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LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT

mercredi 11 juillet 2012, par Jean Claude DEPOUTOT

Jean Claude qui est médecin, effectue son service militaire en Algérie, dans le Service de la Santé d’octobre 1958 à juillet 1960.

Après avoir séjourné à la frontière tunisienne à Aïn Seynour, il passe l’essentiel de son service dans la région d’El Flaye, où indépendamment des soins aux militaires, il soigne la population civile des environs.



Un soir d’automne de 2005, j’ai rencontré Jean Claude et Edith Depoutot alors qu’avec Claude, je séjournais en Bourgogne. Le hasard a voulu que nous parlions Algérie et que par la suite nous échangions nos manuscrits.

Voici un témoignage d’une authenticité indiscutable qui révèle la manière d’être d’un jeune lucide et épris d’humanité à un moment où la violence avait été érigée en système pour orienter l’avenir du pays.

Merci Jean Claude d’avoir autorisé la reproduction de ce témoignage sur le site de Miages-djebels où il recoupe celui de Ginette THEVENIN-COPIN.

- Toubiba au pays des Aït Waghils. Diaporama Toubiba au pays des Aït Waghils. Diaporama.

- TOUBIBA ou Les E.M.S.I. au service de la population musulmane ( Extrait 1ère partie)TOUBIBA ou Les E.M.S.I. au service de la population musulmane ( Extrait 1ère partie)

- TOUBIBA ou Les E.M.S.I. au service de la population musulmane ( Extrait 2ème partie) TOUBIBA ou Les E.M.S.I. au service de la population musulmane ( Extrait 2ème partie)

Nul doute que les habitants d’une région proche de l’Akfadou seront intéressés par ces pages qui font revivre un quotidien fait de contradictions où le meilleur côtoie le pire.


Pour lire le livre au format pdf cliquer sur l’image qui présente l’infirmerie d’El Flaye.

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La guerre d’Algérie d’un médecin appelé du contingent . Octobre 1958 - juillet 1960.
Jean Claude qui est médecin, effectue son service militaire en Algérie, dans le Service de la Santé. Après avoir séjourné à la frontière tunisienne à Aïn Seynour, il passe l’essentiel de son service dans la région d’ d’El Flaye, où indépendamment des soins aux militaires, il soigne la population civile des environs.

Voici un extrait

Lettre du 6 février 59 : Maintenant je sais où je vais : Sidi Aïch, sur la voie ferrée Alger-Bougie [1], 2779 habitants d’après le bottin !, 90 mètres d’altitude,… Demain j’irai jusqu’à Sétif me présenter au directeur du Service de Santé de l’Ouest-Constantinois, comme il est de tradition quand on arrive dans une nouvelle zone militaire. Comme il n’y a qu’un seul train dans la journée, à moins d’attraper un convoi militaire, je n’arriverai qu’après-demain. … Je suis allé à la direction du Service de Santé et j’ai vu le directeur auquel j’ai exposé mes problèmes : il m’a écouté fort gentiment, contrairement à ce que m’avaient dit les camarades qui le connaissaient, mais il n’a rien voulu me promettre : « mariez-vous et on verra après ». Ma logique civile n’est pas celle de l’armée et j’ai eu bien du mal à me retenir de lui dire que c’est plutôt l’inverse, il faut voir avant ! … On verra ! ce qui, dans ce sale pays, en langage militaire, risque bien de signifier : on attendra ! … J’ai été voir le pasteur avec qui j’ai parlé de Curtel. …Nous avons aussi discuté du « problème algérien ». Pour lui, c’est essentiellement un problème d’encadrement, et il s’attriste de n’avoir jamais rencontré d’écho quand il suppliait les jeunes chrétiens métropolitains de venir constituer les véritables cadres du pays . Ses idées reposent sur une solide conviction et une même bonne volonté. Mais le problème de la légitimité de notre présence ici et du désir d’indépendance des musulmans, ne semble même pas l’effleurer. …

Lettre du 7 février 59 : Je suis arrivé à Sétif peu avant le déjeuner, et j’ai tout de suite été reçu par mon nouveau médecin-colonel qui a l’air d’être un type intelligent et efficace. Il ne m’a guère donné de détails sur le pays où je vais, qu’il m’a dit ne pas connaître. Je vais me retrouver dans un bataillon opérationnel, mais cette fois-ci comme médecin-chef avec les avantages et les inconvénients de cette situation. … J’espère que cela marchera …au pas de chasseur ! Cette après-midi, je suis allé me promener à Sétif qui est la ville la plus arabe que j’ai vue jusqu’à maintenant. …Ici, les magasins, les vitrines, sont conçues pour la clientèle arabe et ont un cachet spécial, mais pas bien beau. Il faut dire que les beaux spectacles, en dehors des beautés de la nature, sont rares en Algérie. …

AVEC LE 28ème BATAILLON DE CHASSEURS ALPINS DANS LA VALLEE DE LA SOUMMAM (KABYLIE)

Lettre du 9 février 59 : Mon voyage s’est terminé hier soir. Cette dernière partie Sétif-Sidi Aïch a été la plus intéressante. Le train a traversé de grandes étendues planes, d’où sortaient par endroits, de terre, des espèces de pitons, brusquement, sans ordre, comme des champignons sur une prairie. Beaucoup de champs étaient inondés, et j’ai vu des cigognes à faire pleurer d’envie tous les Alsaciens du monde. Quelle différence avec mon voyage d’aller, où la terre, mal remise de l’été, était encore rousse et sèche. … Après l’embranchement de la ligne Alger-Bougie, nous sommes entrés dans mon nouveau domaine, pays qui ressemble énormément à la vallée de la Durance, riche et rieur, où la rivière s’appelle la Soummam, pays qui sent bon comme la Provence, avec des forêts d’oliviers, des jardins en escaliers, des villages coquets couverts de tuiles, des enfants bien habillés, des orangers. Je suis arrivé à 4 heures de l’après-midi. … J’ai vu fort peu d’officiers jusqu’au dîner : un pâle collègue qui m’a semblé assez constipé et m’a dit de ne pas faire trop attention, que le commandant était ivre à partir de 4 heures de l’après-midi ! Et on m’a fait la blague classique au dîner, trop classique pour que je m’y laisse tout à fait prendre, mais trop bien jouée pour que je n’éprouve pas par moment l’angoisse de l’incertitude : les officiers avaient échangé leurs galons ! Un capitaine jouait le rôle du commandant ivre, qui, lui, était déguisé en administrateur sourd, avec conversation adéquate. Un faux commandant-adjoint s’arrangeait pour me dire tout doucement qu’il en avait assez et que, si je pouvais un jour faire un certificat pour débarrasser la compagnie du commandant, ce serait le plus bel acte de ma vie ! Il y avait jusqu’à un sous-lieutenant déguisé en serveur, qui accumulait gaffe sur gaffe, à commencer par me renverser la soupière sur la manche. Au dessert, j’ai dû remettre à chacun ses vrais galons qui avaient été déposés dans une soupière ! Je m’en suis, paraît-il, bien sorti. Je suis bien rentré dans le jeu (d’autant mieux que je n’en n’étais pas absolument sûr !). J’ai donné d’abord les galons du commandant à un vieux lieutenant-major, dont du coup, je me suis fait un ami pour toujours ! Puis au vrai, la seconde fois, ce qui a satisfait au plus haut point la société. J’ai passé pour un joyeux camarade et j’espère n’avoir pas trop raté mon arrivée au bataillon, ce qui était assez important. Le bataillon est donc installé dans la vallée qui sépare la grande et la petite Kabylie : installation remarquable dans des immeubles à étages, tout-neufs, à petits appartements modernes. Je loge dans un living-room avec le confrère que je remplace et qui a dix jours pour me passer les consignes.… Du point de vue militaire, le bataillon est un bataillon d’implantation, donc je ne ferai plus que rarement des opérations. Nous avons quatre compagnies qui tiennent quatre postes dans les villages de la région. Mon risque personnel est aussi minime qu’à Aïn Sénour : plutôt moins si je ne fais pas d’opérations. Par contre notre situation politico-psychologique est lamentable. La région de Souk-Ahras était caractérisée par la misère. Ici, la Kabylie est un pays beaucoup plus riche, mais la population est absolument, et unanimement contre nous. Pas de fraternisation ; nous sommes les occupants, respectés parce que les plus forts, et c’est tout ! L’administration FLN est en place, et fonctionne parfaitement. C’est tout juste si nous ne pactisons pas avec elle !… La situation médicale est abominable : l’administration française au-dessous de tout. Je suis allé prendre le thé à la sous-préfecture : des gens charmants du point de vue individuel, chez qui je trouverais le tennis et le couvert (« panem et circences ! » Le médecin cela se soigne ! ), mais des gens qui professionnellement, sont dépassés par les événements. Par la mentalité, ce n’est même plus le XIXème siècle, à peine le XVIIème ! Les Européens du coin, médecins civils en tête, compensent les risques considérables de leur présence ici par des procédés professionnels qui relèvent purement et simplement de la loi du seigneur et de la piraterie ! Le but est de faire fortune le plus vite possible. L’homme est remplacé par l’aventurier. Il n’y a pas d’autre rapport que le rapport de force Si un dixième des histoires que l’on m’a racontées est vrai -et j’ai peur que cette proportion de vérité soit plus élevée- c’est épouvantable ! Enfin, ne portons pas tout le péché et l’horreur du monde ! Donc aujourd’hui, je me suis un peu familiarisé avec les gens et le pays. J’ai essayé de vous faire part, d’une façon décousue, de mes premières impressions. J’allais oublier : mon nouveau commandant de bataillon est un type remarquable. Demain, j’irai jusqu’à Bougie avec le convoi.…

Lettre du mardi 10 février 59 : Je prends peu à peu contact avec « mon » infirmerie, « mes » malades et « ma » paperasserie. La situation médicale du pays est lamentable. Il y avait avant les « événements » trois médecins qui ne suffisaient pas à la tâche. Deux sont au maquis. Il n’en reste qu’un, qui actuellement est parti pour un temps indéterminé. Il met de temps en temps la clé sous la porte et il s’en va. Il aurait eu des histoires horribles avec le bataillon, dont il résulte qu’il n’y avait aucune collaboration possible. Tout le travail reposait sur mon prédécesseur militaire du contingent. Personnellement, j’ai décidé de faire l’assistance médicale gratuite pour les pauvres seulement, et de ne soigner les fonctionnaires et les gens aisés que moyennant honnête rétribution … Il n’y a aucune raison que je soigne gratuitement des gens qui peuvent payer ! Il y avait aussi deux pharmacies. Une a été emportée par une crue de la Soummam l’an dernier, qui avait aussi réussi ce que les fellaghas n’avaient jamais pu faire -et pourtant, ils avaient essayé plusieurs fois- : détruire le viaduc. L’autre pharmacie est aussi fermée. Heureusement, j’ai les médicaments de l’AMG. Ce matin, je suis allé à Bougie avec mon collègue, qui est excessivement chic avec moi. Le voyage a été splendide : un ciel extraordinaire, une mer de nuages et par endroit de la brume par couches, recouvraient la vallée qui allait s’élargissant vers la Méditerranée. Le soleil qui se jouait de cette atmosphère curieuse, donnait des effets de lumière à vous faire regretter de ne pas être peintre ou poète. Les mimosas sont en fleurs et les champs couverts d’une mer de pensées sauvages jaunes et de pâquerettes blanches, au point de n’être plus que des taches de couleurs. La baie de Bougie est une merveille ! … J’ai fait connaissance là-bas avec un médecin-commandant, qui est, jusqu’à maintenant, de tous les militaires que je connaisse, le type qui a les idées les plus justes sur la guerre d’Algérie et sur le FLN. Demain, je commencerai sans doute la tournée des postes, dans la mesure où il y aura des convois.…

Lettre du 11 février 59 : Aujourd’hui, j’ai commencé de m’installer. Petit à petit, je prends la place de mon confrère.… Ce soir je me sens légèrement fatigué ! Il faut dire qu’au dîner, j’ai assisté à une conversation qui m’a mis les nerfs en « boules ». Ces messieurs se sont lancés sur le thème de la pacification qu’ils ne voient qu’en terme de force à la hongroise. [2] De Gaulle les déçoit parce qu’il n’est pas allé dans ce sens ! Il faut dire que j’ai fait des progrès puisque j’ai eu la sagesse de me taire ; mais je n’ai pas encore celle d’entendre sereinement ces inepties, sans que cela ne me touche ! Si les militaires du FLN sont aussi stupides, nos enfants feront encore la guerre en Algérie ! [3]

Lettre du 12 février 59 : J’ai échangé mon calot contre la tarte « Chasseur » et je me trouve plus joli comme cela. Un vieux fond de coquetterie sûrement mal placé ! … J’essaye de me familiariser avec la mentalité Chasseur. Il est encore trop tôt pour établir des comparaisons avec mon ancien bataillon…. Les Chasseurs sont des gens à traditions. Il y a 31 bataillons de Chasseurs qui ont chacun un refrain. Tous les jours aux repas, le popotier, avant de lire le menu, chante le refrain du bataillon qui porte le numéro du jour. Après la lecture du menu il ajoute : « Bon appétit Mesdames (quand il y en a au moins une, ici c’est l’Assistante Sociale), bon appétit mon Commandant, bon appétit Messieurs, et par le Duc d’Orléans, notre père… » Tout le monde répond en chœur « Vivent les Chasseurs ! » La couleur rouge est proscrite : on dit bleu-cerise. Seuls sont rouges le sang, le rouge du drapeau, le ruban de la légion d’honneur, et les lèvres de la bien-aimée ! L’oublier, oblige à offrir une tournée générale. De même, les autres soldats ne sont pas habillés en kaki mais en moutarde ! Il y a, paraît-il, bien d’autres traditions que le commandant a promis de m’apprendre. Pour le moment, je me bats avec l’inventaire des brancards montés sur skis, et autres choses tout aussi inutiles, qu’un bataillon de chasseurs alpins traîne avec lui quand bien même il serait convié à faire la guerre sous les tropiques ! La médecine que je fais ici, est nettement plus intéressante qu’à Aïn Seynour. J’opère des abcès et fais parfois des ponctions qui ailleurs, relèveraient de la médecine hospitalière. Mais comme il n’y a que peu de liaisons [4] (2 ou 3 fois par semaines), je suis obligé de prendre davantage de risques. D’ici une huitaine de jours, le bataillon partirait de Sidi Aïch et irait s’installer dans un hameau, sur le sommet de la montagne, à 4 kilomètres d’ici. Le coin est encore plus joli. Comme il y a moins d’habitants, j’aurai moins de travail [5], mais alors, finis les petits bénéfices que je comptais faire avec les Européens du pays. Là-haut, il n’y en a pas !…

Lettre du 13 février 59 : Il est 1 heure du matin. Nous terminions un petit bridge des familles avec le commandant et l’aumônier, quand on a appris qu’une section d’un de nos postes de la montagne était attaquée dans un mauvais coin. Je suis resté avec le commandant et les radios [6] à l’écoute, mais, heureusement, il semble que les fellaghas soient repartis et qu’il n’y ait pas de blessés...

Lettre du 14 février 59 : Voici une première semaine terminée dans ce nouveau pays. C’est bien différent d’Aïn Seynour. L’atmosphère du bataillon est beaucoup plus sympathique, du fait de la personnalité beaucoup plus attrayante du commandant. À AÏn Seynour, les problèmes qu’avait à résoudre le bataillon étaient avant tout : empêcher le franchissement du barrage. À propos, je ne sais si vous avez lu dans les journaux que les fells ont attendu mon départ pour essayer de le passer ! Ici, il s’agit avant tout de « pacification ». Et c’est horrible ! Il y a deux clans : le clan civil, autour du sous-préfet, et le clan militaire. Tous deux ne peuvent pas se voir. Entre les deux, comme sinistre trait d’union : la police, chargée d’obtenir le renseignement, qui travaille avec notre O.R. (Officier de Renseignement) et avec les policiers en civil de la sous-préfecture. Une seule méthode chez tous, armée et civils : montrer que nous sommes les plus forts. C’est tout ce que le musulman peut comprendre ! Voilà le catéchisme élémentaire ! C’est la loi de la force ! Et c’est vrai que nous sommes les plus forts ; ce qui, du reste, n’intimide pas la rébellion, preuve qu’il y a autre chose et que ce raisonnement est insuffisant ! L’armée tient les points stratégiques et impose sa domination à la population par la terreur (comme le FLN, bien que ce soit moins visible), et par le ravitaillement. Les Kabyles ne peuvent circuler qu’avec des laissez-passer. Ils sont ainsi « protégés » par l’armée qui les cloître dans les villages. Ils doivent se ravitailler dans les SAS. Quand « ça ne va pas », on diminue les vivres jusqu’au ralliement. Contre cela, le FLN ne peut rien ; bien au contraire, il ajoute à la difficulté générale de ravitaillement. Il ne peut nous déloger des postes et des villages fortifiés. Il est maître de la campagne, tend des embuscades, mais son influence s’arrêtera toujours sur l’impossibilité où il se trouve de nourrir les gens qui vivent avec lui, donc de conquérir tout à fait une population sympathisante. Si le problème n’est pas résolu du dehors, il n’y a aucune solution possible sur place. Du reste, ni les fellaghas d’Algérie, ni les militaires, ne conçoivent d’autre solution que la force (De Gaulle passe pour un mou !). Et comme il ne s’agit pas du même genre de force dans chaque camp, il n’y a pas heurts, mais émoussement des positions et nos enfants pourront continuer tranquillement cette « douce » guerre ! Hier, j’ai eu à traiter un petit prisonnier de 16 ans, qui venait de passer deux jours de cellule sans feu, et sans doute à jeun. J’ai immédiatement téléphoné à l’O.R. et, je lui ai dépeint un tableau des plus alarmistes de l’état du petit gars. Cela lui a immédiatement valu un adoucissement de régime ! Je me suis étendu complaisamment aussi sur les gros dangers qu’il y avait à traiter sans ménagement des organismes jeunes : les risques de mort subite, de folie, et comme la devise générale est : « pas d’histoire ! », je peux espérer que les prisonniers de Sidi Aïch seront traités avec plus de ménagement ! Cette façon de procéder me semble donner de meilleurs résultats que la grande protestation inefficace, puisque, même ceux qui pratiquent des méthodes douteuses, quand ça chatouille désagréablement leur conscience ou leur « sens chrétien » (c’est le cas de l’O.R.) se rassurent en vertu de l’axiome du primat de la force et de l’intérêt de la patrie ! Du fait de ces problèmes de pacification, que j’ai bien mal soulevés devant vous, il résulte que je ne sais trop si je préfère mon nouveau poste. Demain et après-demain, passation des dernières consignes ; puis je serai tout seul à l’infirmerie. Depuis avant-hier, est affiché à la porte de l’infirmerie un petit tableau : « l’Assistance Médicale Gratuite est réservée strictement aux seuls nécessiteux ». Moyennant quoi, j’ai déjà gagné 2500 Frs [7] ! Je ne pense pas avoir le temps de beaucoup m’enrichir de cette façon, mais, comme on dit à l’armée, « ça améliore l’ordinaire ! » Cette après-midi, j’ai joué au tennis avec le sous-préfet, et bien qu’il me semble que je sois plus fort que lui, j’ai perdu. Je me console en me disant que c’est plus diplomatique, mais je ne l’ai pas fait exprès ! Demain soir, je suis invité avec mon presque ex-confrère, chez lui, pour manger des tripes (pouah !) c’est une spécialité de madame. Heureusement, je me suis renseigné, il y aura autre chose ! …

Lettre du 16 février 59 : … Hier, je ne vous ai pas écrit. C’était dimanche et la lettre ne serait pas partie, et même sans cela, j’aurais été incapable de le faire. J’ai eu une espèce de brève indigestion, sans aucune gravité, mais qui m’a gâché ma soirée à la sous-préfecture [8] ! Sans ce petit désagrément, il y aurait eu pour moi généreuse source d’amusement : les tripes n’avaient pas voulu cuire ! La sous-préfète était dans tous ses états… Autrement, mon dimanche fut absolument sans intérêt. Je m’étais proposé d’aller à la messe, mais à 9 heures du matin, je n’étais encore qu’un hérétique endormi ! Ce matin, nous avons eu au bataillon, la visite de l’aumônier protestant. Il était auparavant pasteur à Casablanca. Actuellement, en plus de l’aumônerie, il s’occupe de la paroisse de Bougie. Par la même occasion, j’ai fait connaissance des deux autres protestants du bataillon. Nous avons passablement bavardé, puis l’entretien s’est terminé par un petit culte. Nous sommes tous invités à Bougie chez l’aumônier. Ce sera pour plus tard, si je me trouve du goût pour la baignade ! … A part ça, je fais la consultation et l’Assistante Médicale Gratuite. Mon infirmerie est l’ancien vestiaire du terrain de sport de la ville. Il y a, devant, une espèce de petite cour qui est réellement une véritable cour des miracles. Quel horrible spectacle que ces espèces de mendiants déguenillés, ces aveugles, ces femmes accroupies sur le sol allaitant des enfants rachitiques et coquelucheux, tout le monde attendant les secours de la médecine et mendiant des piqûres et de la nourriture. J’essaye de les soigner le mieux possible, mais une immense pitié se mêle toujours en moi, un dégoût profond et un écœurement non moins sincère contre cette misère, et extrapolant bien facilement sans doute, contre tous les imbéciles qui veulent ou sont les complices des guerres et de leurs misères. Le bataillon est en émoi aujourd’hui. Le curé d’Akbou, village voisin, a été emmené par les fellaghas. Le commandant, profondément outragé dans ses sentiments de bon catholique, a passé la nuit dans la nature avec deux compagnies pour le retrouver, mais sans succès.…


En complément de son témoignage, voici quelques photos de Jean Claude qui du reste illustrent le récit de Ginette Thévenin-Coppin. (Voir http://www.miages-djebels.org/spip..... TOUBIBA page 102.

À propos des premières photos.

L’initiative de cette fête des enfants revient à Ginette. Elle l’avait concoctée avec les instituteurs à l’occasion du 14 juillet 1958.

L’idée lui en était venue après qu’une délégation de journalistes de la région de Troyes ait collecté auprès des usines textiles de la région 200 maillots de corps destinés aux enfants. Ceux-ci lors d’une enquête sur le terrain, avaient pris conscience du dénuement de la région.

Que faire de ces maillots ?

« Je me souviens alors de mes séjours dans les différents postes et de mes conversations avec les militaires instituteurs, écrit Ginette. Nous imaginions la possibilité de réunir tous les enfants dans un stade pour une grande fête de la jeunesse sur le thème du sport. Cette idée commence à germer dans mes pensées. Elle se développe et prend corps. Je décide d’approfondir le sujet avec les instituteurs au cours de nos prochaines rencontres. Mon projet, enthousiasme tout le monde : il ne reste plus qu’à le mettre en forme et à exécution. Ce n’est pas une mince affaire : toute initiative d’envergure demande énormément de travail et de don de soi. »

Ginette contacte la sous-préfecture et obtient les fonds nécessaires pour acheter le tissu indispensable à la confection de 200 shorts qu’elle fait confectionner aux femmes fréquentant l’ouvroir.

Même si de nos jours d’aucuns ne manqueront pas d’invoquer l’action psychologique sous-tendue par une telle démonstration, force est de constater que cette manifestation a réclamé non seulement beaucoup d’énergies, mais surtout beaucoup d’abnégation et de cœur pour fédérer les adultes des deux communautés autour d’un projet novateur.

Une fête extraordinaire de la jeunesse, garçons et filles, dont la richesse et les talents éclatent au grand jour.

En outre un bel exemple de fraternisation dans le contexte du moment (juillet 1958).

Diaporama
- Photo 01 Jean Claude avec des enfants du village d’El Felaye devant l’ancienne fontaine.
- Photo 02 : Les enfants des écoles d’El Felaye en habit de fête montant vers la place du village pour participer à la revue du 14 juillet. Sous la bannière « Les chamois d’El Felaye » et la direction d’un chef de section affecté à temps partiel à l’école,
- Photo 5 L’arrivée sur la place lors de la revue.
- Photo 4 Femmes et enfants arrivant à l’infirmerie. En contrebas une boucle de la Soumamm qui a rongé ses berges lors d’inondations.
- Photo 6 le PC du bataillon qui surplombe le village
- Photo 7 La vallée de la Soumamm en aval de Sidi Aïch. La voie ferrée Bougie-Alger et la tranchée pour le pipe-line en construction. Transport du gaz saharien à Bougie.
- Photo 08 Devant l’infirmerie d’El Felaye
- Photo 09 maison primitive d’El Felaye
- Photo 10 Aperçu des Gorges de Kerrata.


La magie d’Internet aidant, j’ai eu le contact dernièrement avec un ancien du 28e BCA en poste dans le secteur de Sidi Aïch, d’El Flaye puis à Aït Daoud. Celui-ci se rappelle parfaitement de celle que les militaires appelaient affectueusement « Pitchounette » Voir http://www.miages-djebels.org/spip.... Il m’a spontanément transmis quelques photos que je diffuse sur le site en complément à celles du Docteur Jean Claude Depoutot. St Gervais le 20 août 2013. Merci Louis.

Portfolio

Jean Claude avec des enfants du village d'El Felaye devant l'ancienne (...) Les enfants des écoles d'El Felaye en habit de fête Sous la bannière « Les chamois d'El Felaye » et la direction d'un chef de section affecté à temps partiel à (...) L'arrivée sur la place lors de la revue. Femmes et enfants de arrivant à l'infirmerie le PC du bataillon surplombe le village La vallée de la Soumamm en aval de Sidi Aïch. Devant l'infirmerie d'El Felaye maison primitive près d'El Felaye Aperçu des Gorges de Kerrata Village d'El Flaye Pont de Sidi Aïch et la Soummam Sidi Aïch et au loin El Flaye Village de Taourirt. Moissons près d'Ait Daoud Poste d'Aït Daoud Est Pont de Sidi Aïch Les Chamois d'El Fl	aye Épicerie Village d'El Flaye Vue sur la tour N+1 à travers la verdure Pont de Sidi Aïch et la Soummam Les villageois au ravitaillement Sidi Aïch et au loin El Flaye. Village de Kerrata. la lessive. Moissons près d'Ait Daoud Fillettes d'Aït Daoud Poste d'Aït Daoud Est. Place du marché d'Ait Sidi Aïch Pont de Sidi Aïch. El Flaye, le PC Les Chamois d'El Fl	aye : Sidi Aïch Tentes d'accueil Pose du pipe-line à hauteur de Sidi Aïch PC à El Flaye Les pistes inondées Le transport de l'eau. Gare de Sidi Aïch

Notes

[1] Bougie s’appelle depuis l’indépendance de l’Algérie Bejaia

[2] En 1956, les Russes ont matés très brutalement par la force, la révolte des Hongrois, qui ne voulaient plus d’eux, ni du communisme. Le régime communiste russe n’a disparu qu’en 1991.

[3] C’était prémonitoire, du moins pour les Algériens. Les enfants des fellaghas de l’époque s’entretuent encore en 2002 !

[4] On appelait liaison des convois militaires et civils, protégés par des automitrailleuses et parfois de petits avions de chasse, en raison des risques d’embuscades, et reliant les villes entre elles. Pour nous, il s’agissait de Bougie et plus rarement de Sétif.

[5] Que je croyais !

[6] Nom donné à ceux qui s’occupaient des transmissions, parfois encore appelés « trans ».

[7] 2500 Frs ! J’ai dû me tromper d’un zéro, car si c’est en nouveau francs (381,12 € ) c’est beaucoup, et si c’est en ancien francs 25 Frs (3,81 € ) cela ne méritait pas d’être mentionné ! De toute façon, cet argent était mis dans une cagnotte, précisément pour améliorer l’ordinaire !

[8] Peut-être, inconsciemment, la perspective des tripes !

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27 Messages de forum

  • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 19 septembre 2012 22:23, par CHEVALIER

    J’étais Sergent à la 4ème Cie ,quand le bataillon est arrivé à SIDI AICH la 4ème était basée dans la ville même,sauf la 2ème Section où j’étais l’adjoint à l’adjudant étais basée sur piton isolé à 4km au nord,sans route ni piste carrossable,le ravitaillement se faisait à dos de mulet. Ensuite nous avons été à la gare de TAKRIST où les 4sections était rassemblées, le service médical était à SIDI AICH où était le PC du BATAIILON. A l’arrivée en ALGERIE la 4ème se trouvait à PK.17 un lieu désert sur la route du cap SIGLI à BOUGIE. Nous avons eu beaucoup d’accrochages et aussi des pertes d’amis.

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    • merci de me préciser les dates et les noms du médecin et des chefs si vous vous en rappelez. j-c d

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    • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 2 octobre 2013 10:20, par j-cdepoutot

      bonjour et merci de ce petit témoignage sur le 28è BCA. Evidemment plus de cinquante ans après je ne me souviens hélas pas de vous personnellement pas plus que de la plupart de ceux que j’ai rencontré chez les Chasseurs. Je ne sais même pas si vous y étiez en même temps que moi (j’y étais de février à juillet 1959). Vous souvenez-vous du nom de votre commandant de compagnie et celui du commandant adjoint du commandant Cholet ? merci si vous pouvez me renseigner. Meilleures salutations d’un ancien combattant qui n’a que médicalement combattu ! Jean-Claude Depoutot .

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      • Bonjour

        Pour ma part je me souviens du commandant Cholet, du capitaine Cadi et du sergent Martinez. Le commandant Cholet est décédé accidentellement en nettoyant son arme (paix à son ame) Je serais tres reconnaissante si vous bénéficiez d’illustrations les concernant ou de contacts (descendants...) Je suis en région parisienne

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        • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 7 avril 2015 19:04, par mouhoun mahfoud

          BONJOUR. Puisque vous connaissez le commandant Cholet et le capitaine Cadi, moi j’ai été en 1958 un écolier a l’école d’el flaye mon maitre s"appelle MR martinez ; . s’il vous plait pouvez vous ou si vus avez des renseignements sur l’attentat contre le capitaine de la SAS de sidi aich MR MARI à me communiquer. je suis concerne car l’auteur étant mon oncle paternel age de 19 ans le jour de l’attentat le 19 FEVRIER 1959. Merci et longue vie

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        • Bonjour,

          à la recherche de descendants du commandant Cholet, je viens de lire par hasard votre message, mais peut-être est ce trop tard ? Les souvenirs s’enchainent à la lecture de ces témoignages, j’étais moi aussi là bas, jeune chauffeur particulier du commandant Cholet.

          J’attends une réponse dans l’espoir d’échanger plus.

          A.SAMSON

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          • Bonjour ,en regardant par hasard ,je découvre qu’une personne était le chauffeur du commandant cholet !!!!quelle a été ma surprise et ma joie .le régiment et surtout le commandant et le capitaine l’a surnommée Lili j’étais une petite fille de 7ans ,pendant un certain temps je vivais à la caserne D’el Flaye puis le commandant cholet m’a confié à une femme ,une de ses connaissances ,avec elle je suis partie dans le var ....j’aimerais bien avoir des nouvelles de ceux qui m’ont connu à la caserne D’el Flaye ...je vous remercie ,amicalement lili !

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      • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 3 janvier 2015 16:53, par fournier andre

        bonjour je suis fournier andre un ancien du 28e BCA du 3/12/1955 au 4/04/1957 je fais un recherche sur les morts de ce bataillon j’en suis actuellement à 84 Quand j’etais à Toudja je fesais parti de la 3e compagnie , si mes souvenirs sont bons je crois qu cela se passait fin février 1957 une section de pk 17 etait tombé dans une enbuscade il y a eu deux de pk17 je crois que le lieutenant a abattu le chef rebelle hereusement car il y aurais un vrai massacre Le nom de ces deus morts je ne le connais pas également celui des blessés Fin mars pk 17 aeu d’autres morts que je ne connais pas les noms ,qui peut me renseigner merci André fournier

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    • je cherche des anciens soldats ou instituteur et photos pendant la guerre d algerie de ma region de ighzer amokrane tiouririne ighil oumced laazib ben ali cherif akbou ert merci d avence

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    • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 18 novembre 2014 14:19, par rosequatre

      Bonjour Arrivé à PK 17 que pour quelques jours à la 3ème Cie du 29 BCP puis déménagement pour Mansourah en petite Kabylie. Il me serait agréable de situer ce Poste, que les Anciens me parlaient souvent. Merci Rémy

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  • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 27 juillet 2013 01:18, par Henri PAYS

    Bonjour, Je suis tombé tout à fait par hasard sur votre livre " la guerre d’Algérie d’un médecin du contingent ". Je me souviens bien de vous. A El-Felaye,vous et deux de vos infirmiers m’avez appris, en quelques jours, le métier d’nfirmier. Les deux infirmiers étaient Claude Gaspard et Louis Castellot. Quant à moi, après ce stage d’infirmier, j’avais été muté en qualité d’infirmier opérationnel au Commando V15 de la 4ème Compagnie, 2ème section du 28ème B.C.A. à la gare Takrietz, sur la N 26, à 5 kms 500 de Sidi-Aïch. Je suis heureux de vous avoir retrouvé. J’aimerai pouvoir poursuivre notre conversation, si bien entendu vousle voulez bien. Je suis à la recherche de Claude Gaspard et de Louis Castellot depuis plusieurs années. Savez-vous ce qu’ils sont devenus depuis temps d’années écoulées ? Mon nom est Henri PAYS, peut-être vous vous souvenez de moi. Vous êtes venu à Takrietz, m’apporter des médicaments dont j’avais besoin. Voilà, pour le moment. J’espère que vous me ferez le plaiisir de me répondre. Je vous joins mes coordonnées : henri.pays@laposte.net . Avec tout le respect que je vous dois, recevez mes salutations distinguées. Henri PAYS.

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    • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 2 octobre 2013 11:15, par j-cdepoutot

      au retour d’une petite marche dans le midi (que je n’ai pas fait au pas de chasseur !) je reouvre ma "boite" et repense à la promesse que je vous ai faite de vous envoyer des photos. Je n’en ai malheureusement pas d’autres que celles qui figurent sur le site, et que vous pourrez tirer si vous le voulez et si votre ordinateur le veut aussi (le mien, comme moi, est trop vieux pour le faire !) Si vous n’y arrivez pas, dites le moi et je les mettrai pour vous sur une disquette. Encore content d’avoir pu reprendre contact avec vous, et amitiés j-c depoutot

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    • connaissiez vous les region de ighzer amokrane akbou chellata laazib ben ali cherif dans la valleé de la soummam

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  • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 6 septembre 2013 22:06, par MOUHOUN MAHFOUD

    merci monsieur JEAN Claude, parmi certaines photps, sur l’une d’elle j’ai reconnu ma mère, moi et ma soeur ( décédée en 1964), moi, je ne suis pas d’elflaye, mais un refugié. En 1959, mon oncle paternel agé de 19ans e 1959 a été arreté sur ordre de capitaine Kadi, depuis cette anneé à ce jour nous nous n’avons aucun renseignement sur sa mort. De grace, aide moi ou oriente moi comment retrouver le PV d’audition. Il parait qu’il a été arreté pour avoir poser la bombe dans le commerce de Hidouche à SIDI AICH,. Pouvez vous me dire si le capitaine Kadi est vivant.

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    • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 17 septembre 2013 19:48, par Jean Claude

      Bonsoir Mouhoun

      J’avais pris connaissance de votre message sur le site. Je suis heureux que vous ayez reconnu votre mère et votre soeur sur une des photos. Par contre, je suis absolument navré pour votre oncle et vous fais part de toute ma compassion à vous et à votre famille au sujet de sa disparition.

      Il m’est impossible de vous aider dans vos recherches, car je n’ai plus jamais eu de contact avec le capitaine depuis mon départ de Sidi Aïch. Celui-ci aujourd’hui est vraisemblablement décédé, car je suis déjà d’un âge avancé et il était bien plus âgé que moi.

      Par ailleurs, à supposer qu’à l’époque, il y ait eu un PV d’audition, le retrouver aujourd’hui me parait une mission impossible.

      Avec mes condoléances, croyez à toute ma sympathie.

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      • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 11 octobre 2013 16:30, par mouhoun

        Salut Docteur. Votre message m’a fait beaucoup de plaisirs, en le relisant maintes fois, il ressort que vos paroles sont sincères. Je vous en remercie pour vos condoléances et votre compassion. Ce témoignage de regret et de sympathie devant la douleur de ma famille m’a vraiment touché et je vous en remercie. Au sujet du p.v d’audition concernant mon oncle Djoudi,il faut me comprendre, qu’il est de mon devoir d’effectuer des recherches au sujet de disparition, ne saurais ce que, pour honorer la mémoire d’un jeune de dis neuf ans (19).Pour ce qui est du Capitaine KADI, éfféctivement, j’aurai du penser, qu’il se repose en paix. Pour tout humain,il y a que le passé et le présent qui compte. la mort est la même pour tout humain.Ravis de communiquer avec vous, chose impensable 59 ans avant entre un médecin militaire et un petit écolier qui voit ce toubib avec une peur au ventre( l’éffet de la tenue). Mon souhait de voir, un jour, la publication des photos des écoliers d’El flaye, avec une pensée particulière à nos premiers Maitres tels que Messieurs PETIT et MARTINEZ. Pour clore,en vous souhaitant ainsi qu’à votre femme une bonne santé et longue vie, je vous prie de croire, Docteur, à l’expression de mes sentiments les meilleurs et les plus cordiaux.

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        • Bonsoir et merci pour votre message. Je pense comme vous concernant vos recherches et votre philosophie de la vie. Il faut essayer de vivre au mieux le présent. C’est ce que j’essaye de faire à 82 ans ! Vous me parlez de vos anciens maîtres d’école ; Mon infirmerie avait été installée dans l’ancienne école d’El Felaye qui avait été restaurée pour moi car lorsque j’y suis arrivé elle avait été incendiée ; On disait au bataillon que l’incendie avait été fait par le dernier instituteur, le jour où il était parti au maquis ; Etait-ce exact, ou ce sont des racontars de cette époque ? Savez vous si ces instituteurs ont survécu à la guerre ? Bien cordialement j-c depoutot

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  • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 20 octobre 2013 19:32, par MOUHOUN

    Bonjour, Docteur Désolé de ne pouvoir vous renseigner sur l’incendie de l’école d’El flaye,en raison que je ne réside pas dans ce village, lequel mes parents ont quitté à l’indépendance en 1962, pour rentrer dans notre village natal, situé en zone interdite durant la guerre de libération. Navré, de ne point vous communiquer les éléments inhérents à cette affaire. Quant au devenir des anciens Instituteurs, il est de même, pour les raisons évoquées ci-dessus, je ne peux vous apporter d’information. Néanmoins, je pense qu’ils ne sont plus de ce monde. Une pieuse pensée à la mémoire des pionniers du savoir du village d’El flaye et à tous ceux ( des deux rives) chacun dans son domaine, qui ont fait du bien, notamment durant cette période incommode et pénible, même minime soit-il.

    C’est dans cette école de mon enfance (1958-1962) qu’on m’a enseigné à faire du bien, d’aider les autres sans distinction de race, de langue ou de religion. Je lance un appel aux élus de cette commune pour ériger une plaque commémorative à la mémoire de ces Instituteurs morts ou vivants pour qu’ils puissent demeurer à jamais dans la mémoire des vivants.

    Je termine mon écrit par cette phrase de JEAN Austein qui disait dans l’un de ses livres ; "Ne retenez du passé que ce qui peut vous donner quelque plaisir’

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    • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 28 octobre 2013 15:35, par Mahfoud

      C’est avec une attention particulière que j’ai lu votre livre, notamment la période de votre séjour à El flaye en qualité de médecin. Effectivement, c’est un livre de bonne foi, plein de témoignages. Néanmoins, une chose a attiré mon attention,a aucun moment dans votre livre vus n’avez jugé utile de citer les noms des personnes militaires ou civiles, alors qu’ils sont les principaux auteurs des actes et faits. C’est l’homme qui fait l’histoire et le temps.

      Revenant, au sujet de la journée du 2O Février 1959, laquelle m’intéresse beaucoup. Les faits relatés, sont écrits au présent de l’indicatif (non au subjonctif) corroborent avec l’arrestation de mon oncle paternel MOUHOUN Djoudi, lequel a été arrêté au domicile familial sur dénonciation par une personne, qui prétend été l’auteur de cet attentat. Aussi, certains disaient que le jour de cet acte, il avait sur les lieux la présence d’un homme aveugle.

      De ce fait, je fais appel à votre sens inné de justice et d’équité et en votre qualité de témoin ( selon la description des faits) de me faire part d’autres renseignements ou détails sur cette affaire et notamment sur les six (6)personnes arretées et leur(ou son) lieu d’enterrement, afin , grâce à vous, que je puisse trouver la (ou une) vérité sur sa disparition, et sa tombe. Il ne lui restait personne dans ce monde, sauf moi, qui cherchait ces renseignement depuis quarante années. Merçi d’avance. Avec mes sentiments déférents et dévoués.

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      • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 1er novembre 2013 15:38, par Mahfoud

        Bonjour Docteur, J’ai attendu avec impatience votre réponse à mon message du 28 octobre 2013, lequel est resté sans suite à ce jour.

        Est pourtant, vous avez entamé l"écriture de ce beau livre par la citation de Montaigne ; "Ce livre a été écrit de bonne foi..." que je ne remets rien en doute de son contenu, le contraire n’est que malhonnêteté de ma part. Ensuite au dernier paragraphe de ce beau livre de bonne foi ,vous avez mentionné :" cette amertume est également liée au souvenir de mes amis qui y sont trouvés la mort ". Toutes mes condoléances et ma commisération à vous et à leur famille.

        Docteur,il est de même pour moi,au sujet de la disparition de mon oncle, partit très jeune, fusillé selon votre écrit. " Naturellement, ces types seront fusillés. Peau contre peau, c"est la régle".(sic).Fusillé à l’âge de 19 ans, né le 04 fevrier 194O, fusillé au mois de Février 1959 ?.Quel destin. A ce jour aucune information ou de trace au sujet de sa tombe . Depuis que j’ai pris connaissance des faits de la journée du 2O Fevrier 1959, que vous avez relatés avec précision, je n’arrive plus à dormir. Enfin,je sais qu’il a été fusillé, mais de grâce dites moi où son corps a été enterré.

        Sa mort,me hante encore et me donne un sentiment d’intimité avec le passé depuis 55 ans. Il me parait qu’en étant dans ses limites, un témoin, écrivain, historien ou tout simplement un intellectuel doit se permettre de dire la (ou une) vérité à ce qui est dû aux lecteurs, à lui même et à l’histoire, afin que de tels actes à l’avenir ne se reproduisent plus... la vérité, et que tout ressentiment aussi amère disparaisse à jamais dans la mémoire des humains, allège leur coeur, leurs souffrances et ne hante plus leur nuit....la vérité, doit être dite, seule et unique façon de participer à l’écriture et à l’enrichissement de l’histoire pour rapprocher d’avantage les peuples des deux rives. Vous, acteurs ou témoins des évenements, vous êtes tenus de nous informer nous "enfants de la guerre".

        Docteur,continuez d’être de bonne foi, sans me tenir rigueur de mon insistance de connaitre l’endroit où le corps de mon oncle a été enterré ou.... Des hommes des deux rives sont morts, chacun est allé avec ses propres convictions, que je respecte. Maintenant, à vous témoins d’hier de dire la vérité, rien que la vérité, pour honorer leur mémoire.

        Convaincu de recevoir une réponse positive inhérente à cet attenta du 2O février 1959 contre le capitaine de la SAS de Sidi- Aich, en éspérant que malgré votre âge, il vous sera possible, aussi, de m’indiquer le lieu où son corps a été enterré.

        Avec ma haute considération et mes sentiments déférents et dévoués.

        Email. mahfoud.mouhou @ hotmail.fr

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        • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 2 novembre 2013 17:02, par Jean Claude

          Bonsoir. Je fais suite à vos messages du 28 octobre et du 1 novembre.

          Mon témoignage, comme vous l’avez peut-être remarqué, est rédigé à partir des courriers que j’envoyais alors à celle qui allait devenir mon épouse. Il s’agit donc de réactions et de réflexions à chaud face aux événements dramatiques tels qu’ils ont pu me parvenir par le bouche-à-oreille sans y avoir été mêlé personnellement. Ce n’est donc qu’une vérité par ouï-dire.

          Bien que n’ayant gardé aucun souvenir de cette époque en dehors de ce qui figure dans les courriers, j’ai cru cependant devoir en restituer sans fard le contenu. Celui-ci traduisait ce que j’avais perçu de cette époque tragique au cours de laquelle la violence, cet outil d’asservissement, avait été érigée en système dans les deux camps, comme en témoigne ce qui est narré le 23 février 1959 à propos du charnier découvert au printemps 1958.

          Il est bien évident que le médecin que j’étais, était tenu à l’écart des mesures de rétorsion et que je n’ai jamais eu directement d’informations à ce sujet.

          Je regrette de ne pas pouvoir vous aider davantage dans vos recherches légitimes concernant le lieu de sépulture de votre oncle et de ses camarades.

          Je suis désolé en outre, à plus de cinquante ans de distance, d’avoir ravivé, par mon récit, les plaies toujours vives des familles et vous assure que je m’associe à la douleur toujours présente qu’est la vôtre. Bien cordialement j-c depoutot

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          • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 7 novembre 2013 13:39, par mouhoun

            Salut Doantcteur.

            Merçi d’avoir répondu à mes messages. Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’aimerais entamer mon récit par cette citation de Montesquieu "Il faut être fidele à la vérité même lorsque notre patrie est mise en cause. Tout, citoyens a le devoir de mourir pour sa patrie, mais nul n’est tenu de mentir pour elle."

            D’abord, je vous présente toutes mes excuses, pour faire revivre à un homme âgé de 82 ans les atrocités vécues durant la guerre. Il n’est pas de mon intention de vous accuser, ni de faire le procès de qui que se soit. Mon éducation et ma culture Berbère ne me permettent pas de porter atteinte au passé d’un intellectuel et de culture protestante. les faits narrés sont de bonne foi. Je reconnais que mon style est un fort, c’est l’émotion. Quant à votre argument sur les faits racontés , est bien reçu très bien même, plein de bon sens et de générosité. Merçi, j’ai appris....

            Vous êtes un homme inné de justice et d’équité, pou preuve vous avez refusé d’assister à une séance de cinéma sur les massacres de Melouza, tout est à votre honneur. Aussi dans un passé lointain vous avez soigné gratuitement des gens pauvres. A ce jour, ce geste n’a pas été oublié par les populations des Ait-Ouaghlis, merçi.

            De ce qui précède, je vous demande , ( dans la mesure du possible et si c’est permis ) au nom des églises protestantes, pour l’amour de Dieu et en faisant appel à votre conscience protestante de me communiquer ; la date et l’heure de l’attentat, la date de l’arrestation des suspects, celle de leur exécution ; même approximative. De même le nom du capitaine. Est-il blessé à la jambe ?

            Pour les charniers, je suis entièrement d’accord avec vous, comme celui qui a été découvert vers les années 1990 sur renseignement de l’un de vos anciens collègues militaires, au dessus de Sidi Aich, des cadavres de prisonniers civiles jetés au fond d’un puits dont celui de mon parent s’y trouve. Vous avez entendu parler de ce puits ? connu des tous les militaires stationnés( ou ont été)à Sidi-Aich, mais gardé au secret jusqu’à cette date. D’autres renseignements a y ajouté. A qui peut-on raconté ses déboires, ses remords et confié ses secrets, si ce n’est qu’a son médecin.

            Revenant au présent, votre livre dans ma bibliothèque, parmi mes ouvrages, il porte le numéro 594, le second exemplaire sera mon livre de chevet.

            Votre réponse, peut m’aider à cesser mes recherches, elle est attendue avec impatience.

            En attendant, je vous souhaite bonne santé et longue vie. Mes hommages à votre épouse.

            NB. L défunt père de MOUHOUN Djooudi, est un ancien combattant, décoré de médaille de guerre ( pour mémoire en cette occasion).

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            • Bonsoir

              Tout ce dont j’ai vécu et dont j’ai eu connaissance à l’époque figure dans le livre.

              Vous ne vous imaginez tout de même pas que les actes condamnables commis par certains militaires étaient publics et connus de tous en particulier des médecins du bataillon qui de plus n’ont jamais été des confesseurs.

              Je ne détiens aucune autre information en dehors de celles dont j’ai gardé une trace écrite et que j’ai publiées.

              Désolé pour le sort de votre proche, fils d’un ancien combattant et de ne pouvoir répondre à vos interrogations.

              Cordialement

              J-c Depoutot

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              • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 9 novembre 2013 20:18, par mouhoun

                merçi Docteur de votre réponse, laquelle est satisfaisante. Vous pouvez au moins me donner la date de cet attentat et le nom du capitaine. Ca sera mon dernier message à ce sujet. Ces deux renseignements sont importants. Je vous remercie, c’est grâce à vous que j’ai pu retrouver certaines informations en questionnant certaines personnes.

                Merci, mes salutations.

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  • LA GUERRE D’ALGERIE D’UN MEDECIN APPELE DU CONTINGENT 7 janvier 2016 09:53, par Claude Debout

    Cher Docteur vous m’avez soigné une anthrax au ventre sur le stade à l’infirmerie j’étais en Algérie je m’appelle Claude Debout je viens seulement de découvrir cette enfin plutôt tout c’est tout ce que choses sur la garde Algérie j’avais jamais eu l’occasion de chercher je lui avais même pas pensé j’ai trouvé ça sur mon portable que je maîtrise très mal

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