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L’islam de France affiche son unité contre le terrorisme

lundi 30 novembre 2015, par JEAN-MARIE GUENOIS

Dimanche, des centaines de responsables musulmans se sont réunis à Paris à l’appel du CFCM. article de JEAN-MARIE GUÊNOIS, publié à la rubrique RELIGION du Figaro du lundi 30 novembre 2015


RELIGION II y a du réchauffement dans l’air dans l’islam de France aussi. Dimanche, pour la première fois de son histoire pourtant marquée par les divisions, les plus hauts responsables de cette religion se sont réunis à l’Institut du monde arabe pour dire non au terrorisme islamiste. Cette séance exceptionnelle - intitulée « Rassemblement citoyen des musulmans de France » et sous-titrée « Tous ensemble contre le terrorisme » - a été ouverte par une prière chantée du Coran qui affirme que « tuer un homme revient à ruer l’humanité » et elle s’est conclue avec le chant de La Marseillaise dans une salle de congrès archicomble, où les représentants religieux des quinze fédérations ou grandes mosquées, que le Conseil français du culte musulman (CFCM) avait réussi à rassembler sous l’égide de son président, Anouar Kbibech, se tenaient debout.

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Rassemblement citoyen des musulmans de France, organisé par le Conseil français du culte musulman, dimanche, à l’Institut du monde arabe à Paris, J-C MARMARA/LE FIGARO

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, salué en conclusion par une ovation debout, venait d’ailleurs de reconnaître « la force de l’attachement sans faille à la République » des musulmans français, ajoutant : « Vous êtes de magnifiques Français et de magnifiques Républicains », tout en les appelant à prendre leur part de responsabilité dans la lutte contre la radicalisation - « personne ne pourra le faire à votre place » -et en énumérant les multiples mesures déjà prises car «  nous devons vouloir ensemble, musulmans et République, que les prêcheurs de haine soient arrêtés et punis », assurant de « l’intransigeance » du gouvernement contre « certains discours obscurantistes » parce qu’il est « inadmissible » que des « jeunes Français » soient exposés à cette « bêtise » issue d’une « théologie frelatée ».

Avant son allocution, les musulmans de France avaient solennellement proclamé un « Manifeste citoyen des musulmans de France » qu’ils venaient de signer et qui réaffirmait « avec la plus grande force » leur « condamnation totale et sans réserve » des actes terroristes et leur « profonde compassion » pour les « familles des victimes ». Mais qui insistait tout autant pour éviter tout « amalgame » sur « l’adhésion » au « pacte républicain », qui constitue « le socle de notre société » et qu’« aucune considération religieuse, philosophique ou idéologique » ne peut « remettre en cause ». Au cours de l’après-midi, dans le cadre de tables rondes, plus d’une vingtaine de responsables - tous masculins - ont tenté de diagnostiquer les causes de la "radicalisation mortifère » et de trouver les « remèdes » à y apporter. La responsabilité des « familles » a été mise en première ligne, tout comme la nécessité d’une « formation » accrue tant des imams que des jeunes, avec l’idée de la création d’une « école théologique virtuelle » sur Internet. Sur ce plan, le représentant de la Fédération nationale des musulmans de France a d’ailleurs regretté que l’islam de France ait échoué il y a plusieurs années dans la création d’un « institut de théologie » national, car « nous n’avons pas su tenir compte de nos différentes tendances théologiques ».

Mais c’est le représentant de la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles, Assani Fassassi, qui a mis les pieds dans le plat en affirmant : «  Nous avons subi un électrochoc et nous ne pouvons plus faire comme avant, car nous avons vu naître ces jeunes terroristes... Nous sommes comme le Dr Frankenstein. Sans nous en rendre compte, nous avons contribué, par nos paroles, à fabriquer des monstres ! » Sous les applaudissements, il a alors affirmé : « Si nous sommes ici à chercher à égrener, les uns derrière les autres, nos solutions, c’est parce que le Conseil Français du culte musulman a eu le réflexe de lancer cette initiative. Maïs aucune fédération, prise séparément, n’aurait jamais pu réunir une telle assemblée. » Il a alors invité à consolider une « unité qui ne soit pas que de façade ».

« Prise de responsabilité »

Juste avant lui, le recteur de la mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, avait posé la même question de la division de l’islam de France : « Nous sommes ici quatre cents, mais qu’allons-nous/aire demain ? Il est dommage que nous soyons encore séparés, car chacun agit en /onction de ses intérêts. Or quand la situation est difficile, l’ensemble des musulmans doivent s’unir et nous avons aujourd’hui intérêt à être rassemblés dans une fédération forte, car, depuis le 13 novembre, les regards ont changé sur nous : il nous faut faire en sorte que les musulmans ne soient plus les parias de la société. »

Sur un registre plus polémique, un des responsables des mosquées de Marseille a publiquement critiqué les « perquisitions musclées » effectuées « dans le cadre de l’état d’urgence » et dont « les musulmans sont victimes » comme si « fermer une mosquée pourrait arrêter le terrorisme et la haine alors que nos imams n’ont rien à voir avec le terrorisme ». Mais le ton majoritaire de l’assemblée a nettement été dans le sens de « la prise de responsabilité » des musulmans « contre ce fléau », comme l’a martelé Anouar Kbibech. Ainsi de la prise de parole d’Amar Lasfar, président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) ; « Nous avons échoué pour onze individus qui ont semé la terreur et tué, mais grâce au travail de nos imams et de nos 2500 mosquées, nous avons immunisé contre l’extrémisme des dizaines de milliers d’autres jeunes musulmans ! Il n’est pas possible de réduire les musulmans de France à ces onze fous. Ne cherchez donc pas le mal là où il n’est pas. Ce sont les imams de poche qui prêchent la haine via les téléphones portables. Ceux-là, transnationaux, on ne peut pas les perquisitionner. »

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