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L’autodétermination en Algérie.

vendredi 26 juin 2009, par Serge CATTET


Un peu d’histoire : l’autodétermination en Algérie.

Jusqu’au 16 septembre 1959, l’objectif de la politique française et la mission des armées en Algérie restent tels qu’ils avaient été définis dès le début du conflit et réaffirmés par le général de Gaulle en mai 1958 : garder l’Algérie à la France. C’est ainsi qu’on avait pu traduire son apostrophe lancée à Mostaganem le 6 juin 1958 : "Vive l’Algérie française".

Le 16 septembre 1959, changement non de cap, mais de stratégie. Il n’est pas question de renoncer à une présence française sur le sol algérien, la lutte armée n’est pas ralentie, au contraire, mais le Général introduit une donnée nouvelle dans la conduite du conflit : l’autodétermination, la consultation des populations quant à leur devenir… Ce changement de stratégie n’est pas sans susciter au sein de la communauté des "Pieds-Noirs" et des cadres de l’armée interrogations, malaise et refus. Mais le parcours est enclenché et il sera mené à son terme.

Le 16 septembre 1959, le général de Gaulle s’exprime à la télévision et, sur le problème majeur de l’Algérie, annonce une nouvelle orientation de sa politique. "Grâce au progrès de la pacification, au progrès démocratique, au progrès social, on peut maintenant envisager le jour où les hommes et les femmes qui habitent l’Algérie seront en mesure de décider de leur destin, une fois pour toutes, librement en connaissance de cause. Compte tenu de toutes les données, algériennes, nationales et internationales, je considère comme nécessaire que ce recours à l’autodétermination soit, dès aujourd’hui, proclamé…" Et de préciser dans la suite de son intervention : "… les trois solutions concevables feront l’objet de la consultation ; ou bien : la sécession, ou bien : la francisation complète, ou bien : le gouvernement des Algériens par les Algériens appuyé sur l’aide de la France…"

Il ne fait aucun doute que la troisième option a ses préférences. Les réactions ne se font pas attendre.

Le F.L.N. rejette cette perspective de consultation ; la stupeur est grande au sein de l’armée et en décembre, à l’occasion d’une interview, le général Massu avoue ne plus comprendre la politique de de Gaulle, il est limogé ; dans les milieux algérois, la réplique est déclenchée le 24 janvier 1960, le sang coule, c’est le début de la semaine des barricades. Au sein du gouvernement, Soustelle, acquis à une politique d’intégration, démissionne ; en septembre, Salan quitte la France et gagne l’Espagne en signe de refus de la politique algérienne de de Gaulle.

Ces oppositions n’entament en rien la résolution de de Gaulle qui le 4 novembre 1960, à deux mois du référendum prévu pour janvier 1961, confirme et précise sa pensée. "… j’ai, comme on le sait, décidé… de suivre un chemin nouveau. Ce chemin conduit, non plus à l’Algérie gouvernée par la métropole, mais à l’Algérie algérienne. Cela veut dire… une Algérie qui, si les Algériens le veulent…aura son gouvernement, ses institutions et ses lois…"

Le déplacement qu’il réalise en Algérie au début décembre est accompagné de violentes manifestations à Alger ; les Pieds Noirs expriment leur hostilité au principe de l’Algérie algérienne : les musulmans répondent en affirmant leur volonté d’indépendance. L’armée milite pour le "oui", le F.L.N. pour le "non".

Consulté au suffrage universel l’électorat de métropole et d’Algérie répond favorablement à la question posée : "Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le Président de la République et concernant l’autodétermination des populations algériennes et l’organisation des pouvoirs publics en Algérie avant l’autodétermination". Le "oui" recueille en métropole 75 % des suffrages exprimés et en Algérie 69 % surtout grâce au bled.

Ces résultats n’entament en rien les oppositions à la politique de de Gaulle. Le général Challe donne sa démission ; l’O.A.S. prend naissance à Madrid. Le 12 avril 1961, les généraux Challe, Faure, Zeller, Jouhaux rejoints le lendemain par le général Salan décident d’une insurrection militaire ; le "Putsch" est rapidement un échec, l’essentiel de l’armée et notamment les "appelés" n’ayant pas suivi, mais il confirme le gouvernement dans sa volonté de mener à leur terme les pourparlers avec le F.L.N. amorcés secrètement dès février 1961.

De ruptures en reprises, de rencontres secrètes en rencontres officielles, le parcours des discussions s’achève à Evian le 18 mars 1962 par la signature de la "Déclaration générale des deux délégations du 18 mars" aussitôt baptisée par les médias d’Accords d’Evian. Le "cessez-le-feu" intervient le 19 mars ; le 8 avril la métropole par référendum adopte à une majorité écrasante les dispositions du 18 mars ; le 1er juillet les Algériens à la quasi unanimité font de même. Le 3 juillet le général de Gaulle reconnaît l’indépendance de l’Algérie.

La stratégie de l’autodétermination avait abouti, le 19 mars à midi les combats commencés en novembre 1954 prenaient fin. Malheureusement, l’éloignement des combats ne signifiait pas retour à la paix.

Les débordements des extrémismes des deux camps, l’O.A.S. et les enragés du F.L.N., allaient entraîner l’Algérie dans une suite de drames, assassinats de Pieds-Noirs et de Musulmans, massacre des harkis, exode inexorable de la communauté des Pieds-Noirs. Ce n’était assurément pas l’objectif de la politique d’autodétermination.

Serge Cattet.

Article paru dans générations combattantes. Juin 2009.

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