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Ismaÿl Urbain. Royaume arabe ou Algérie franco-musulmane ? 1848-1870

mardi 25 décembre 2012, par Michel LEVALLOIS

Le présent ouvrage relate le combat qu’Ismaÿl Urbain a mené avec ses amis arabophiles après la révolution de 1848 et l’instauration de l’Empire, pour construire une Algérie franco-musulmane et la faire accepter par Napoléon III.

À la Direction de l’Algérie du ministère de la guerre, il fut chargé de superviser la détention de l’émir Abd el Kader et il rédigea les premiers textes intéressant les Algériens musulmans. Il poursuivit son action comme conseiller-rapporteur au Conseil de gouvernement d’Alger qu’il rejoignit en 1861, par ses rapports, ses correspondances officieuses et par des campagnes de presse. Choisi par l’Empereur pour être son interprète pendant son voyage de 1 865 en Algérie, il devint la « bête noire » des colonistes et des républicains.


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Bicentenaire d’Ismaÿl Urbain
Manifestations programmées

Pour connaître la société des études saint-simoniennes, présidées par Michel Levallois http://lire.ish-lyon.cnrs.fr/ESS/in...

Pour connaître Ismaÿl Urbain http://lire.ish-lyon.cnrs.fr/ESS/ur...

Pour la célébration du bicentenaire d’Ismaÿl Urbain (1812-1884) http://lire.ish-lyon.cnrs.fr/ESS/ou...


Quatrième de couverture

« Le Royaume arabe », symbole de la politique de Napoléon III pour l’Algérie ? Une précédente publication, « Ismayl. Urbain, Une autre conquête de l’Algérie », a montré cet « homme de couleur » originaire de Guyane, ralliant les saint-sinioniens, se convertissant à l’islam en Egypte, arrivant à Alger en 1837 comme interprète militaire, appelé par le duc d’Aumale devenu gouverneur général à le suivre à Alger en 1847, et prenant le défense des Algériens musulmans. Le présent ouvrage relate le combat qu’Ismayl Urbain a mené avec ses amis arabophiles après la révolution de 1848 et l’instauration de l’Empire, pour construire une Algérie franco-musulmane et la faire accepter par Napoléon III. À la Direction de l’Algérie du ministère de la guerre, il fut chargé de superviser la détention de l’émir Abd el Kader et il rédigea les premiers textes intéressant les Algériens musulmans. Il poursuivit son action comme conseiller-rapporteur au Conseil de gouvernement d’Alger qu’il rejoignit en 1861, par ses rapports, ses correspondances officieuses et par des campagnes de presse. Choisi par l’Empereur pour être son interprète pendant son voyage de 1 865 en Algérie, il devint la « bête noire » des colonistes et des républicains. Menacé de mort après la chute de l’Empire, il donna sa démission et s’exila à Marseille où il ne cessa de défendre ses idées dans la presse. Il rejoindra Alger en 1882, pour s’y éteindre le 27 janvier 1884. Son projet d’une Algérie franco-musulmane ne s’est pas réalisé, mais en cette année du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, le témoignage qu’il a laissé en faveur d’une association respectueuse entre Français et Algériens peut largement inspirer tous ceux qui œuvrent aujourd’hui à leur réconciliation.

Michel Levallois, préfet honoraire, docteur en histoire, diplômé de l’INALCO, est l’auteur de Ismayl Urbain, une autre conquête de l’Algérie, Maisonneuve & Larosc, Paris 2001, et des préfaces et notes de la réédition des deux brochures d’Ismayl Urbain, L’Algérie pour les Algériens, L’Algérie française. Indigènes et Immigrants, Séguier-Atlantica 2000 et 2002.


« Il est extrêmement cruel que la France perde l’Algérie où elle a tant fait, tant donné, au point que le pays est devenu un morceau d’elle-même. Mais il est inhumain de massacrer les indigènes qui savent que l’Algérie est à eux et qu’ils n’ont rien de commun avec les Français. Rien sinon ce rapport de servitude qui a duré un siècle. Il est inhumain d’envoyer ses propres enfants, descendants d’hommes libres, mourir ou tuer d’autres enfants qui veulent, eux aussi, être libres. Certes, pour la France, la perte de l’Algérie serait irréparable. Pourquoi n’a-t-elle pas su s’attacher les Algériens ? » Mouloud Feraoun, Journal 1955-1962, Éditions du Seuil, 1962, p. 100.

« ...préparer son livre, minutieusement, avec de perpétuels regroupements de forces, comme une offensive, le supporter comme une fatigue, l’accepter comme une règle, le construire comme une église, le suivre comme un régime, le vaincre comme un obstacle, le conquérir comme une amitié, le suralimenter comme un enfant, le créer comme un monde... » Marcel Proust, Le temps retrouvé, GF Fammarion 1986, p. 445.

Publié avec le concours du CNL (Centre National du Livre)

Illustrations de la couverture : Ismayl Urbain, Napoléon III, Abd el-Kader.

ISBN : 978-2-36013-101-3

© Riveneuve éditions, 2012

75, rue de Gergovie

75014 Paris


Table des matières

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Ismaÿl Urbain Royaume arabe ou Algérie franco-musulmane 1848-1870. Table des matières
Le combat d’un arabophile pour une Algérie franco-musulmane

Avant-propos

Ceux qui ont lu Ismayl Urbain (1812-1884) : une autre conquête de l’Algérie, s’étonneront que je leur propose sur ce personnage un ouvrage aussi volumineux que le premier. Je leur dirai que la première publication ne portait que sur le début de sa vie professionnelle, sur les dix années passées en Algérie entre 1837 et 1848, années de découverte et de formation. Le plus important restait à établir et à raconter : vingt-deux années pendant lesquelles, de 1848 à 1870, à Paris, au ministère de la Guerre, puis à Alger, au Conseil de gouvernement, il fut le concepteur, l’agent et le publiciste de ce que ses ennemis ont appelé « le Royaume arabe ».

Ce deuxième volume relate son combat pour une autre colonisation de l’Algérie, une colonisation dont les indigènes algériens musulmans devaient être les premiers acteurs et les premiers bénéficiaires. Ce combat qu’il a mené avec quelques amis pour la construction d’une Algérie franco-musulmane, lui a valu la confiance et l’estime de l’Empereur, mais il ne lui a pas épargné l’hostilité de certains de ses collègues civils et militaires, ni la haine des « colonistes » et de leur presse. Il l’a perdu puisque la chute de l’Empire et l’avènement de la IIIe République ont emporté cette politique « arabophile » en la remplaçant par une politique d’assimilation qui a consolidé l’injustice coloniale au lieu de promouvoir l’égalité républicaine. Il l’a perdu une deuxième fois, puisque la mémoire coloniale algérienne a voulu croire que cette politique avait été le produit d’un esprit fumeux ou d’un illuminé.

II est important pour la construction de notre histoire post-coloniale d’apprendre qu’en 1870 cette politique qui se voulait franco-musulmane n’était pas une utopie, qu’elle commençait à porter ses fruits dans le domaine foncier, dans celui de la formation d’une élite franco-algérienne et que, si elle a échoué, c’est qu’elle a été rejetée non pas par les Algériens musulmans, mais par les Européens colonistes qui la trouvaient trop généreuse pour les Indigènes et voulaient conserver pour eux seuls les bénéfices de la conquête coloniale. M’adressant à ceux de mes lecteurs qui n’ont pas lu la première partie de cette biographie, je leur dirai qu’ils peuvent se lancer dans ce deuxième volume sans inquiétude. Je leur ai ménagé les rappels et les notes nécessaires. S’ils veulent tout de même en savoir un peu plus sur cet homme de couleur de Guyane, petit-fils d’une esclave africaine, devenu saint-simonien, qui s’est converti à l’islam pendant son séjour en Ėgypte, et qui est devenu interprète militaire de Bugeaud et du duc d’Aumale, je leur recommande la lecture des deux cents pages de ses deux autobiographies, publiées en 2004. Ils comprendront que ce précurseur du poète guyanais Léon Gontrand-Damas pour avoir chanté la négritude, d’Isabelle Eberhardt pour sa conversion à l’islam et son « mariage arabe », de Frantz Fanon pour ses analyses clé la colonisation, d’Albert Camus pour son journalisme critique des misères des musulmans d’Algérie, mérite mieux que l’oubli ou le jugement condescendant que lui ont longtemps réservé les historiens.

Avant de laisser le lecteur se plonger dans cette aventure, nous voudrions appeler son attention sur quelques termes dont le sens a changé, afin qu’il ne tombe pas dans le piège de l’anachronisme. Au temps d’Urbain, les « Algériens » n’étaient pas encore les Européens d’Algérie revendiquant ce pays comme le leur et s’opposant aux indigènes, aux Arabes et aux musulmans. Le terme visait les indigènes musulmans et juifs. Les « colonistes » n’étaient pas les colons, et pas encore les colonialistes : ils se définissaient comme les partisans d’une colonisation de l’Algérie par des immigrants européens. « L’Algérie française » n’était pas encore leur mot d’ordre. Ils lui préféraient « France africaine » ou « France algérienne » ; le nom placé en premier leur paraissant plus fort et plus digne que l’adjectif placé en deuxième position. « L’islamisme » ne renvoyait pas à un islam radical et terroriste : il désignait la religion musulmane et le corpus juridique constitué à partir de la révélation coranique. Nous voudrions enfin faire appel à l’indulgence de notre lecteur. Ce n’est pas un roman qu’il va lire, mais une biographie accompagnée de références destinées à faire justice des appréciations fantaisistes et passablement méprisantes dont certains historiens ont gratifié cet homme hors du commun que fut Ismayl Urbain : « personnage assez énigmatique », « mulâtre frénétique assagi par la vie », « pittoresque mulâtre », « personnage mystérieux » aux « activités suspectes ». Ch.-R. Ageron lui a rendu un hommage appuyé en le qualifiant d’« apôtre d’une Algérie franco-musulmane » et qui appelait de ses vœux une édition complète et une étude détaillée de son œuvre. Je n’ai donc pas romancé la vie d’Ismayl Urbain. J’ai cherché à le faire vivre en restant au plus près d’une abondante correspondance, de volumineuses archives administratives, en les citant parfois longuement, toujours accompagnées de références, en recherchant ce qu’il fit et ce qu’il fut pour ses contemporains, amis et ennemis, et ils furent légion. J’ai largement fait appel à la presse de l’époque, dont il fut un lecteur attentif et un contributeur impénitent. Peut-être aurai-je ainsi dissipé certains mystères, corrigé certaines appréciations, répondu au vœu du professeur Ageron et réalisé ce à quoi Urbain pensait lorsqu’il écrivit dans ses « Notes autobiographiques » de 1871 : « Ma vie politique algérienne mérite d’être l’objet d’un travail à part, à cause de son étendue et des développements qu’elle comporte [1].


Remerciements

C’est tout d’abord aux encouragements et aux conseils de monsieur le professeur Henry Laurens et des membres du jury de la thèse que j’ai soutenue en 2000 à l’INALCO sur La. genèse de l’Algérie frano-musulmane d’Ismayl Urbain, tout particulièrement de Daniel Rivet et du regretté Charles-Robert Ageron, que je dois de m’être lancé dans cette longue enquête et cette copieuse rédaction. J’ai aussi une pensée pour Bruno Étienne qui, avant de disparaître, s’était intéressé à mes travaux.

Je n’aurais pas tenu la distance sans le soutien des membres de la Société des amis d’Ismayl Urbain, devenue depuis 2006 Société des études saint-simoniennes. Avec Philippe Régnier, directeur de recherche au CNRS, Hervé Le Bret, descendant direct de Gustave d’Eichthal, le professeur Sarga Moussa, s’est établie une complicité intellectuelle et amicale qui me fut un rempart efficace contre le découragement. J’ai aussi trouvé à l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (IISMM), en particulier auprès des professeurs François Pouillon, Daniel Nordman, Alain Messaoudi, des compétences et des sympathies, des occasions d’échanges qui me furent très précieuses.

Si j’ai pu consacrer autant d’heures, de journées, d’années à Ismayl Urbain c’est que j’ai eu très tôt la conviction que cette biographie participait au travail de mémoire poursuivi par le docteur Jean-Philippe Ould Aoudia et l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, par monsieur l’inspecteur général de l’Éducation nationale Georges Morin et l’association Coup de soleil qui combattent lucidement et courageusement pour maintenir les liens d’une très profonde et très ancienne amitié franco-musulmane.

Je ne citerai pas ici tous ceux à qui je dois des informations des réflexions, des conseils et avec qui nous préparons le bicentenaire d’Urbain en 2013. Qu’il me soit permis cependant de citer Mgr Teissier, monsieur le ministre Ghazi Hidouci, monsieur le professeur Jacques Frémeaux.

Je terminerai en remerciant Alain Jauson qui a pris le risque d’éditer ce pavé, le professeur Rémi Clignet pour sa relecture exigeante des premières ébauches de mon manuscrit, et madame Pierrette Crouzet pour la mise au net très professionnelle du manuscrit.

Il me reste à dédier ce travail à ma femme et à ma famille, avec un très fort sentiment de reconnaissance pour la liberté qu’elles m’ont laissée de passer autant de temps si loin d’elles, égaré que j’étais dans le temps de l’Histoire et enfermé dans l’espace des archives et des bibliothèques.


Préface

La biographie est, paraît-il, une illusion. C’est peut-être vrai du point de vue sociologique car, après tout, qu’un mulâtre guyanais, saint-simonien convaincu, converti à l’islam et ayant épousé une Arabe algérienne ait joué un rôle majeur dans les premières décennies de l’Algérie coloniale et qu’il ait été successivement conseiller de deux princes, Louis-Philippe et Napoléon III, est de l’ordre de l’improbable quand on prend en compte la sociologie de la haute administration française du xixe siècle. La réalité historique impose une autre vision du fait même que cela s’est ainsi passé. Le parcours d’Ismayl Urbain est d’abord un fait historique qu’il faut prendre en compte en tant que tel. On doit rendre grâce à M. Michel Levallois, descendant d’un collatéral de notre personnage, d’avoir entrepris la longue, ardue et érudite recherche sur la vie d’Ismayl Urbain et de nous l’avoir restituée avec le degré de précision dans les détails qui enrichit la connaissance historique.

L’improbabilité du parcours d’Ismayl Urbain du point de vue des rapports sociaux et des préjugés de l’époque permet de mieux comprendre les difficultés qu’il a rencontrées, en particulier pour la période qui est ici étudiée, celle de la Seconde République et du Second Empire, moment de triomphe politique d’un catholicisme par ailleurs assiégé par la montée des idées modernes, En Algérie coloniale, ce catholicisme prend souvent la tonalité d’un appel à la croisade contre l’islam vaincu, mais au prix d’une captation d’un discours qui n’est pas le sien à l’origine. La civilisation moderne, issue des Lumières et de la Révolution française, est profondément antichrétienne et, pour cette raison, condamnée par l’autorité suprême de l’Église. Mais, en même temps, le progrès de l’Europe exprimé par l’extension de sa domination ultramarine est défini par l’Église comme le résultat de la « civilisation chrétienne » avec injonction de se convertir pour accéder à la modernité. C’est en prenant le discours de ses adversaires que l’Église s’est lancée dans l’œuvre missionnaire.

Les saint-simoniens voulaient être les propagateurs d’un nouveau christianisme qui serait l’expression de la modernité. Ils revendiquaient aussi des idées napoléoniennes allant dans le sens d’un juste milieu entre la réaction et le progrès. En matière coloniale, le corpus napoléonien se compose du discours et des pratiques de l’expédition d’Egypte (1798-1801) et des écrits de Sainte-Hélène. On y trouve l’idée centrale d’une colonie « franco-arabe » associant dans une même œuvre Français et musulmans. Le mot d’ordre essentiel est celui de civilisation pris dans le sens de processus de modernisation. En même temps, l’expédition d’Egypte a connu le premier affrontement entre « colonistes » partisans d’une colonie proprement française et « anti-colonistes » s’attachant essentiellement au processus de civilisation et mettant de côté la dimension de domination pure.

Les saints-simoniens sont allés jusqu’à reprendre ce vocabulaire napoléonien en le poussant jusqu’aux limites d’une union entre l’Occident et l’Orient. Dans l’épisode égyptien du début des années 1830, Ismayl Urbain, en se convertissant à l’islam, a été l’un de ceux qui sont allés le plus loin dans cette voie. Mais en Egypte, les saint-simoniens ne pouvaient revendiquer qu’un rôle de conseillers techniques dans les entreprises du vice-reri d’Egypte, Méhémet Ali, qui avait su récupérer pour son propre compte le discours de la civilisation en marche.

En Algérie, les saint-simoniens, ces apôtres de la modernité, peuvent accéder à des postes de direction d’autant plus que leurs idées exercent une forte influence sur le corps des officiers de l’armée de la conquête. Mais les contemporains ne se le dissimulent pas, cette conquête est une entreprise de terreur destructrice. Quand on lit les débats parlementaires de la monarchie de Juillet et de façon plus générale les écrits composant le débat sur l’Algérie, on est frappé de la très grande franchise des propos. On n’hésite pas à parler de guerre d’extermination et on se plaint des critiques exagérées d’une philanthropie inconsidérée.

Le fait est qu’une fois la conquête militaire pratiquement achevée se pose la question de l’organisation et du statut de l’Algérie. L’histoire de France telle qu’elle était enseignée dans les premières décennies du xixe siècle, proposait deux modèles. Le premier était celui de la guerre des races qui aurait opposé à travers les siècles conquérants germaniques et descendants des Gallo-Romams. Au milieu du XIXe siècle, en particulier sous le Second Empire, est en train de triompher un second modèle, celui des Gaulois vaincus qui acceptent d’être civilisés par les Romains. C’est de ce second modèle que l’on cherche à s’inspirer, les Arabes jouant le rôle des Gaulois et les Français celui des Romains. Par un acte volontaire d’amnésie, on refuse, après 1850, de considérer le danger de l’enfermement dans une guerre des races inexpiable opposant conquérants et conquis.

Ce débat a des dimensions plus que concrètes : quelle place donner à la colonisation de peuplement qui ne peut se faire que par la dépossession foncière de l’élément indigène ? C’est le point central de l’opposition des arabophiles, défenseurs de la population indigène et des colonîstes qui veulent toujours plus de terres. Le débat est aussi institutionnel. Les arabophiles sont les alliés de l’autorité militaire et des Bureaux arabes qui exercent une domination paternaliste sur la population musulmane, prenant finalement en charge la défense de ses intérêts face aux colonistes. Ces derniers se font les tenants du régime civil, de l’assimilation juridique avec la métropole et de la fin du régime militaire. Les libéraux et les républicains en métropole, par hostilité à l’ordre militaire du régime impérial, apportent leur soutien aux colonistes et au cantonnement/refoulement des indigènes.

Les arabophiles, Ismayl Urbain le premier, opposent civilisation et colonisation. Ils ne remettent pas en cause la conquête, mais prônent une harmonie d’intérêts qui conduirait au rapprochement des peuples et à de nouvelles synthèses franco-arabes ou franco-musulmanes. Au nom de l’assimilation, les colonistes prétendent de leur côté être les vrais agents de la civilisation, la colonisation rapprochant nécessairement les peuples. Tous sont d’accord pour estimer que l’organisation de la vieille société arabo-berbère a vécu. Mais les arabophiles veulent une évolution progressive vers les formes de la civilisation européenne par une démarche volontaire, alors que les colonistes exigent une destruction rapide de la société musulmane. Ils ont le soutien de l’Eglise catholique qui voit dans le cours des événements la possibilité de restaurer le christianisme en Afrique du Nord.

Napoléon III de par son origine d’exilé politique n’appartient pas au monde des notables. Il est naturellement sensible au saint-simonisme dont il perçoit la continuité avec les idées napoléoniennes dont il est le représentant. On comprend les sympathies qu’il peut avoir pour Ismayl Urbain et les arabophiles. La politique dite du « royaume arabe », dont on verra ici toutes les ambiguïtés, s’inscrit dans cette continuité. Mais il n’a pas de pouvoir absolu surtout dans ces années 1860 qui sont celles de l’Empire libéral puis parlementaire. Il est aussi prisonnier de ses alliances politiques avec la bourgeoisie conservatrice et cléricale. Son entourage proche n’est pas vraiment représentatif des idées napoléoniennes. Il lui faut donc composer en permanence, ce qui renforce son côté velléitaire. Pour Ismayl Urbain, ce sera une immense déception.

Michel Levallois a entrepris de restituer avec minutie la vie quotidienne d’Ismayl Urbain durant ces 22 années. Par la description des débats d’opinion et la teneur des discussions administratives, il nous fait découvrir de façon profondément originale ces années extrêmement mal connues qui sont celles de la mise en place de l’Algérie coloniale. On voit que si des options fondamentales ont été prises, le débat a été ouvert. On aperçoit aussi l’importance des réseaux saint-simoniens dans la société du Second Empire, aspect généralement négligé par l’historiographie qui s’est surtout concentrée sur la période précédente. 1870-1871 marque la victoire définitive des colonistes, même si le courant arabophile ne disparaît pas. Il renaîtra en particulier à la fin du xixc siècle, en Algérie et en métropole.

La défaite des arabophiles n’a pas été totale, sans parler de leur victoire posthume, au moins dans l’historiographie, qui a fait d’eux les vrais réalistes alors qu’ils étaient traités d’utopistes par leurs adversaires. Pour la IIIe République, l’assimilationnisme des colonistes a été une erreur tragique qu’il n’était pas possible de corriger, mais qu’il ne fallait pas reproduire, d’où le choix de la politique du protectorat d’abord en Tunisie puis au Maroc. Lyautey sera le grand représentant des arabophiles et caractérisera l’Algérie coloniale de muflerie. « Politique des égards » et « parcelle d’amour » seront les mots d’ordre de cette arabophilie pratique. Cela nous rappelle que les anti-colonistes n’étaient pas des anti-colonialistes. Pour prendre une expression du second xxe siècle, leur ambition était de faire une colonisation à visage humain qui prendrait sérieusement en compte le projet civilisateur.

L’histoire des arabophiles n’a jamais été prise en compte dans sa globalité. Les nostalgiques de l’Algérie française les ont mis à l’écart en raison de la virulence et de la justesse de leurs avertissements. Les contempteurs de l’œuvre coloniale les utilisent pour condamner le colonialisme sans vouloir admettre qu’ils étaient les partisans d’un autre projet colonial. Or Par abophilie réformatrice est une dimension constante de l’histoire du Maghreb colonial, ce qui interdit toute généralisation abusive et toute approche monolithique.

C’est un vrai et grand chantier d’histoire nouvelle que celui de l’histoire des arabophiles. Avec ce second volume de la biographie d’Ismayl Urbain, Michel Levallois nous offre une contribution majeure qui ouvre beaucoup de perspectives, y compris sur notre XXIe siècle. Qu’il en soit vivement remercié.

- Henry LAURENS,
- professeur au Collège de France,
- chaire d’histoire contemporaine du monde arabe


Epilogue

Urbain a consigné dans un album autographe relié où sont conservés les minutes d’articles et de rapports, une note de février 1870 « remise à Taxile Delord [2], pour son histoire du Second Empire [3] » et un texte daté du 2 novembre, intitulé « Justification », sans autre indication de destinataire.

Lorsqu’il écrit sa note pour Taxile Delord, le sénatus-consulte du 8 septembre 1869 a amendé la Constitution et jeté les bases d’un régime parlementaire. Emile Ollivier vient de constituer son gouvernement dont fait partie Charles Plichon, représentant de l’opposition, d’esprit orléaniste et ami d’Urbain, l’affaire Victor Noir a permis aux révolutionnaires de procéder à une mobilisation générale de leurs troupes. Urbain n’envisage pas la fin tragique de l’Empire libéral, mais il s’inquiète de ce que sera l’avenir de l’Algérie lorsque les républicains et les libéraux auront pris le pouvoir. Pour avoir vécu quatre régimes politiques différents, il sait qu’ils n’ont pas porté le même intérêt à l’Algérie. Il entend donc mettre en lumière « l’influence que l’organisation politique de la France a eue sur la colonie et montrer par quels points elle a subi plus ou moins directement les destinées de la métropole », afin de « décrocher » du régime impérial la politique arabophile. Il rappellera qu’elle était celle de la monarchie de Juillet, en montrant que l’Empire a échoué à la mettre en oeuvre, en espérant qu’elle pourra être reprise par les partis de la Liberté dont il sent monter la popularité et que représente bien Taxile Delord, ancien rédacteur en chef du Charivari, puis collaborateur régulier du Siècle.

Le « décrochage » commence par un hommage appuyé de la politique algérienne de la monarchie de Juillet. « Le gouvernement de 1830 avait été favorable à l’Algérie ». La « sympathie de la France » pour l’Algérie que Louis-Philippe et ses fils ne lui ont pas ménagée, ainsi que l’engagement pris par eux de « protéger et civiliser la population indigène » sont le point de départ de ce récit. Ils seront aussi les termes de comparaison qui permettront de juger les régimes suivants.

En fait, note Urbain, le prince-président a d’abord tenu l’Algérie pour un « boulet » qui immobilisait une armée de 60 000 hommes et il en abandonna la direction au ministre de la Guerre et donc à ses bureaux. C’est à leur crédit - il en fut l’artisan - qu’il faut mettre la loi foncière du 16 juin 1851. « II faudra longtemps avant d’obtenir l’attention bienveillante de l’homme providentiel », note Urbain. Les idées du président sur l’Algérie commencèrent à se modifier lorsque ses généraux l’aidèrent à réussir son coup d’État. Il vît mieux l’intérêt de ce « vaste royaume à annexer à la France », ce dont le convainquit définitivement la guerre de Crimée à laquelle les soldats, les officiers et les approvisionnements provenant de l’Algérie contribuèrent de façon décisive. Le général Randon fut autorisé à faire la conquête militaire de la Kabylle, puis l’Empereur créa le ministère de l’Algérie qu’il confia à son cousin le prince Napoléon. A la suite de la démission du prince et du bref voyage qu’il fit à Alger en septembre 1860, l’Empereur se décida à supprimer le ministère de l’Algérie, à rétablir le gouvernement général où il nomma le maréchal Pélissier, et à rendre ses pouvoirs à l’autorité militaire.

Suit alors le récit des dix dernières années qu’Urbain vécut à Alger comme conseiller-rapporteur du Conseil de gouvernement. L’Empereur a fait siennes ses idées de politique indigène, mais il a laissé se constituer un front d’opposition entre les autorités locales civiles et militaires, qui a fini par avoir raison de la politique arabophile qu’il avait adoptée. « La vraie faute doit être imputée au gouvernement général qui exerçait une direction et une surveillance insuffisante sur la marche des affaires », écrit-il du maréchal Pélissier. Il en ira de même avec son successeur le maréchal de Mac-Mahon qui, en dépit de son hostilité à la politique impériale, parviendra à se maintenir à Alger jusqu’à ce qu’il soit rappelé à Paris en août 1870.

Le second voyage de l’Empereur en Algérie tient une place centrale dans le récit, non seulement parce qu’Urbain en fut un témoin et un 824 acteur privilégié, mais parce que, cinq ans plus tard, il analyse sans complaisance ce qui, de son point de vue, fit l’échec de la politique impériale. « On peut dire que la. présence de l’Empereur en Algérie a fait plus de mal que de bien, en créant une situation faussée par les passions et les préjugés et en retardant la conciliation entre les intérêts des Européens et ceux des Indigènes. » Comment ne pas trouver cette appréciation injuste et surtout controuvée.

Comment expliquer ce revirement, cette trahison ? Urbain n’est donc plus le thuriféraire, l’agent de confiance du « sultan français » ? La réponse est simple : il avait fait confiance au pouvoir impérial qui l’avait d’abord laissé travailler à l’avancement de l’Algérie franco-musulmane lorsqu’il était à Paris sous les ordres du général Daumas. Puis le souverain avait solennellement fait siennes ses idées et son programme algérien, mais il ne s’était pas donné les moyens de les appliquer. Il avait même laissé ceux qui auraient dû en être les plus fidèles exécutants s’en démarquer officiellement et faire chorus avec les colonistes. Autoritaire, l’Empire n’avait été, en définitive qu’un pouvoir faible, parce que personnel, militaire, sans contrôle et sans appui politique. Il n’avait pas su inspirer confiance à la « population coloniale qui n’est que trop disposée à se prévaloir du droit du plus fort et des prérogatives de la victoire au profit d’intérêts purement individuels [4] ». Il n’avait pas pu lui faire accepter les sacrifices nécessaires, pas plus qu’il n’était parvenu à convaincre les indigènes auxquels il avait beaucoup promis que sa politique n’était pas celle que lui dictaient les colons.

Urbain n’a plus qu’à tirer les conséquences de ce bilan : « Ce que le pouvoir personnel n’a pu faire, malgré des intentions sincères et désintéressées, la liberté l’accomplira. » À quelle « liberté » pense-t-il ? Ce n’est pas celle des républicains qui revendiquaient avec une partie des colonistes l’assimilation complète à la métropole qui ferait de l’Algérie une copie servile de la France au prix de l’exclusion des indigènes. Il appelle donc de ses vœux une réconciliation nationale autour de son projet d’Algérie franco-musulmane. « Ce n’est pas poursuivre une utopie que de vouloir la prospérité des colons, sans nuire aux indigènes. » Pour cela, il faut que « l’Algérie revienne au point favorable où elle était en 1847 », c’est-à-dire avant la vague de colonisation et d’assimilation républicaine et que son « idéal soit le self-government des Etats-Unis ». Et il ajoute ceci :

« Si le développement des destinées doit amener un jour une séparation, la France s’en réjouira », car elle aura créé un « peuple nouveau ». Ce peuple nouveau n’était pas la « population coloniale » mais le peuple algérien, majoritairement mais pas exclusivement, arabe, berbère, et musulman. Dans l’album autographe de la bibliothèque de l’Arsenal figure également un texte intitulé « Justification ». Daté du 2 novembre 1870, il fut rédigé au moment où Urbain prit sa décision de quitter Alger. S’agit-il d’un plaidoyer destiné à d’éventuels accusateurs, ou plus simplement d’une réflexion qu’il se fit à lui-même ? Ce petit texte rédigé à la troisième personne, peut être lu comme une sorte de portrait qu’Urbain trace de lui dans ses fonctions professionnelles. Il a travaillé « en dehors de ses devoirs officiels », et il ne l’a pas fait « au profit d’un parti mais pour l’honneur de ses convictions indépendantes », II date de la publication de sa brochure Indigènes et immigrants « les attaques, les injures et les calomnies de toutes sortes » dont il fut la cible en 1863. C’est abusivement qu’il a été présenté comme un ennemi de la colonisation car les critiques qu’il a portées contre l’inefficacité et les abus de la colonisation officielle ne condamnaient pas la colonisation privée. Il a été classé parmi les « impérialistes » parce que l’Empereur a accepté ses idées et l’a pris avec lui comme interprète. Il n’en a obtenu aucun avantage, sinon d’être vu comme un « prôneur du militarisme » par ses collègues civils qui le traitaient comme un « désabusé et un suspect » dans l’espoir de se réconcilier avec les colons, et un « réformateur importun » par les administrateurs militaires. Il estime qu’il n’a à avoir ni regrets ni déceptions car depuis 1831, converti aux idées de justice et d’humanité, il n’a jamais eu d’autre ambition que d’être compté parmi « les soldats de la cause sociale4 ». [5]

Pendant les quatorze années qui lui restent à vivre, et qu’il passera pour l’essentiel à Marseille, Urbain enverra des correspondances régulières, anonymes, fictivement écrites d’Alger, au Journal des débats, et au journal La Liberté de son ami Isaac Péreire. Il était trop attaché à l’Algérie et à ses indigènes musulmans, il s’était trop impliqué dans leur défense et dans l’entreprise qui devait faire d’eux un peuple nouveau, distinct mais enrichi des valeurs de la France, pour ne pas réagir, donner son avis sur les décisions prises à Paris. La chute de l’Empire avait ouvert aux colonistes d’Alger un crédit quasi illimité auprès de ceux qui furent les accoucheurs de la IIIe République. Ils en profitèrent pour liquider « le Royaume arabe », cette politique arabophile que le Second Empire avait héritée de la monarchie de Juillet. Ils la remplacèrent par la politique d’assimilation qui devait leur assurer une domination sans partage sur la population indigène. Et c’est ainsi que ce mulâtre guyanais, saint-simonien convaincu, qui avait consacré sa vie personnelle, familiale et professionnelle au projet « colonial » de la création d’une Algérie française dont les Algériens musulmans eussent été les premiers bénéficiaires, en est venu à dénoncer les abus et les injustices d’une politique en contradiction avec les principes républicains dont elle se réclamait, à condamner la colonisation algérienne dans sa réalité économique, sociale, culturelle, religieuse et politique. « La colonisation est une œuvre d’antagonisme et de résistance contre les Indigènes [6]. » « C’est une conception d’un autre âge, hostile aux Indigènes, onéreuse pour la métropole, hérissée de difficultés pour les immigrants, en flagrante contradiction, avec le génie propre de la civilisation6 [7] »

Il ne rejoindra Alger qu’en 1882, avec sa femme, pour y enterrer le fils qu’ils avaient eu en 1871, et pour s’y éteindre lui-même le 27 janvier 1884.


Pour un bicentenaire

La vie et l’œuvre d’Ismayl Urbain ne s’inscrivent pas dans « l’histoire patriotique ou révolutionnaire des colonies », pour reprendre les termes utilisés par Char les-Robert Ageron dans la préface de l’Histoire de la France coloniale publiée en 1991 chez Armand Colin [8]. Elles se révèlent appartenir à un autre « vécu » de l’histoire de l’Algérie coloniale, celui des arabophiles de la monarchie de Juillet, des « professeurs de Royaume arabe » de l’Empire, des réformistes de la IIIe République, des réformateurs malheureux de la IV et de la V République. N’y aurait-il pas un lien entre eux, entre ceux que leurs ennemis qualifiaient de rêveurs et d’utopistes, mais dont les projets et les mises en garde se sont finalement révélés plus réalistes que le projet de maintenir une présence française durable et paisible, sans, puis contre les Algériens musulmans ? Et ce lien ne serait-il pas qu’ils avaient une vision postcoloniale de l’avenir de l’Algérie [9] ?

Le réformisme colonial a été, et est encore, assimilé à l’anticolonialisme au motif qu’il critiquait la colonisation, ce qui ne lui valut pas pour autant la reconnaissance de ceux qui le tenaient pour un avatar pervers et démobilisateur de la politique coloniale. Il est communément admis qu’il a échoué, ce qui n’a pas peu contribué à ce qu’il soit relégué dans les oubliettes de l’Histoire, d’abord par l’histoire officielle de la colonisation, puis par l’histoire de la lutte pour l’indépendance. D’avoir été ainsi ignoré sous la double contrainte colonialiste et anticolonialiste, coloniale et nationaliste, lui donne un premier titre à relever des études post-coloniales.

À cette première raison, s’en ajoute une seconde : les réformateurs ont eu une « vision » postcoloniale. Elle a existé très tôt, elle a perduré, et elle a laissé des traces durables aussi bien chez les colonisés que chez les colonisateurs. C’est ce que les travaux sur la biographie professionnelle et éditoriale d’Urbain nous montrent : il n’a cessé de se projeter dans l’avenir afin de dépasser le conflit vainqueurs-vaincus, indigènes-citoyens, colonisation-civilisation, soumettant l’action politique administrative aux critères des grands principes républicains, se plaçant résolument dans la perspective d’une disparition de la domination coloniale. C’est ce que d’autres publications confirmeront, car il reste encore beaucoup à faire pour que le souvenir et l’héritage d’Urbain aient toute la dimension qu’ils méritent. Ses correspondances avec Lacroix, Boissonnet, La Beaume, de Neveu attendent une publication. De même, ses rapports au Conseil de gouvernement et en particulier sur les tribus soumises à la procédure de délimitation et de répartition des terres qui méritent d’être sortis des procès-verbaux de cette institution conservés au CAOM d’Aîx-en-Provence.

2010 fut l’année du 250° anniversaire de Saint-Simon. Elle fut préparée en 2006-2007 par une belle exposition de la BNP dans les salons de la bibliothèque de l’Arsenal : « Le Siècle des saint-simoniens, du nouveau christianisme au canal de Suez ». Elle fut marquée par un colloque au Caire : « Le saint-simonisme en Egypte, les voies de la modernité ». 2011 « année de l’outre-mer » a été l’occasion de rappeler les origines guyanaises d’Urbain et de le replacer dans la lignée des Léon-Gontran Damas, Félix Eboué, Frantz Fanon. 2012 sera celle du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Les commémorations échapperont-elles au choc frontal du binôme colonisation-indépendance, colonialisme-anticolonialisme ? 2013 sera celle du bicentenaire d’Urbain et du centenaire de Camus. Pourquoi le souvenir de ce que fut l’engagement de cet homme, de ce qu’il a fait, de ce qu’il a écrit, ne serait pas, aujourd’hui, « le passé qui espère [10] », l’espérance d’une réconciliation franco-algérien ne, de rapports apaisés avec l’islam, d’un outre-mer français décolonisé, d’une fracture coloniale réduite, d’un humanisme actualisé et enrichi du « tout-monde » d’Edouard Glissant ?

Michel LEVALLOIS

http://www.academieoutremer.fr/acad...


Prix 28 €
- ISBN : 978-2-36013-101-3
- Riveneuve éditions
- 75, rue Gergovie
- 75014 Paris

vvww.riveneuve.com

juillet 2012

Notes

[1] Anne Levallois, Les Écrits autobiographiques d’Ismayl Urbain, p. 37

[2] Delord, Taxile (1815-1877), publiciste, rédacteur en chef du Charivari jusqu’en 1858, collaborateur du Siècle. Nommé en 1871 représentant du département du Vaucluse, il votera constamment avec la gauche.

[3] . L’Histoire du Second Empire par Taxile Delord parut en 1873, Librairie Germer Baillières, Paris. Le chapitre II du tome IV est largement inspiré de la note d’Urbain dont il suit la trame, le plan, l’argumentation et à laquelle il a emprunté de larges extraits.

[4] Taxile Delord reprendra cette idée sous cette forme : « L’intervention directe du pouvoir personnel n’avait pas été plus féconde en Algérie qu’ailleurs », tome IV, p. 96.

[5] 4. ARSMs 13738/130. -826-

[6] La Liberté, 1er février 1877.

[7] La Liberté, 29 juin 1876.

[8] Des origines à 1914, tome 1, avec la collaboration de Jean Meyer, Jean Tarrade, Annie Rey-Goldzetguer et Jacques Thobie.

[9] Bayart J.-R, Les études postcoloniales. Un carnaval académique, Karthala, 2010, p. 6. Akhil Gupta que cite J.-R Bayart distingue « post-colonial », ce qui vient chronologiquement après la colonisation, et « postcolonial », ce qui procède du fait colonial, sans distinction de temporalité.

[10] Jean Mambrino, Le Mot de passe, Paris, José Corti, 1987. -830-

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