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La chasse aux chrétiens

mercredi 24 novembre 2010, par Jacques JULLIARD

Le christianisme est devenu, de loin, la religion la plus persécutée. Mais l’Occident fait l’autruche. Editorial de Jacques JULLIARD dans le Nouvel Observateur du 14 Octobre 2010


Ce n’est rien. Rien que des chrétiens qu’on égorge. Des communautés religieuses que l’on persécute. Mais où cela ? - Un peu partout. En Inde, au Bangladesh, en Chine, au Vietnam, en Indonésie, en Corée du Nord. Là où ils sont minoritaires. Et surtout en pays musulman. Et pas seulement en Arabie Saoudite où le culte chrétien est puni de mort. Mais en Egypte, en Turquie, en Algérie. Dans le monde actuel, le christianisme est de loin la religion la plus persécutée.

Mais c’est au Proche-Orient, là même où le christianisme a pris naissance, que la situation est la plus grave. En Turquie, les communautés chrétiennes qui sont les plus anciennes, antérieures à l’islam, sont menacées de disparition. En Egypte (coptes), au Liban (maronites en particulier), elles se replient sur elles-mêmes ou émigrent en Occident. En Irak, la guerre a précipité les chrétiens dans le malheur. Près de 2 000 morts, des populations déplacées par centaines de mille, notamment vers le Kurdistan turc, plus accueillant. On ne compte plus, à travers le Proche-Orient, les communautés attaquées, les dignitaires religieux assassinés, les églises brûlées, les interdictions professionnelles, de droit ou de fait, dont sont victimes les chrétiens. Un génocide religieux à la petite semaine.

Ajoutez à cela que les divisions internes sont innombrables et donnent le vertige, rapportées à la faiblesse des effectifs. Sur environ 14 millions de chrétiens d’Orient, environ 5 millions sont catholiques. Les autres, orthodoxes, monophysites, nestoriens, portent la trace de l’immense débat christologique des IVe et Ve siècles de notre ère. Les nestoriens affirment la dualité des personnes dans le Christ : une personne divine, le logos, une personne humaine, Jésus.

En sens inverse, les monophysites affirment que l’humain et le divin constituent dans le Christ une seule nature. C’est le cas des coptes orthodoxes.

Pendant des siècles, les musulmans, venus ensuite mais devenus majoritaires, et les chrétiens ont fait bon ménage. Que se passe-t-il donc depuis cinquante ans ? D’abord, le réveil de l’islam sous une forme agressive et identitaire, comme si le Proche-Orient appartenait exclusivement aux musulmans. Ce sont les Frères musulmans qui mènent les attaques contre les coptes égyptiens : à Nag Hammadi, à 60 kilomètres de Louxor, en Haute-Egypte, une voiture a mitraillé les fidèles qui sortaient de la messe de Noël (6 janvier 2010). Bilan : sept morts. Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, la démocratisation des régimes renforce l’intolérance et l’exclusivisme musulmans : les chrétiens d’Irak étaient moins menacés sous la dictature de Saddam Hussein qu’ils ne le sont aujourd’hui. Les despotes étaient le plus souvent héritiers du pluralisme traditionnel. Dans la quasi-totalité de ces pays, l’islam est désormais la religion d’Etat. Et le djihad anti-occidental ainsi que l’agression américaine en Irak ont transformé les chrétiens en représentants de l’Occident maudit.

C’est à la lumière d’une disparition prévisible à court terme, si rien n’est fait, que le pape a convoqué un synode des évêques d’Orient (10 au 24 octobre 2010) pour tenter d’attirer l’attention sur ces persécutions et de passer un nouveau pacte pacifique avec les populations musulmanes.

Pendant ce temps, l’Occident fait l’autruche. Pour ma part, ayant passé la plus grande partie de ma vie militante à défendre des populations musulmanes (Tunisie, Algérie, Bosnie, Darfour), j’ai pu constater que, chaque fois qu’il fallait le faire pour des chrétiens (Liban, Sud-Soudan), on voyait, à quelques exceptions près (Bernard-Henri Lévy Bernard Kouchner), les professionnels des droits de l’homme se défiler. Une sorte de Yalta culturel d’un type nouveau est en train de s’instaurer de fait : en Orient, le monopole d’une religion unique de plus en plus intolérante, l’islam. En Occident, le pluralisme, la tolérance et la laïcité. Ce Yalta est, comme l’autre, générateur de guerre froide, pour ne pas dire davantage. Il faut donc, sans arrière-pensée ni faiblesse complaisante, défendre le droit des chrétiens d’Orient à l’existence.

Jacques Julliard

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4 Messages de forum

  • La chasse aux chrétiens 24 novembre 2010 21:35, par Barnabooth

    L’Islam serait-il l’homme malade de la planète ?

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  • La chasse aux chrétiens 12 décembre 2010 22:27, par ELCADI

    Conquêtes L’Expression 24 Novembre 2010 Lu 297 fois Elles formaient trois taches blanches distinctes de la masse grise des maisons basses du village. On ne saura pas si c’est par respect ou par méfiance que les institutions plantées là sont si distantes des maisons agglutinées les unes aux autres. Il faut préciser tout de suite que la mairie fut construite en un lieu distant de trois kilomètres du village sur des terrains qui devaient être en déshérence puisque d’après les plus vieux du village, seule une ferme existait à l’époque de l’arrivée des Français et que ses occupants avaient déserté aussitôt leurs biens récupérés par l’administration qui céda même des champs aux fonctionnaires de mairie et aux exilés d’Alsace-Lorraine. La gendarmerie et la première agence postale y furent accolées et les villageois se rendaient toujours à cette nouvelle agglomération pauvre en eau comme on se rend à Canossa, c’est-à-dire le profil bas et toujours avec l’appréhension d’avoir affaire avec des autorités qui ne parlaient pas la même langue et qui étaient toujours accompagnées d’un interprète qui faisait parfois du zèle. Ainsi, une provisoire césure était effectuée géographiquement entre les administrateurs et les indigènes et seul le Caïd et sa légendaire diplomatie servait de trait d’union. Cependant, les missions catholiques et protestantes furent établies très éloignées l’une de l’autre en amont du village, adossées à la grosse colline qui faisait le dos rond au village. Quant à l’école, elle fut la construction la plus distante des habitations : elle était carrément implantée au milieu de champs de figuiers et d’oliviers et il fallait aux premiers élèves de la commune se lever tôt pour venir s’abreuver aux sources de la IIIe République, car l’école accueillait aussi les rares enfants des villages siués derrière la montagne. L’école n’était pas grande : elle consistait en deux grandes classes et en trois logements de fonction destinés aux instituteurs, véritables missionnaires qui venaient de la Métropole apporter un peu de leur lumière aux habitants de ce cul-de sac, oubliés par tous les courants de civilisation qui sont passés à proximité. C’était peut-être ces nouvelles constructions qui représentaient le confort et la rigueur qui avaient poussé plus tard d’autres villageois à fuir la promiscuité du village pour construire leurs cabanes tout près de ces institutions, dans un périmètre appelé « lâaziv », qui devait être sans doute une ferme puisque des haies de cactus étaient encore visibles jusque dans les années cinquante. Cela voulait dire en fait que la sécurité était restaurée dans cette partie du pays et que des liens de confiance commençaient à s’établir entre les vainqueurs et les vaincus. Les missions, catholique et protestante, se firent la concurrence pour attirer vers elles les populations dans la détresse, celles qui se trouvaient le plus dans le besoin et qui ne trouvaient nulle part une solidarité effective, la misère s’étant généralisée par les bouleversements de l’invasion subite qui causa la destruction du tissu social traditionnel. Les missionnaires se mirent à l’apprentissage de la langue locale d’une manière scientifique : en faisant l’inventaire de toutes les bribes de la culture orale, en consignant sur leurs carnets les poèmes, les chansons, les proverbes. Ils assimilèrent ainsi les règles d’une grammaire non écrite et purent ainsi retransmettre aux indigènes les notions qu’ils avaient inconsciemment acquises. Si les Pères Blancs s’occupaient activement de la gent masculine, prodiguant des soins élémentaires dans un dispensaire de fortune, les Soeurs Blanches firent de même avec des femmes qui n’étaient, jusque-là, destinées qu’aux travaux domestiques et à ceux des champs. Elles leur enseignèrent la couture, la broderie, et introduisirent un art nouveau : la vannerie. Cet art, qui utilisait des matières premières qui n’existaient pas dans la région (alfa et rafia), prit un essor considérable et permit à beaucoup de foyers d’améliorer leurs revenus. Selim M’SILI

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