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Open sky : parapente et grandes descentes

lundi 8 juillet 2013, par Chawki Amari

De l’air. Aswel, du nom d’une plateforme encastrée dans des massifs calcaires en plein Djurdjura, à 1500 mètres d’altitude, surplombant le village de Bouzguène, à quelques 60 kilomètres au sud de Tizi Ouzou.


Article paru dans El Watan le 7 juillet 2013 sous la plume de Chawki Amari.

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publié par Miages-djebels pour unir les cœurs autour autour de la beauté de la nature et des sommets du Djurdjura et des Alpes.

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De l’air. Aswel, du nom d’une plateforme encastrée dans des massifs calcaires en plein Djurdjura, à 1500 mètres d’altitude, surplombant le village de Bouzguène, à quelques 60 kilomètres au sud de Tizi Ouzou.

De la hauteur, Djaffer, 31 ans, taille moyenne, formateur en parapente, déplie sa grande voile de 6 mètres de large profilée comme une aile d’avion pour générer de la portance et enfile sa combinaison. Totalisant plus de 500 heures de vol, il sait ce qu’il fait. Il vérifie les fils et les cordages, qu’ils ne soient pas enroulés, boucles, crochets, poulies et la voile bien sûr, toute erreur étant mortelle. Pour ce baptème de l’air, Djihane, 25 ans, qui vient de soutenir son ingéniorat à Alger, prend place dans une autre combinaison baudrier qui s’attache à la première. Djaffer vérifie encore soigneusement les sangles, tout en donnant les consignes à Djihane, qui écoute attentivement : « Il faut courir, décoller debout, puis quand on sera en l’air, quand je te le dirai, remonter en s’aidant des fils et s’asseoir sur la petite planche pour se stabiliser. »

Djihane acquiesce de la tête, sans rien dire. Ses amis lui demandent ce qu’elle leur laisse si elle meurt, elle répond en blaguant, absolument pas rassurée. En théorie, le biplace de Djaffer peut supporter 200 kg avant de se rompre. Du vent. Equipé d’une radio et d’un GPS, Djaffer consulte son variomètre. Il hume l’air et décide qu’il est dans la bonne direction, assez fort pour pouvoir s’élever, sans être trop fort, ce qui permet un meilleur contrôle en vol. Conditions idéales. Djaffer est derrière Djihane, inquiète. Devant eux, le vide, un aplomb de 500 mètres, avec un petit stade en bas tout au loin, lieu choisi pour l’atterrissage.

C’est le moment, « go, go, go ! », crie Djaffer en s’élançant subitement, poussant Djihane qui se met à courir aussi. Il faut courir vers le vide, jusqu’à ce que la voile se gonfle et prenne l’air. Quelques mètres et les pieds sont déjà dans le vide, les deux s’envolent après quelques hésitations de la voile. Ils sont partis. En l’air. Un dernier cri pour conjurer la peur et ça y est, ils sont déjà loin, tout petits dans le ciel, minuscule attelage se faufilant entre les falaises impressionnantes du Djurdjura. Quelques aigles s’écartent, prudents.

Sous l’impulsion de la section des sports de montagne, « Les cimes du club MSM » (Mawahib Sidi M’Hamed) et de Djaffer, affilié à la Fédération algérienne des sports aériens, ce stage d’initiation au parapente n’est pas le premier du genre. Depuis le milieu des années 90 et l’apparition des parapentistes algériens, à Djbabra, au-dessus de Meftah, dans l’Atlas blidéen, dans le Bouzegza au-dessus de Boudouaou, à Tizi N’Djaâboub, au-dessus de Bouira, ou au Cap Carbon, au-dessus de Béjaïa, les quelques afficionados de ce sport extrême sautent de partout, n’ayant peur de rien, plongent dans les airs là où il y a suffisamment de dénivelé pour s’élancer et voler, là aussi où les autorisations sont accordées.

« On vient d’essayer à Chréa (au-dessus de Blida), mais l’armée ne nous a pas donné l’autorisation », explique un déçu du voyage, qui n’a pas pu voler. A l’image de sa nature même, le parapente a quelque chose d’aléatoire, d’autant qu’il faut que les conditions soient respectées. Pas de vent, pas de vol. Ce qui explique que l’on peut grimper toute la montagne, se préparer et ne pas voler. A Aswel, sur cette plateforme nue en bordure des falaises (aswel veut dire plate-forme en Kabyle), Amine, jeune directeur de banque à Alger, est debout, cloué au sol, et rage d’impatience. Il est monté jusqu’ici, a attendu son tour, a fait ses exercices de gonflage de la voile comme personne, a intégré les instructions de commandes, veut voler, mais les conditions ne sont pas bonnes. « Ma3lich, je volerai la semaine prochaine, j’y tiens absolument. »

« ça plane au Djurdjura »

Aswel. Quelques aigles traînent dans le ciel, à la recherche du déjeuner. Il est midi, Djihane est revenue de son vol, heureuse, même si l’atterrissage ne s’est pas très bien passé, elle est tombée et s’est fait mal. L’atterrissage, tout comme le décollage, est très technique, mais avec l’habitude, on apprend à le maîtriser. Les risques ? Bien sûr, c’est un sport extrême, où tout peut arriver. Ici même, un Français est mort, pourtant professionnel expérimenté, chutant de haut, alors qu’on l’avait averti que les conditions n’étaient pas favorables. « Lebhar yeddi lhouwam » (la mer prend les bons nageurs), comme on dit. Djbabra, au-dessus de Meftah, dans l’Atlas blidéen.

Difficile de croire qu’ici, dans cette région qui a durement souffert du terrorisme, on puisse voler. D’ailleurs, sur la route qui relie Meftah à la petite localité de Djbabra, une importante caserne, avec barrage et arme au poing, veille. Mais c’est sur l’autre versant que les parapentistes ont choisi de voler. Contrairement à Aswel, où les parapentistes décollaient d’une plateforme déserte, ici on se lance de la petite route de montagne, ce qui oblige les automobilistes à s’arrêter. Ravis, ils en profitent pour descendre et filmer avec leur téléphone portable les exploits de ces cascadeurs volants venus d’ailleurs.

Une petite fille est ravie, elle veut voler et demande si l’équipe sera là le lendemain. Une semaine est passée depuis Aswel et Amine est remonté pour tenter encore sa chance. Cette fois-ci, les conditions sont bonnes. Fou de joie, il a décollé avec Djaffer derrière lui. Tout vient à point pour qui sait attendre, Amin a bénéficié de conditions idéales. Le vent était bon, ils sont montés, redescendus, fait des tours et des vols latéraux, la totale. Puis sont revenus, après avoir atterri avec leur immense voile dans un champ plus bas devant le regard étonné de deux paysans qui travaillaient leur terre.

A son retour, heureux, Amine est définitivement décidé, il veut voler seul, sans personne derrière. Djaffer le formateur, explique : « Combien de temps ? En fonction de l’assiduité de l’élève, en gros une semaine de cours théoriques et d’exercices au sol. » Comme le gonflage de la voile, qui n’est pas évident du tout. Des cours d’aérologie aussi, comprendre les vents, l’air chaud et l’air froid, les courants thermiques ascendants, l’influence des masses de pierre sur la voile, une falaise l’attirant fortement et sans contrôle, on peut s’écraser contre elle. « La voile elle-même, poursuit Djaffer, au sortir d’un ascendant thermique peut se plier et c’est la chute dans le vide. » C’est prévu, Djaffer montre un petit sac accroché à sa sellette, un parachute de secours. « Je ne l’ai jamais ouvert », rassure-t-il, lui qui fait du parapente depuis 2009.

Retour au sol

Sur la montagne et en dehors des apprentis qui viennent d’Alger pour voler et rentrer chez eux, Djaffer n’est pas seul en haut. Il saute souvent, en compagnie de ses amis, Abdeslam de Bouzguène et Abdou de Bouira, ce dernier étant un véritable kamikaze volant qui saute seul, avec une voile pas sûre du tout, et qui fait des acrobaties en moto quand il ne peut pas voler. Les trois se connaissent bien et échangent des infos sur les bons endroits. Ils connaissent toute l’Algérie et ses montagnes. La sécurité ? « Ici à Aswel-Bouzguène, raconte Abdou, on a déjà volé pendant que des accrochages entre terroristes et armée avaient lieu au sol. » Alors ? « Normal. »

La prochaine fois, il ira sauter d’une autre plateforme encore plus haute, vers le col de Tizi N’kouilal, versant Nord du Djurdjura. « En l’air, on voit tout, explique Abdou, taciturne, qui s’est même envolé un jour à 4000 mètres, là où l’on voit que la terre est ronde », explique-t-il. Abdou peut passer la journée en l’air, jusqu’à 8 heures dans le ciel, accroché à sa voile si les vents sont bons. Il n’y a que là qu’il est heureux, dans les cimes du Djurdjura. Dans les airs, la vue est imprenable sur tous les villages de Kabylie accrochés aux falaises, serrés les uns aux autres contre l’adversité. D’Aswel-Tizi N’kouilal, on peut voir les nombreux villages d’Iboudrarène, l’une des communes les plus hautes d’Algérie et même Ighil Bamas, le village d’Aït Menguellet. Qui chantait, à terre, dans l’une de ses célèbres complaintes : « Sans la montagne, l’aigle ne serait qu’un vulgaire oiseau. »

C’est quoi le parapente ?

Le parapente est un dérivé du parachute qui permet d’effectuer des vols libres sans l’aide de combustible ou de moteur. Contrairement au paramoteur qui est un parapente doté d’un petit moteur pour voler s’il n’y a pas de vent. Très complexe, un parapente est un concentré de technologie légère, étudié comme une aile d’avion avec des jeux de poulies, de boucles et crochets, de fils-freins et un ensemble de dispositifs pour contrôler l’aile (la voile), solidement suspendue à la sellette par des suspentes.

Pour le pilotage en l’air, deux commandes pour manœuvrer, pour le reste, Dieu, la chance et la bénédiction pour éviter les mauvaises surprises. Mais combien coûte ce sport extrême à risques ? Une voile neuve coûte autour de 3500 euros, qu’il faut faire contrôler régulièrement, et les organismes de contrôle n’existant pas en Algérie, il faut le faire en Europe, au prix moyen de 150 euros. Tout cela reste assez cher, mais pour un simple baptème de l’air, c’est autre chose. Pour les affiliés à la fédération des sports aériens, c’est gratuit. Pour les autres, c’est un peu plus compliqué, les lois algériennes étant assez rigides sur ce type d’activités commerciales. Il faut donc naviguer. A terre. Pour s’envoyer en l’air après.

Chawki Amari

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