérie, l’armée a atténué la rigueur des consignes restrictives des Affaires algériennes, et, parfois même, ne les a pas transmises. Le ministère des Armées n’a ainsi jamais prononcé de sanctions à rencontre de ses officiers qui avaient pris des initiatives personnelles de rapatriement.

Le 1er juin 1962, le gouvernement a confié aux armées le soin de rapatrier certains moghaznis et leurs familles, soit cinq mille personnes. Dix camps de regroupement ont été mis sur pied dans le corps d’armée de Constantine, autant dans la totalité des autres corps. Limités initialement à l’accueil de sept mille personnes, ces camps ont alors été rapidement submergés. A compter du 12 juin 1962 seulement, des bateaux de la Marine nationale furent mis à la disposition de l’armée pour assurer ces rapatriements. Le ministère des Armées n’a ainsi jamais prononcé de sanctions à [’encontre de ses officiers qui avaient pris des initiatives personnelles de rapatriement.

REPRESAILLES, MASSACRES ET CAMPS D’INTERNEMENT

C’est à partir du 6 juillet 1962, au lendemain de la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, et surtout du 15 juillet, que débutent les massacres organisés dans pratiquement toutes les régions de l’Algérie. Les militaires sous contrat, dont plus de dix-huit mille avaient quitté le service en 1962, ont été relativement épargnés. En général, ils n’avaient pas été employés dans leur propre région. Ils ont souvent pu regagner discrètement leur village ou leur quartier. Il n’en a pas été de même pour les supplétifs. « La chasse aux harkis » se poursuit, note l’état-major interarmées. Nombre des persécuteurs se recrutent parmi les « marsiens », ces Algériens attentistes, « indépendantistes de la dernière heure », qui, à partir de mars 1962, s’efforcèrent de démontrer leur bonne volonté au nouveau pouvoir. À la Nahia 3, on poursuit les « grands criminels ». Le 10 août, le colonel de la wilaya 1 déclare : « Les musulmans ayant collaboré avec la France (...) seront impitoyablement punis par le Peuple. Les supplétifs et leurs familles seront employés au déminage. » Le 28 août, la wilaya 2 donne l’ordre d’arrêter les anciens harkis et leurs enfants de plus de 12 ans et de les diriger vers le barrage (électrifié, établi entre l’Algérie et la Tunisie ou le Maroc) pour y participer au déminage. Pratiqué à mains nues, sans appareil de détection, ce déminage a causé de nombreuses victimes. Quant aux supplices auxquels furent soumis les supplétifs, ils ont été décrits dans de nombreux ouvrages : « Émasculés, écorchés vifs, bouillis, mutilés, coupés en morceaux, écartelés ou écrasés par des camions, familles entières exterminées, femmes violées, enfants égorgés. » Les historiens ne sont pas d’accord sur le nombre de harkis victimes de massacres entre 1962 et 1963. On a cité des chiffres allant de dix mille jusqu’à cent cinquante mille morts. Une évaluation plus précise reste aujourd’hui impossible. Un consensus tend à se dégager autour d’un total compris entre soixante mille et quatre-vingt mille harkis massacrés.

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Les harkis du commando Cobra escaladent les Ksours.

Le 19 septembre 1962, puis à nouveau le 13 novembre 1962, l’ambassadeur de France à Alger a adressé au gouvernement algérien des lettres de protestation contre les violences « qui n’ont pas cessé depuis deux mois » à l’encontre des anciens auxiliaires de l’armée française. « II ne se passe pas de jour que l’on ne relève en différents points du territoire algérien des arrestations, des tortures, des exécutions », dénonce l’ambassadeur qui recense plus de sept mille anciens harkis détenus dans des camps d’internement des autorités algériennes, où ils subissent « des traitements particulièrement odieux ». On ne saura jamais combien de supplétifs ont été emprisonnés en Algérie après l’indépendance. Six mois plus tard, la Croix-Rouge comptait encore deux mille quatre cents harkis incarcérés dans les prisons des grandes villes. Elle estimait à treize mille cinq cents ceux qui étaient emprisonnés dans les nombreux camps de détention du pays.

En novembre 1962, une note de l’armée française dresse la liste de ceux qui continuaient alors à frapper à la porte de ses centres d’accueil : « - les ex-supplétifs spoliés de tous leurs biens et condamnés au chômage par la population ;

  • les ex-supplétifs libérés des camps de l’ALN, et en particulier ceux qui étaient employés au déminage sur les barrages ;
  • les veuves et les orphelins, mis au ban de la société : pas de travail, pas d’école ;
  • les familles réclamées par leurs chefs partis seuls en France, ou démunies de ressources car les mandats ne leur parviennent pas. »

Le sauvetage de supplétifs aurait nécessité une déclaration solennelle du gouvernement français invitant les Algériens à cesser toute exaction, et ordonnant à l’armée française encore présente en Algérie de retourner « dans le bled » pour assurer la protection de ses anciens combattants. Il n’y eut ni déclaration ni aucun ordre dans ce sens. Outre les nouvelles normes diplomatiques vis-à-vis de l’Algérie, rappelons au passage que ce genre d’initiatives aurait aussi risqué de compromettre la poursuite des essais nucléaires français dans le Sahara. En vertu d’une annexe secrète aux accords d’Évian, ces essais se prolongèrent longtemps après l’indépendance.

Un consensus tend à se dégager autour d’un total compris entre soixante mille et quatre-vingt mille harkis massacrés.

L’accueil en France a été improvisé par l’armée, chargée au dernier moment du rapatriement.

CAMPS DE TRANSIT ET HAMEAUX FORESTIERS

Vingt et un mille supplétifs ont été officiellement rapatriés en 1962, puis 15 000 en 1963, et encore 5 340 en 1965-1968 (familles comprises). Mais un grand nombre a rejoint la France par ses propres moyens.

Au final, 91 000 Français musulmans purent s’établir en France de 1962 à 1968, dont seulement 20 600 supplétifs (66 000 avec les familles). L’accueil en France a été improvisé par l’armée, chargée au dernier moment du rapatriement, alors que le ministère des Rapatriés était débordé par l’exode des « Français de souche ». Les premiers rapatriés furent ainsi logés sous la tente dans les camps de Larzac, Bourg-Lastic et Saint-Maurice-l’Ardoise, dans le froid et dans des conditions de confort très sommaires. Plus tard, des baraquements furent construits à Rivesaltes, les enfants scolarisés par des soldats instituteurs et les adultes formés à l’apprentissage des métiers manuels et aux tâches ménagères.

L’anthropologue Khemisti Bouneb a relaté les difficultés de l’installation : « Pour avoir vécu personnellement avec mes parents harkis dans différents camps, je pense qu’il y a eu une très grande exagération à propos de ces milieux fermés. Les chefs et les monitrices n’étaient pas des monstres ou des sadiques comme le prétendent certains ! Beaucoup ont accompli leur mission correctement. « Parmi les dirigeants de ces camps, souvent d’anciens militaires pieds-noirs ou Français de souche, il y avait des gens formidables et dévoués qui ont eu envers les harkis et leurs familles des conduites tout à fait remarquables. « Certes, ces camps n’étaient pas des hôtels trois étoiles ni des Club Med. Ils étaient constitués de baraquements rudimentaires et il y régnait une discipline stricte, mais ils répondaient aux exigences du moment, à savoir la prise en charge globale de familles rapatriées dans l’urgence. »

Les centres de transit ont été fermés à la fin de 1964, et les personnes malades, isolées ou handicapées ont été logées dans les centres d’accueil de Bias et Saint-Maurice-l’Ardoise, qui furent fermés en 1975 en raison des manifestations des enfants de harkis, fomentées de l’extérieur, selon la sénatrice Heinis, par d’anciens parlementaires musulmans.

Aux cités se sont ajoutés une quarantaine de « hameaux forestiers » créés dans le sud-est de la France, comme le Logis d’Anne, où deux mille anciens harkis étaient employés à des travaux de reboisement et d’aménagement des forêts domaniales pour le compte de l’Office national des forêts (ONF). Leur isolement au milieu des bois pour les hameaux, la précarité des installations pour les camps n’ont pas favorisé l’insertion des harkis. La construction par la Sonacotra de nombreux immeubles HLM réservés aux harkis, comme à Dreux, la création d’emplois industriels, puis les politiques d’insertion, parfois décousues, menées par les différents gouvernements, avec des rentes accordées à certains supplétifs, un statut des victimes de la captivité pour les anciens détenus, une aide aux veuves, ont peu à peu aidé à l’intégration des familles dans la société française.

LE SILENCE

Dans les années de l’immédiat après-guerre, les harkis - confondus avec l’ensemble des Français musulmans - ont été les victimes d’une chape de silence. Silence de l’Algérie, qui a imposé sa vision d’un peuple unanime dans la guerre d’indépendance et dénonçant les harkis comme des traîtres indignes de vivre, que l’histoire a jugés et condamnés à jamais. Silence complice de la France, cherchant à oublier cette page peu glorieuse, voire honteuse, de son histoire et laissant s’installer la thèse des harkis « traîtres collaborateurs », sans s’embarrasser de nuances ni de la complexité de leur histoire. Silence, enfin, des Français musulmans eux-mêmes, qui ont refoulé leur mémoire, ajoutant leur propre mutisme à l’amnésie officielle de la France et de l’Algérie. « Une des plus grandes ignominies, une des plus grandes hontes de toute l’histoire de France. » Maurice Allais

Les rares voix à s’être élevées en faveur des harkis méritent donc d’être signalées. D’abord, dès 1962, celle de Maurice Allais, prix Nobel d’économie, dans son livre L’Algérie d’Évian, publié par les éditions Jeune Pied-Noir. Le grand économiste dénonce un « véritable génocide » et un « crime contre l’humanité » dans « la politique mise en œuvre » qui « a débouché sur un bain de sang, celui de dizaines de milliers de harkis, au moins soixante mille à quatre-vingt mille et peut-être beaucoup plus... ». Il qualifie l’abandon des harkis par l’État français et les consignes données par les pouvoirs publics de n’effectuer aucun rapatriement massif de supplétifs d’« une des plus grandes ignominies, une des plus grandes hontes de toute l’histoire de France ». En 1999, dans une seconde édition de son ouvrage, il ajoute un « hommage aux officiers aussi clairvoyants que courageux qui, fidèles à l’honneur militaire et à rencontre des instructions des autorites, ont réussi à faire passer en France de nombreux harkis avec leurs familles ». Ces officiers méritent d’être appelés des « hommes d’honneur ».

En 1993, Dominique Schnapper, fille de l’intellectuel Raymond Aron, lui-même très tôt partisan de l’indépendance de l’Algérie, écrit dans la préface du livre « Et ils sont devenus harkis » de Mohand Hamoumou (aux éditions Fayard) : « L’épisode des harkis constitue une des pages honteuses de l’histoire de France, comme l’ont été l’instauration du statut des Juifs le 3 octobre 1940, ou bien la rafle du Vél d’Hiv le 16 juillet 1942. Bien des Juifs, dont je suis, souhaiteraient que, par un geste symbolique, les autorités françaises d’aujourd’hui reconnaissent la responsabilité de celles d’hier. » De la part des autorités politiques, signalons, en novembre 1991, Jacques Chirac, alors président du Rassemblement pour la République (RPR), qui déclare à La Roque-d’Anthéron que la situation « indigne » de la communauté harki était à « inscrire au passif des gouvernements successifs » et que « tous les hommes politiques assument une responsabilité commune » en la matière. Le 31 mars 2003, alors président de la République, il promulgue un décret officialisant et instaurant une Journée nationale d’hommage aux harkis et aux autres membres des formations supplétives des armées françaises, le 25 septembre de chaque année.

En novembre 2011, Jeannette Bougrab, secrétaire d’État à la Jeunesse, fille de harki, fait acte de présence aux Invalides lors de la remise de la grand-croix de la Légion d’honneur par le président de la République, Nicolas Sarkozy, au commandant Hélie de Saint-Marc, 89 ans, légionnaire parachutiste, putschiste gracié. La ministre avait tenu à être présente « pour son père », « un de ces hommes qui se sont battus jusqu’au bout pour la patrie ». Un geste rare. Mais les harkis attendent encore la reconnaissance officielle de la responsabilité de la France dans leur abandon et leur massacre.

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Lire également François Meyer, au nom de tous les harkis

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10 Messages de forum

  • Harkis soldats abandonnés. Extraits 1er avril 2012 17:02, par A TOUABI

    Cet article a commenté une seule face d’un Harki. L’autre, les dépassements faits aux cours de leurs moments forts (pour une majorité) n’ont pas été relatés. Il y’a eu de leur côté aussi de la vengeance (Sous différentes formes), des comportements outrageants et blessants, des provocations, ...Rares étaient ceux qui pensaient à une éventuelle indépendance et aux effets qu’elle entrainerait.

    Les Français qui n’avaient pas fait leur devoir envers eux avaient (et continuent) à dénoncer les réactions du FLN et du peuple à leur égard. Alors que tout ce qui pouvaient arriver était prévisible. Au lieu de les protéger, les Français les ont plutôt offert en patûre aux gens qui ont, d’abord, souffert sous ces Harkis. Que voulez - vous attendre des gens que vous aviez réprimés et déshonnorés ? Il faut s’attendre à tout, sauf à de l’indulgence.

    Un Harki est avant tout un traitre quelque soit la raison qui l’a poussé à tourner le dos à sa patrie, à ses frères et à son sang. Les Français ont fauté par rapport aux sorts de ces hommes, les Algériens ont accepté ceux qui n’avaient rien fait de grave. Beaucoup sont revenus vivre en Algérie. Le reste est logique. La loi de la réaction est dure mais trouve une légitimité dans les actes antérieurs et les actions entreprises. Il n’y a rien à dire d’autres sur ces traitres, sinon que chacun assume ses actes dans la vie d’abord avant d’arriver à l’au-delà.

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    • Bonjour Monsieur Touabi

      La mise en ligne de l’article « Harkis soldats abandonnés » n’a pas pour objet de faire le tour de cette question tragique, mais de leur rendre honneur en restituant au moins certains faits. À leur sujet ont été écrites bien des choses qui ne correspondent pas à la réalité.

      Dans ce que vous avancez, sur les causes des violences dont été victimes en 1962 ceux qui ont combattu aux côtés de l’armée française, il y a sans nul doute une part de vérité.

      Désarmés en application d’engagements signés le 18 mars 1962 qui garantissaient la sécurité des biens et des personnes, certains harkis seront livrés à la vindicte, à la vengeance et au fanatisme populaires sous l’œil complaisant ou indifférent de ceux qu’ils combattaient naguère ou des combattants ayant rejoint le pays depuis les frontières.

      Cela se passait en 1962, année de naissance de l’Algérie indépendante, dans une atmosphère d’anarchie et de chaos que ne put éviter le gouvernement provisoire installé au Rocher noir.

      Auparavant, l’Algérie c’était la France. Une France sans doute à deux vitesses (d’un coté les citoyens et de l’autre les sujets) ce qui a été la cause principale de ce qui a été pour certains une Révolution, pour d’autres une guerre anticoloniale, ou une guerre d’indépendance, ou une guerre civile franco-française.

      Si les élites que la France avait formées avaient eu leur place dans la vie démocratique d’alors, il n’y aurait pas eu la guerre pour l’indépendance ou celle-ci aurait abouti dans de bien meilleures conditions. La face de l’Algérie et de la France et même du monde aurait été changée.

      Les harkis n’ont donc pas tourné le dos à leur patrie qui était alors la France. Ils ont servie loyalement leur pays qui était la France.

      Si l’on doit employer le mot traître, il ne s’applique pas aux harkis, mais à ceux qui ont trahi non seulement les engagements signés à Evian, mais l’idéal de la Révolution au nom de laquelle ils ont mené la lutte armée et employé la violence.

      Les traîtres sont ceux qui ont remplacé le système colonial par le système d’un parti hégémonique avec sa nomenklatura.

      Les harkis ont été des résistants au totalitarisme d’un parti hégémonique qui s’était arrogé de façon unilatérale la représentation du peuple algérien en éliminant même les partisans de l’indépendance de mouvance MNA.

      Lire en complément

      La désinformation de l’histoire des harkis. http://miages-djebels.org/spip.php?...

      La vérité sur la tragédie des Harkis http://miages-djebels.org/spip.php?...

      Bien cordialement.

      Claude

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      • Harkis soldats abandonnés. Extraits 5 avril 2012 09:10, par A TOUABI

        Bonjour Claude,

        Je suis un homme de paix et contre toute forme de violence, d’où qu’elle vienne. Cela dit, je ne sais pas s’il y’a une réelle communication entre nous ou si chacun de nous essaie de tirer la couverture vers lui.

        Je vous rappelle que je suis de Bouzeguène (Tazrouts) et étant très jeune à l’indépendance (7 ans), je n’ai pas grand souvenir ni de la guerre ni des années qui ont suivi juste après. Mes connaissances viennent alors des écrits des uns et des autres et des récits des plus agés. J’ai beaucoup plus de respects pour ces derniers car ils ont une certaine honnêteté que seuls nos paysans peuvent avoir. Pour le reste, j’ai beaucoup lu et en fin de compte les écrits des uns et des autres ne s’accordent jamais, au point de mener les lecteurs les plus avisés à un véritable ballotage. Il est certain que notre histoire de la guerre est loin de livrer tous ses secrets ! Pour les Harkis, en Arabe (ce n’est pas un mot Kabyle) le mot veut dire ’traitre’. En revenant à ce que j’ai dis plus haut, nos anciens ont fait état d’un comportement exécrable de certains Harkis mais d’autres n’avaient rejoint ce corps que pour des raisons individuelles. Ils n’ont pas fait de mal aux populations civiles. J’avais dit dans mon précédant post que cette catégorie n’a jamais été menacée.

        Votre vision de la guerre d’Algérie est différente de la notre. Il ne s’agissait pas d’une guerre civile et la France l’a d’ailleurs reconnu aujourd’hui. La raison qui a amené au soulévement reste, en grande partie, celle que vous avez soulevée : la différence de traitement entre les Algeriens autochtones et les Algériens Colons. Cette différence était absurde et sur un autre plan stupide. Il est clair que si tous les Algériens avaient accès à l’école et au travail, au même titre que les Européens, cette guerre n’aurait pas lieu. Et c’est tout le monde qui aura gagné.

        Les harkis décrit comme tels avaient été abandonnés par la France (qu’ils ont servi) et mis entre les mains de leurs victimes. A partir de là, leur sort était prévisible. Vous dites qu’ils n’ont pas trahis les leurs et là je ne suis pas d’accord. Ils sont avant tout issus de cette masse d’Algériens méprisés par la France et ont fait dans des comportements inacceptables envers leurs frères : tortures, viols, dénonciations, ... Que peuvent ils alors attendre de leurs victimes ?

        L’autre situation que vous avez si bien relevée et consiste en le pouvoir d’après guerre, je suis entièrement d’accord avec vous. Le pouvoir a été confisquée par ce qu’on appelle le Clan de Oujda et nous, les Kabyles, avons payé le prix le plus fort. Là, aussi, la France avait joué un rôle dans l’intronisation de cette secte arabo-islamiste, tapie à Oujda et au Caire, et qui n’a nullement fait la guerre. Son unique but est de détruire l’authenticité berbère de l’Algerie pour aller vers une autre identité regressive : l’Arabe. Nous avons vécu, depuis, dans une cacophonie totale qui dénie le développement et l’authenticité. le peuple Algérien est complètement ’défiguré’, en témoignent les élections avortées de 1991 ! Le reste relève du sous-développement mentale et morale.

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        • Bonjour Amar

          À cinquante ans de distance, pour un ancien comme moi, c’est un plaisir de pouvoir échanger sur la toile avec un Bouzeguenois de Tazrout.

          À travers nos discussions, nous pouvons progresser ensemble vers le chemin de la compréhension et servir modestement la cause de la mémoire d’une région attachante dont j’ai eu la charge administrative il y a bien des années, à une période où flottait encore pour quelques mois le drapeau français dans bien des villages.

          Comme par la suite, après l’indépendance, de nombreux Bouzeguenois y compris des indépendantistes Pro-FLN, sont venus s’installer en France et sont maintenant français, j’essaie actuellement modestement, non pas de défendre l’action de la France en Algérie, mais de restituer le mieux possible le contexte de cette époque. Une façon de décrisper les contacts entre partisans de tendances opposées, en France comme en Algérie.

          En effet à ce moment-là, face aux relations condescendantes de la part de la communauté européenne, les relations arabo-bèrberes étaient déjà complexes. Elles le demeurent encore aujourd’hui. Les différends et les tensions entre les çofs ne dataient pas d’alors. « Lorsqu’une tribu est en proie à la guerre civile, écrivent Hanoteau et Letourneux dans La Kabylie et les Coutumes kabyles, les çofs du groupe envoient fréquemment des contingents armés, pour soutenir leurs amis respectifs. Mais, si les causes de la guerre sont locales et n’intéressent pas directement les voisins, ces secours s’achètent le plus souvent à prix débattu ».

          C’est dans le cadre de la complexité des relations entre Arabes et Berbères que se sont exprimées différentes mouvances animées par des intellectuels : les partisans de l’indépendance d’obédience MNA et ceux de tendance FLN auxquels il convient d’ajouter les partisans d’une solution avec la France.

          Sans entrer dans le détail d’une étude sociologique et politique dont la complexité souvent m’échappe, j’ai essayé de restituer cette période terrible dans le livre témoignage « des Miages aux djebels. Notre guerre d’Algérie 1956-1962 » dont la lecture est possible à partir du site. Voir http://miages-djebels.org/spip.php?...

          Un document pour servir l’histoire qui a pour conclusion mon voyage sur place pour retrouver l’authenticité de l’âme d’une région chère à mon cœur.

          Depuis, grâce à la diffusion du livre et au site Miages-djebels, j’ai noué des contacts qui m’ont permis de mettre en ligne des documents inédits. Ceux-ci permettent d’enrichir la mémoire locale en faisant revivre des aspects méconnus qui atténuent la noirceur d’une période terrible comme en l’atteste le nombre de victimes inscrites sur monuments aux morts de votre région. Parmi celles-ci ne figurent pas sur les monuments les membres du MNA qui défendaient pourtant la cause de l’indépendance.

          Quant aux harkis morts au combat ou massacrés après les accords du 18 mars 1962, ils sont les victimes d’une présentation confisquée de l’histoire, comme le démontre le sondage récent réalisé par El Watan auquel répond un autre sondage réalisé par les familles de harkis en France. Voir http://www.harki.net/article.php?id=681

          Concernant les harkis, dans le contexte de violences d’alors qui se soldera pour la France par une victoire sur le terrain et une défaite sur le plan diplomatique, les jeux n’étaient pas faits. Les engagements dans l’armée française, des supplétifs appelés harkis, obéissent à une histoire personnelle. Voir le site http://www.harkis.com/article.php3?...

          À leur sujet, un historien réputé, Mohammed Harbi, ayant exercé d’importantes responsabilités au sein du FLN comme ambassadeur en Guinée (1960-1961) et comme secrétaire général du ministère des Affaires Étrangères (septembre 1961-septembre 1962) et ayant participé aux premières négociations des accords d’Évian, indique lui-même selon Wikipedia (dans Les Harkis dans la colonisation et ses suites, Les Éditions de l’Atelier, pp.93-95) que « La comparaison avec la collaboration en France n’est pas pertinente ».

          Cette Encyclopédie en ligne, précise en outre « Le mot harki désigne un individu servant dans une harka et vient du mot arabe haraka signifiant littéralement « mouvement ». « Selon l’historien du Maghreb colonial Charles-Robert Ageron, le mot harki était utilisé en Algérie au XIXe siècle, en référence à une expédition militaire organisée dans un but fiscal ou punitif ; mais aussi au Maroc au début du XXe siècle, où il désignait un type d’unité employé temporairement pour des opérations de police ou de guerre sous l’autorité d’un chef traditionnel… ».

          C’est ce que confirme également le Général Maurice Faivre dans l’introduction de l’article mis en ligne : « Quand éclate le soulèvement du 1er novembre 1954, la plupart des unités nord-africaines se trouvent encore en Indochine. Le recours à des supplétifs musulmans - ceux qu’on va appeler les « harkis » - a répondu à un besoin militaire indispensable. Sous ce terme global dérivé du mot arabe harka (pour « mouvement »), on a ensuite désigné une nébuleuse de formations diverses, créées successivement de 1954 à 1959 : baptisés « Groupes mobiles de sécurité » (GMS), les moghaznis des SAS, les harkis des harkas, les « Groupes d’autodéfense » (GAD » dont sont inspirés les comités d’autodéfense patriotes créés au lendemain du coup d’Etat du 11 janvier 1992.

          Il est à noter « qu’environ 3 000 harkis ont été des « ralliés », c’est-à-dire qu’ils avaient été recrutés parmi des prisonniers FLN qui reprenaient la guerre en se retournant contre leurs anciens camarades insurgés. Beaucoup de ces « ralliés » appartenaient aux « commandos de chasse ». Le sort de ceux d’entre eux qui n’ont pas pu gagner la France compte parmi les plus tragiques lors de l’indépendance de l’Algérie. …. »

          Lorsque j’étais à la tête de la SAS Bouzeguène, en 1960-1961, celle-ci comprenait une bonne trentaine de moghaznis avec qui je me sentais en pleine sécurité. Ils ont tous été loyaux envers la France jusqu’au bout. Au moment du cessez-le-feu, rejoignent le maghzen de Bouzeguène ceux de Tabouda et d’Aït Zellal. Un total d’environ 90 moghaznis qui assurreront seuls la protection de la SAS où travaillait encore une petite équipe d’Européens dont le chef de SAS qui vivait en famille avec ses jeunes enfants. L’instituteur Jean Louis Sahut revenu à Bouzeguène le 20 février 1962, raconte cette période. Voir http://miages-djebels.org/spip.php?...

          Il est évident que le comportement exécrable de certains harkis au caractère frustre et brutal, utilisés comme exécuteur des basses œuvres par des officiers chargés du renseignement, est la cause principale des violences subies après l’indépendance au moment où les anciennes victimes ont pu se venger en toute impunité, encouragées les « marsiens » soufflant sur les braises d’un feu à peine éteint.

          Néanmoins à l’époque, les harkis n’ont pas trahi leur pays qui était la France et leurs conditions d’accueil en France sont indignes de notre pays. De plus le traitement infligé à ceux qui sont restés en Algérie à un moment où l’indépendance était acquise est non seulement contraire aux engagements signés à Ëvian et aux promesses faites par ceux qui représentait le FLN mais constitue un crime de sang qui entache le drapeau algérien puisque dans certaines régions, il y a eu des exterminations concernant les familles. La discrimination qui peut encore exister à leur sujet de nos jours traduit un déficit d’esprit démocratique.

          Les harkis en définitive sont les grandes victimes du mythe de la révolution aux mains pures qui s’est répandu par la suite en Algérie et même en France. Malheureusement, il n’y a pas de révolutions aux mains pures, comme le démontrent les heures sombres vécues en France en 1789. La Révolution française a été également une guerre civile ayant des causes identiques à celles de la guerre d’Algérie : le mépris ressenti par les élites. Voir “massacre des harkis ou massacres de harkis ? qu’en sait-on ? http://www.ldh-toulon.net/spip.php?...

          Pour ce qui est de la notion de guerre civile, je m’en remets encore à la notion de Wikipedia « Une guerre civile est la situation qui existe lorsqu’au sein d’un État, une lutte armée oppose les forces armées régulières à des groupes armés identifiables, ou des groupes armés entre eux, dans des combats dont l’importance et l’extension dépassent la simple révolte ou l’insurrection. »

          L’armée française a eu à affronter en Algérie, les troupes du FLN et du MNA qui luttaient pour l’indépendance, et s’exterminaient mutuellement en Algérie et en France, (la guerre des cafés), puis à faire face aux « jusqu’au boutistes » de l’OAS qui s’en prenaient à l’armée française, aux civils musulmans et européens. À ces affrontements armés, il convient d’ajouter les attentats terroristes du FLN puis, en 1961 et 1962, ceux de l’OAS sans oublier les massacres de masse qui malheureusement ont existé.

          Lors de cette guerre fratricide, les choix ont été dictés bien souvent par la répulsion devant certaines méthodes. Un engrenage qui ne pouvait que conduire à la fureur et à la déraison de part et d’autre.

          Comme pour nos deux pays, « pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient », et qu’en définitive l’honneur de ceux qui ont combattu loyalement aux côtés de la France est tout aussi respectable devant l’Éternel, que celui de ceux qui combattaient pour l’indépendance, en ce jour de Pâques qui est un jour d’espérance pour l’humanité, demandons à Dieu, Allah et Yahwé de se tenir par la main, pour éclairer les dirigeants de nos deux pays et ouvrir le cœur des hommes assoiffés d’amitié et de fraternité : la souffrance et la douleur qui ne peuvent s’oublier, peuvent au moins être transcendées et être source d’une nouvelle amitié.

          Depuis quelques années, sans idées préconçues, j’ai ai cherché à comprendre les causes profondes de ce divorce sanglant et propose à chacun, depuis mon voyage d’avril 2011, pour atténuer la douleur des familles éprouvées par la perte d’un être cher, de s’ouvrir à la douleur de l’autre et d’honorer en commun, tous les morts victimes de la longue marche de l’Algérie vers l’indépendance, quel que soit leur camp d’appartenance. Voir Devenons les messagers de l’Akfadou http://miages-djebels.org/spip.php?...

          Le jour où de part et d’autre, commencera à cheminer l’écoute de l’autre, Dieu, Allah et Yahwé guideront nos pays sur le chemin du pardon et feront avancer la cause de l’humanité.

          Bien cordialement. Mes amitiés autour de vous en particulier aux anciens et aux villageois de Tazrout.

          Claude

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          • Harkis soldats abandonnés. Extraits 2 mai 2012 11:29, par TOUABI Amar

            Bonjour Claude, Je suis convaincu, et c’est plusieurs fois démontré, que vous êtes quelqu’un qui milite pour un rapprochement des deux communautés, pour la compréhension de la guerre surtout. J’apprécie fortement et encourage vos efforts. Cependant, force est de constater que les écrits disponibles nous éloignent souvent de la réalité. Pour revenir aux Harkis, il est démontré qu’ils ont trahis et qu’ils ont fait du mal. Maintenant qu’ils soient utilisés pour exécuter les basses besognes, cela reste une autre discussion et celle-ci ménera toujours au fait que c’étaient les Français qui les ont abandonnés. J’ai souligné ce trait plus haut. Etymologiquement le mot veut peut être dire ce que vous avez précisez, il n’en demeure pas moins que le commun des Algériens lui donne la signification de traitre. C’est généralisé. Certaines références que vous avez citées (Comme Mohammed Harbi) ne sont pas pour faire adhérer les Kabyles. celui aussi intellectuel qu’il est reste peu intelligent. Il s’est mis au service de clans et de la petitesse au lieu de favoriser l’apport scientifique pour lequel il est sensé travailler. Je vous rappelle qu’il est le neveu de Boussouf. Cet individu dénie l’authenticité Kabyle et est derrière l’assissinat d’un symbole (ABANE Ramdane) et d’autres Kabyles. Harbi lui est resté attaché et ses écrits restent atypiques, faux et tendancieux. Il a bien essayé de se rapprocher astucieusement de certains Kabyles en utilisant une VOIE CONNUE (Ait Ahmed) mais ses tentatives restent vaines et peu convaincantes. Les Kabyles lui rétorquent bien à sa haine manifeste. Une autre précision, les Ait Idjeur (ou Bouzeguènois comme vous le dites) étaient bien avant l’indépendance des émigrés : à titre d’exemples, mon Grand-père avait traversé la méditerranée en 1907 et mon père en 1942 (Que dieu ait leur âme). MM Brindit et Marcowich qui ont internvenu aussi sont hors coup. Dans ce sens, Mr Marcowich était dans une région où il n’y avait presaue pas de guerre, à Oran. Quant à Mr Brindit, il ferait bien d’écrire sous son vrai nom (Comme je le fais) et il aurait les réponses de ses proches même. Il n’a pas donné les vraies raisons qui l’ont poussé à rejoindre les Harkis à 17 ans ? Et quand il parle d’école c’est le comble car il n’y avait pas d’école pour les enfants de 6 ans et donc pour 17 ans ....J’avais 7 ans à l’indépendance et je ne suis allé à l’école qu’en 1963. Il faut qu’il se mette à l’évidence que les Harkis ont fait du mal (et donc trahis les leurs) et que nous ne nourrissons aucune haine comme il veut le laisser entendre. Le FLN post indépendance a fait beaucoup de mal à la Kabylie et ce n’est pas dans ce coin qu’il peut avoir des adeptes. Bien sûr que nous avons nos KDS et que la brosse n’est pas un fait propre à une région ou une autre mais le dialogue doit porter sur des paramètres plus porteurs. Le FLN est vomi chez nous. Alors Mr Brindit cherchez autre chose et je suis certains que vous connaissez mieux que quiconque les raisons de votre situation actuelle, par rapport à l’Algerie et la France !

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            • Bonjour Amar

              Pour avoir vécu les contradictions d’une guerre qui a divisé les hommes non seulement dans les villes, les campagnes, les villages ou les familles, j’essaie modestement, à cinquante ans de distance, de restituer le contexte d’une époque. Les faits d’un côté comme de l’autre sont en effet souvent travestis par ceux qui présentent l’Histoire : leurs raccourcis influencent le langage populaire.

              Pour comprendre les engagements pris par les partisans de l’indépendance ou par les partisans d’une solution avec la France, il faut se replacer dans le climat d’alors.

              Les harkis en ce qui les concerne ne pouvaient pas trahir une nation qui n’existait pas. L’Algérie était une nation en devenir. Elle aura eu lors de l’indépendance pour élément fondateur le sang versé par des partisans de tendances opposées.

              Bien que la région ait une histoire, la nation algérienne n’existait pas comme l’indique Ferhat Abbas dans son livre « Autopsie d’une guerre » dans le chapitre « Le long cheminement du passé » http://miages-djebels.org/spip.php?...

              Plus concrètement, avant 1830, la régence d’Alger était sous domination ottomane. Après avoir chassé le Bey, la France a conquis la région et lui a donné un nom dès 1839 l’Algérie. Voir le document historique à ce sujet. http://kabyliepolitique.unblog.fr/f...

              Par la suite la France va donner à l’Algérie des frontières.

              • À l’ouest par le traité de Lalla Maghnia signé le 18 mars 1845 après la bataille d’Isly. En 1903 création de Colomb-Béchar poste avancé face au Maroc. 1912 une nouvelle limite administrative dite ligne Varnier est établie entre Figuig et Tiberiatine. 1934 conquête de la région de Tindouf.
              • À l’est, en 1901 signature du procès-verbal d’accord entre le gouverneur général d’Algérie et le résident général de France en Tunisie sur le tracé de la frontière entre Djebel Rhorra et Bir Romane..

              Entre la France et l’Algérie, les frontières n’existaient pas, puisque des dizaines de milliers d’Algériens comme votre grand-oncle TOUABI Boudjema sont morts pour la France.

              La vraie frontière à l’intérieur du pays était alors celle de l’inégalité de traitement dont était victime la communauté arabo-berbère. C’est ce qu’a rappelé le général de Gaulle le 4 juin 1958, au forum. Devant une foule immense composée de Musulmans et d’Européens qui venait de fraterniser, celui-ci après avoir lancé son fameux « Je vous ai compris…. » résumait la situation :

              « Eh bien ! De tout cela je prends acte au nom de la France ! et je déclare qu’à partir d’aujourd’hui, la France considère que dans toute l’Algérie, il n’y a qu’une seule catégorie d’habitants. Il n’y a que des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Cela signifie qu’il faut ouvrir des voies qui, jusqu’à présent, étaient fermées devant beaucoup.

              Cela signifie qu’il faut donner les moyens de vivre à ceux qui ne les avaient pas.

              Cela signifie qu’il faut reconnaître la dignité à tous ceux à qui on la contestait.

              Cela signifie qu’il faut assurer une patrie à ceux qui pouvaient douter d’en avoir une…. » Voir sur le site « Les SAS, mise en perspective ». http://miages-djebels.org/spip.php?...

              Dans ces conditions choisir la France ne pouvait être une trahison.

              Profitons des leçons du passé pour oeuvrer à faire tomber les murs de l’incompréhension et de consacrer les énergies à bâtir des ponts entre les différentes communautés que ce soit en Algérie ou en France Bien cordialement.

              Claude

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              • Harkis soldats abandonnés. Extraits 12 mai 2012 10:18, par A. TOUABI

                Bonjour Claude,

                C’est toujours avec un plaisir réel que je lis vos écrits et j’avoue que je comprends parfaitement bien votre souci d’œuvrer pour le rapprochement des deux communautés. Cependant, je dois souligner que l’incompréhension se décline en plusieurs problèmes, partiellement ou pas résolus. Ainsi, le travail de restitution du contexte de l’époque bute sur des complexités de taille : • La mémoire locale, construite surtout par une population illettrée et remodelée par des gens aux buts opposés et aux moyens importants. D’où un sentiment d’insatisfaction permanent et un ballotage dans les idées cyclique et rythmé par les apports des uns et des autres. • L’incompréhensible position française (détentrice d’archives) qui refuse de rendre publique certaines vérités. Les enjeux politiques et l’appât économique en sont certainement les raisons majeures (?). • L’usurpation du pouvoir post- indépendance de l’Algérie par une secte abreuvée, à satiété, par l’arabo-islamisme récolté chez Nacer d’Egypte. Un dénie identitaire unique a suivi l’indépendance et colle aux basques des Algériens depuis lors. La France a sa part de responsabilité dans cette situation, par complicité ! • La trahison intellectuelle des historiens qui se complaisent dans l’environnement dicté par les politiques. • … C’est pour cela que vos efforts sont louables. Mais, je dois dire qu’il vous sera difficile d’arriver par vos seuls moyens. Les contributions sont indispensables et il est temps pour que les langues se délient. S’agissant des Harkis et des limites de l’Algérie actuelle, vous avez peut être raison mais ce sont des situations dont les racines sont beaucoup plus profondes. Les Harkis qui s’étaient engagés auprès de l’armée Française n’avaient ni la notion de l’état tel que vous le présentez aujourd’hui et n’avez rien de personnes aptes à réfléchir autrement que par des besoins superficiellement et surtout d’existence (Voir la première étape de la pyramide de Maslow en économie). Ils ont trahi parceque ils ont fait face au seul environnement à portée de leurs connaissances (leurs frères, leurs voisins, …). Ils ont fait du mal car dopés par le plus acquis par leur armement du moment. Utilisés pour les basses besognes reste aussi un argument de leur traitrise ! Quant aux frontières de l’Algérie, j’admets ce qu’elles ont été à l’arrivée des Français et ce qu’elles sont devenues sous la colonisation. Il faut cependant se rendre à l’évidence que l’Algérie est ancestrale et qu’elle existait des siécles durant : les différents royaumes berbères l’atteste. La Tamazgha existait depuis très longtemps, avec différentes frontières certainement mais comme partout dans les grandes contrées du monde. L’histoire des berbères reste intimement liée à celles des grandes civilisations de la méditerranée, surtout celle des Romains où pas moins de sept (07) empereurs étaient d’origine berbère (ou Amazigh).

                Cordialement

                Amar

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    • Harkis soldats abandonnés. Extraits 11 avril 2012 00:21, par brindit

      Je voudrai répondre à M. TOUABI, quand il dit que les harkis sont des traitres, mais pourquoi alors l’algérien ne les a pas jugés comme font tous les pays du monde ? Je crois qu’aujourd’hui les Algériens sont plus que jamais gênés devant leur passé. Je ne sais pas quel âge peut avoir M. Touabi, mais je pense qu’il n’a pas vécu la guerre pour comprendre l’histoire. Moi j’avais 17 ans, au lieu de renvoyer à l’école, l’armée française m’avait enrôlé dans des harkis et des gens de mon âge il y en avait beaucoup. Je ne comprend pas, comment 50 ans après comment on peut avoir autant de haine, je pense qu’elle est certainement, le résultat d’une éducation faite à la base depuis des décennies de la part du FLN. il faut savoir que les harkis n’étaient pas un parti politique ou une ethnie quelconque qui se serait pas soulevée d’un seul coup contre les autres, mais ce sont là des individus de différentes régions beaucoup étaient des illettrés et se sont retrouvés face à une rébellion répressive contre cette populations, et par la même de la pression qu’exercée l’armée française à leur égard. Dans ce contexte il est difficile d’expliquer toutes les raisons en quelques mots, les motifs de tous ces hommes qui se sont retrouvés du jour au lendemain dans les harkis sous les ordres de l’armée française. Il faut se référer avec beaucoup de sincérité à l’histoire de toute cette guerre très complexe qui a duré sept ans et demi. Aujourd’hui , c’est-à-dire 50 ans après, certains cherchent à couvrir la plaie avec une rondelle de citron . La France comme l’Algérie sont totalement responsables du massacre des harkis et ceux-là s’appellent un crime, ce crime a été commis contre des gens désarmés et sans défense. Le 19 mars, je me rappelle parfaitement tout, je venais d’avoir 19 ans, encore adolescent à cet âge, je faisais partie de ces harkis qui ont servi dans la sas, je me rappelle aussi le jour où nous avons été désarmés par l’armée active, on nous a tous retiré même nos habits, aucune arme ne nous a été laissée pour nous défendre et même pas une cartouche. Quelques jours plus tard, toute l’armada française a quitté la région en nous laissant livrer à notre propre destinée. Moi aussi j’ai eu mon compte, alors que je venais à peine d’ouvrir les yeux à la vie c’était un vrai cauchemar. Aujourd’hui je vais sur mes 70 années, je suis toujours interdit de séjour en Algérie, car le gouvernement de ce pays m’empêche d’aller revoir ma famille que j’ai laissée là-bas il y a 50 ans. Aucun pays au monde ne peut faire de telles choses, quand on ne peut pas vous torturer physiquement alors on vous torture moralement. Pour moi, ils sont tous coupables de cette tragédie dont sont victimes les harkis.

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      • Harkis soldats abandonnés. Extraits 15 juillet 10:59, par sahraoui (sudiste)

        salut les harrkis ont fait beaucoup de mal contre l’algerie leur mere etsa population a l’epoque coloniale c’est par leur faute que des centaines d’homme et femme memme enfants ont perdu leur vie et c’est pas facile et incha allah ça va changer par le temps

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  • Harkis soldats abandonnés. Extraits 14 avril 2012 12:48, par marcowich

    TOUABI a écrit : " La raison qui a amené au soulévement reste, en grande partie, celle que vous avez soulevée : la différence de traitement entre les Algeriens autochtones et les Algériens Colons. Cette différence était absurde et sur un autre plan stupide. Il est clair que si tous les Algériens avaient accès à l’école et au travail, au même titre que les Européens, cette guerre n’aurait pas lieu. Et c’est tout le monde qui aura gagné."

    Vous avez raison, peut-être. Je me souviens, j’avais dix ans à Mers-el-Kébir, près d’Oran, et j’étais torturé par les différences entre mes copains arabes et nous hispano-napolitains devenus français, mais peuple sans élite. Mon problème, à cette époque, était que je n’arrivais pas à comprendre, pourquoi, ils étaient plus pauvres que nous, pourquoi ils ne venaient pas à notre patronage, aux sorties à la plage avec nous, etc.

    Un jour, mon copain Kader vient me chercher chez pour aller à la montagne (Djebel Santon), chercher des nids pour capturer de petits oiseaux.

    En chemin, nous apercevons un musulman en haillons. N’en pouvant plus, j’explose et je dis à Kader : "P....n, c’est con d’être Arabe !"

    Et Kader, de me répondre : "Tu l’as dit, j’aimerais être Français !"

    Nous étions en 1956.

    Alors peut-être, ce petit extrait de vie enfantine vous donne raison.

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