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J’étais à Haoura.

mardi 20 janvier 2009, par Jean OUVRIER

Après, s’être imposé un long et douloureux silence", Jean OUVRIER a accepté de témoigner à la demande de Jean Marc.

Son témoignage intéressera le monde des anciens combattants en Haute-Savoie, mais aussi en Algérie, à Bouzeguène, Haoura, aux Beni Zikki, les jeunes générations ou ceux qui, sur place, ont vécu cette période soit les armes à la main, soit en subissant tour à tour la pression de l’armée française ou de ceux que nous appelions les rebelles.


Jean Ouvrier avait alors vingt ans. Il est originaire d’un milieu rural en Savoie. Ses parents, l’été venant, quittaient St Nicolas la Chapelle pour monter, avec le troupeau de vaches, à leur chalet d’alpage de LA GIETTAZ.

Plus tard ses parents, quittent la Savoie pour St Martin-Bellevue où ils louent une ferme, plus précisément au hameau de "GORGY", très proche de Cuvat, commune où il passera son CEP. Plus tard, il fréquente la "Maison familiale " de Cruseilles où il prépare au CAP d’agriculture ! Jean qui est né en 1936, a trois sœurs et un très jeune petit frère né en 1954.

1954 ! est aussi l’année du début de ce qu’on appelle maintenant la Guerre d’Algérie.

Fin 1954, il pense que tout cela sera de courte durée. Il n’en est rien. Vient son tour d’être incorporé et d’aller servir là-bas, très loin, l’autre côté de la Méditerranée. Bien qu’admis aux tests de sélection pour entrer aux E.O.R., il refuse cette voie, l’armée n’étant pas pour lui la chose la plus importante. Le 8 novembre 1956, il est incorporé au "27" à ANNECY. Classe 56 2 B.

Laissons-lui la parole.


Mes Classes.

On a "visité" tous les sommets qui de près ou de loin dominent le bassin annecien, dormant dans la neige, poursuivant un ennemi invisible, vivant de rations et d’eau claire… Nous avions la forme et ces sorties de plusieurs jours n’affectaient pas notre solide constitution de Haut-Savoyards. Je n’en dirais pas autant des "Parisiens " qui finirent tout de même par devenir de vrais montagnards ! Il faut encore nous remémorer les cross du matin, jusqu’aux "Glaisins" et retour à la caserne, sans oublier le "tour du Veyrier"…Pour faire bon poids, j’ai suivi les stages et réussi les examens d’aptitude aux grades de Caporal puis de Sergent. En super forme, super entraînés, pour nous est venu le temps de partir. Nous ne redoutions pas ce départ et même nous l’attendions, portés par un sentiment de curiosité et puis "ça ne sera pas long" et "on n’est pas les seuls" !... Rien qu’à Cuvat, nous étions trois à partir. Pour nos parents ce n’était pas aussi facile. On n’en parlait pas trop. Je savais que cette cassure serait une terrible souffrance pour eux. Le retour du corps de René TISSOT à St Martin-Belleville, marqua les esprits et renforça certainement leurs craintes.

Marseille.

Le 3 mars 1957, nous embarquons sur le "VILLE D’ORAN" pour une traversée sans histoire où nous nous encourageons mutuellement : "dans 6 mois on est de retour, on y va pour pacifier, ouvrir des écoles, construire des routes…" tous volontaires !... En fait, je n’étais pas mécontent de quitter le Centre de Transit de MARSEILLE où, de corvée pour brûler des ordures, le chauffeur ayant reculé sur les flammes, les pneus ont pris feu et j’ai été privé de sortie. Ils ne m’ont pas privé longtemps du plaisir d’aller humer, une dernière fois, les senteurs méditerranéennes de mon pays.

Alger.

Hier nous avons vu "NOTRE DAME DE LA GARDE" s’éloigner. Aujourd’hui, "ALGER LA BLANCHE" s’offre à nos regards et marque à jamais notre mémoire. Je passe sur le centre de transit, encore moins accueillant que le précédent, crasseux et où les coups de gueule des petits gradés n’impressionnaient plus grand monde ! On part enfin en convoi. On ne sait rien de notre destination : la KABYLIE. On n’est même pas armés ! Simplement, reçoit-on cette consigne chargée de menaces : "quand votre véhicule s’arrête, vous sautez et vous vous mettez à l’abri !..."

TIZI-OUZOU, AZAZGA, IFFIGHA, HAOURA.

Inconsciemment peut-être, oppressés également par un paysage nouveau pour nous, ne disposant d’aucuns repères, nous avons hâte de rejoindre le 27. AZAZGA n’est qu’une étape de cette longue quête et elle n’est pas encore la bonne. On abandonne les GMC pour des 6/6. Notre escorte est armée et la KABYLIE dans ce qu’elle a de plus majestueux mais aussi de plus menaçant, nous fait quitter définitivement le monde de la quiétude. IFFIGHA : le "27" !... enfin !....

Je me remémore cette phrase entendue pendant mes classes : "…vous rejoindrez, ensuite, le Bataillon sur sa zone de combat"… Peut-être déjà, sommes-nous devenus des hommes différents confrontés ou amenés à être demain confrontés aux réalités de la guerre. Aujourd’hui, avec ce que nous avons vécu et dont je parlerai plus loin, oui nous étions devenus l’ennemi à abattre pour ceux qui s’étaient engagés dans la voie de l’insurrection.


IFFIGHA,

c’est aussi le moment où l’on est séparés de nos copains, celui de la répartition entre les Compagnies. Je suis affecté à la 4ème à HAOURA. Je touche le paquetage de circonstance, le PM, des munitions, des grenades…Au cœur du djebel, il y a un an, la Compagnie s’était installée à proximité du village ; une Compagnie de rappelés à qui l’on doit tout, car à leur arrivée il n’y avait rien. Les tentes cèdent, petit à petit, la place aux constructions en dur. Les villageois ont bâti le mur d’enceinte. Notre drapeau claque au vent.

Je rejoins la 1ère Section, dotée des armements et équipements permettant de faire face aux situations les plus complexes et qui la qualifient de "Section spécialisée". Gardes, embuscades, opérations de pacification… se succèdent jusqu’au…

Premier accrochage de BENI ZIKI (juin 1957).

Nous ferons partie d’un dispositif destiné à encercler une bande de rebelles signalée et localisée au cœur d’un massif montagneux entrecoupé de vallées. Nous partons pour 3 jours. Nous rejoignons le "bouclage" par une longue marche de nuit avec, pour ne rien arranger, un épais brouillard. Nous atteignons notre objectif le lendemain vers 8 h 30.

Nous subissons rapidement un feu nourri, notamment les tirs provenant d’un mortier de 60 (il sera récupéré plus tard). Je suis obligé de décrocher pour aller chercher un Chasseur qui ne nous a pas suivis (ses relations auraient dû lui permettre d’être dispensé de tels risques). Quand je veux rejoindre les rochers derrière lesquels nos camarades se sont abrités, ceux-ci (les rochers !) fument sous les impacts. Un Caporal est blessé et est évacué. Un Sergent Chef a le malheur de lancer des grenades sur un nid d’abeilles et l’essaim rageur se fait le complice des fellagas !... Subissant les douloureuses piqûres, le Sergent Chef, prenant tous les risques, cherche à se jeter dans un oued vers lequel il se précipite en hurlant. Il sera héliporté et s’en sortira. Nous, on décroche. Bilan : le 27 compte 4 blessés, en face 25 tués.

J’ai oublié de dire : depuis le 11 juin, je suis Caporal ! Chaque jour qui passait nous rapprochait un peu plus de l’horreur.


30 août 1957.

Nous rentrons en convoi d’AZAZGA. Des "libérables" y ont passé la visite médicale qui annonce leur prochain retour à la maison. Nous rapportons, également, le ravitaillement de la Compagnie. Chef de convoi, j’ai pris place dans le "half-track" de tête. Suivent quatre GMC de Chasseurs. Nous abordons une large courbe de la piste suivant le carrefour des Généraux, lieu de passage connu, emprunté par les hommes et les femmes du village, mais aussi, de nuit, par les fellagas. Les accrochages y ont été et le seront encore, nombreux. Le terrain est dégagé, simplement dominé par d’énormes rochers posés dans la pente qui va vers le fond de la vallée où coule l’oued. Les premières mechtas sont à moins d’un kilomètre.

Soudain, le ciel nous tombe sur la tête. Un déluge de feu s’abat sur le convoi. Les tirs partent des blocs de rochers. Notre chauffeur, touché au mollet, ne peut dégager son véhicule. Le piège se ferme. Un Chasseur, monté avec nous, me dit "J’ai un fell dans ma ligne de mire ". Je lui dis de faire comme au "pas de tir". Au moment où il appuie sur la gâchette, une décharge de chevrotine heurte les tôles du half-track. Sa balle va se perdre dans le ciel.

Le tireur de la 12/7, SARTORETTI, est blessé au ventre. Allongé sur la banquette, il va mourir. Marié, son épouse attend un enfant. Il était volontaire pour être tireur à la 12/7. Nos mitrailleuses 12/7 et 7/62 s’enrayent l’une après l’autre. Appuyés par les tirs de leurs armes lourdes, des fellaghas évalués à une katiba, sortent de derrière les rochers et dévalent vers nous en tirant et en hurlant : le hakka des Alls Blacks de Nouvelle Zélande n’est qu’une pâle reflet de leurs cris inhumains et sauvages. Je les entends encore et je dois fermer les yeux pour les chasser de mon esprit.

Il faut combattre. En nous exposant, nous faisons feu de nos deux PM, tirant par-dessus les tôles latérales de notre véhicule. Ce sont elles qui nous séparent maintenant des assaillants et nous nous dégageons en lançant nos grenades. On les laisse fuser avant de les jeter. Tout le convoi est tombé sous la coupe des tueurs.

À la Compagnie, l’Officier de quart, alerté par les tirs, observe à la jumelle la scène. Il se trompe sur l’identité des acteurs, pense que nous sommes ceux qui poursuivont les fellagas et ne fait rien. Le poste d’Aït Megève à Bouzeguène, lui, a compris. Il rassemble rapidement 2 Sections. Pour eux, notre destin est scellé. Il avait déjà engagé une partie de ses effectifs dans un bouclage. L’aviation a été alertée. Un message radio annule la demande d’un appui aérien. Les fellagas disposaient-ils des moyens radio pour le faire ? Les T6 font demi-tour.

Vient le silence, aussi violent que l’engagement que nous venons de vivre. "Vivre" est-il encore le bon mot ? Je pense aux copains de l’arrière du convoi. Leurs véhicules ne leur offraient qu’une protection très limitée. Ont-ils réussi à se regrouper et créer un point de défense ? On se hasarde à jeter un regard. Les fells ont décroché. Le spectacle est celui d’un très mauvais rêve, d’une très mauvaise mise en scène, d’un terrible cauchemar.

Les camions dressent leurs carcasses criblées de balles, vides de leurs occupants. Et puis viennent les corps, disloqués, sans vie, tombant encore ou reposant déjà sur le sol. On dénombrera quelques blessés, rescapés devrais-je dire, car les autres blessés ont été achevés. Gustave LARUE d’Archamps, mon ami, est mort. Il a été achevé. Mon cœur crie de douleur et pourtant aucun son ne sort de ma bouche.

On ne retrouvera jamais le Caporal Chef Paul BONHOMME, fait prisonnier. J’ai appris il y a quelques jours qu’il était mort.

Ceux qui étaient du côté aval des véhicules ont sauté. Ils se sont enfuis en empruntant le fond du talweg et ont rejoint le village d’Aït Ferrach puis notre poste. L’affirmation selon laquelle l’attaque a eu lieu des deux côtés du convoi tombe d’elle-même. On retrouvera le vaguemestre qui au départ il était dans le même véhicule que nous, à genoux sur le sol, le canon de son pistolet appuyé sur la tempe : "si les fells étaient arrivés sur moi, je me tirai une balle dans la tête".

La Compagnie a été décimée. Les fellagas ont emporté les armes, les radios (SCR 300). Les camions sont HS…Je joins à mon témoignage une copie de la première page du rapport. Il donne la liste des tués et des blessés, ainsi que les pertes en armements et en matériels. Trop d’armes perdues donc aucune décoration, hormis celles destinées à ceux qui sont tombés. Aucune décoration mais tant de questions, de jours et de nuits à revivre ce cauchemar, tant de larmes contenues, de silences acceptés, de refus de témoigner jusqu’à aujourd’hui.

Mes parents se douteront de quelque chose. Je leur soutiendrai qu’il n’en est rien. Il y a un an, j’ai écrit la vérité dans une lettre que je destinais à ma maman. Elle est morte avant de la recevoir.

Les fells seront accrochés plus tard dans la forêt de l’Akfadou. Une Compagnie de paras viendra compléter nos effectifs. Le combat continuait, renforcés dans nos convictions qu’il fallait relever la tête, ne pas laisser tomber Paul BONHOMME, le retrouver…On ne tarda pas à prendre conscience que la forêt de l’Akfadou était devenue le centre stratégique de la rébellion en Kabylie. Je n’ai pas tourné la page d’une embuscade qui a marqué notre Bataillon. Si l’occasion m’est donnée de pouvoir retourner en Algérie, je chercherai à rencontrer un de ceux qui avaient participé à cette embuscade.

Le 1er décembre 57 je suis nommé Sergent…


P’tit chef.

Un jeune sous-lieutenant est venu prendre, plus tard, le commandement de notre Section. Nous partons, avec lui, en "ouverture de piste. Une ouverture qui a cruellement manqué le 30 août. Elle aurait épargné bien des vies. Le lieutenant me commande d’avancer "tout droit". Mon expérience me commande de progresser par bons successifs, de part et d’autre de la piste. J’obéis à mon expérience et désobéis donc au lieutenant : "je ferai un rapport au capitaine, vous serez de patrouille de nuit et vous vous présenterez à 23 h avec vos hommes". A 23 h, je me présente donc avec mes hommes, au Capitaine. Il pleut comme "vache qui pisse" ! Sortir par un tel temps doit lui paraître dangereux ou représenter une punition mal calibrée par rapport à mon acte de désobéissance, "allez vous coucher…" me dit-il. L’école de guerre et l’école de la guerre ont du bon !...

Fête de famille.

Patrouille de nuit, nous progressons derrière nos voltigeurs. Silencieux, ils avancent aguerris à un conflit où il faut déjouer les pièges de l’ennemi invisible. Un grand cri !... et puis plus rien. L’un d’entre eux, le meilleur devrais-je dire, un Auvergnat solide comme un roc vient de tomber dans le ravin !... Notre anxiété est grande, le gouffre béant. Mais notre homme réapparaît. Il est remonté par ses propres moyens. Quand je vous disais qu’il était solide ! Nous avons fait beaucoup trop de bruit pour compter sur un effet de surprise. Nous rentrons. On le saura plus tard, au village, des fellaghas venus de l’Akfadou s’étaient réunis pour une fête de famille ! Vous imaginez : "prenez la peine d’entrer, venez prendre un verre avec nous et manger une part de galette, mettez-vous à l’aise, débarrassez-vous de vos armes !..

Quand Laïla dégrafait son corsage.

Le "carrefour des Généraux", de triste mémoire, est resté un point de passage important. A l’occasion d’un contrôle, je fouille une femme. De ses vêtements bigarrés, elle met à nu un sein et m’arrose copieusement de son lait !... Hilarité générale…

Lourdes (juin 1958).

Des volontaires sont demandés pour participer au pèlerinage militaire. On ne se fait pas prier. A la clé, une petite permission de quelques jours et l’obligation de rentrer pour le…On prend le bateau à Marseille, le train pour rejoindre Lourdes où nous faisons honneur à notre Bataillon. Ensuite, nous nous séparons pour profiter au mieux de quelques jours qui nous restent. Pour moi c’est revoir mes parents : le train, le car, un peu de marche, un voisin plus que surpris : "tes parents savent-ils ?" Ma réponse est "non !". Papa et maman sont en train de "faire les foins" : surpris, on le serait à moins, "mon Dieu" diront-ils d’une seule voix ajoutant "c’est grâce à la Vierge !...". Pour respecter autant que faire se peut l’échéance du retour, à LYON je prends l’avion. A Alger, j’ai déjà 6 jours de retard et il n’y a pas de liaison. Finalement nous retrouverons notre Compagnie avec 8 jours de retard mis sur le compte de liaisons aléatoires. Je croise le Capitaine : "tu tombes bien, demain matin on part en OP !".


Épilogue.

L’aventure se termine pour moi le 22 janvier 1959. Je décide de rester à la ferme avec mes parents. Le travail ne manque pas. Pendant quelque temps, j’occupe un emploi comme Secrétaire d’une Mutuelle Incendie Accidents. Puis, la Commune de CUVAT recherchant des volontaires pour effectuer des travaux de réfection de fossés, avec des copains, on répond présents ! On est payés au mètre linéaire et comme on n’est pas feignants, on gagne beaucoup d’argent ! Les Forges de CRAN, SNR embauchent. La rumeur dit qu’à SNR on embauche après une période d’essai de 8 jours. C’était exact, je serai embauché au bout de 8 jours et pour 38 ans. Je me marie, construis ma maison à Argonay et crée la Section. 1995, je rejoins l’UDC AFN, 1995 l’année de mon opération du cœur.

Le Mémorial.

Il est le symbole de ce combat d’où certains d’entre nous ne sont pas revenus. Je m’y attarde souvent, les yeux embués de larmes, m’attardant sur le nom de "LARUE" revivant ce 30 août où nous avons côtoyé l’horreur et la mort. Un jour, de jeunes enfants jouaient avec l’eau, sans méchanceté, avec l’insouciance de leur âge. Je les ai interpellés, gentiment, sans agressivité. J’ai pris le temps de leur expliquer. Ils ont écouté avec gravité et nul doute que, pour eux, ce lieu de Mémoire ne pourrait plus jamais constituer un terrain de jeux. J’entends encore leur très émouvant : "merci Monsieur…"

Bonus.

En Kabylie, j’ai un jour rencontré un fellah qui fauchait l’herbe. Sa position était mauvaise, sa faux mal réglée. J’ai fait ce qu’il fallait pour la faux et je lui ai montré la bonne position, celle qu’il devait adopter…d’où la photo !...

Jean OUVRIER et Jean-Marc BOCCARD pour "GENERATIONS COMBATTANTES" oct 2008

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Saouda
Saouda qui sera adoptée par un sous officier libérable

En complément au message de Claude du 28 mai 2009. L’enfant récupérée dans le djebel et que les parachutistes appelleront Saouda. Elle sera adoptée par un sous-officier libérable.

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9 Messages de forum

  • J’étais à Haoura. 24 mai 2009 18:18, par nassima

    Nassima J’habite pas loin de Houra. Je n’ai pas vécu la guerre, mais les récits que j’ai entendu de ceux qui l’ont vécue laissent perplexes quant aux crimes commis par les soldats. Je ne parle pas des combats, puisque les soldats français avaient leur mission et ceux de l’ALN avaient leur cause, mais plutôt de ce qu’ont vécu les populations civiles. Si les photos, émouvantes certes, relatent un aspect de la vie dans le camp de houra, elles occultent bien d’autres. La politique tracée en ces temps, entre autres ; la scolarisation des enfants, les soins médicaux, etc, avait pour objectif de « corriger » l’injustice dont était victime la population algérienne tout au long de l’occupation française. ce qui me reste notamment en tête quand mes ainés évoquent le camp militaire de houra, est le sort réservé par les soldats à un nouveau né dont le père avait rejoint les rangs de l’ALN et que les soldats français surnommaient alors "blond blond" ou "blanc blanc". sa jeune épouse avait mis au monde un petit garçon. Quelques jours après, elle a été incarcérée au camp de houra. Son bébé a été mis dans un panier qui a été suspendu à un crochet au mur. Quelques jours après, le bébé a été retrouvé asséché. Il y’a bien des récits choquants mais le sort réservé à ce nouveau né...

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    • J’étais à Haoura. 28 mai 2009 14:30, par Claude.

      Bonjour Nassima.

      Le contenu de votre message n’est pas sans m’étonner, car tous les militaires que j’ai connus fondaient devant les enfants. Je vois donc mal les militaires après avoir accueilli un bébé l’abandonner dans un panier accroché au mur. Je vous recommande au sujet de l’attitude des chasseurs avec les enfants abandonnés, la lecture du témoignage de Madame Thevenin. L’anecdote ne se passe pas très loin d’Haoura, dans un des villages situés à proximité de Sidi Aïch. Voir témoignage de Madame Ginette au sous-chapitre 208. Ouria.

      Vous pouvez recueillir la totalité du témoignage au format pdf.

      De vous à moi, si la guerre n’avait eu lieu qu’entre soldats, cela aurait été plus simple. Malheureusement, la guerre d’Algérie a été une guerre civile fratricide qui n’a épargné la population civile ni en Algérie, ni en France, car l’occupant français (pour utiliser votre expression) était occupé par les occupés.

      Demain, je vais assister à la sépulture d’une femme de bien extraordinaire pas très loin de chez moi en Haute-Savoie. Son gendre, un camarade qui a servi en unité opérationnelle en Algérie, vient de me raconter que dans les années 1957-1958, sa belle-mère avait recueilli chez elle, alors qu’elle avait en charge 6 jeunes enfants, et son frère, une jeune veuve sans ressources d’origine kabyle avec ses trois jeunes enfants. Le mari de celle-ci avait été égorgé par les membres du réseau local du FLN parce qu’il avait refusé de payer la contribution réclamée par le collecteur de fonds.

      La compagnie de mon camarade en opération dans la presqu’île de Collo à El Milia, a recueilli une enfant de 6 ou 7 ans abandonnée dans le djebel (Photo à votre disposition). Cette gamine a été par la suite adoptée par un sous-officier.

      C’est parce que j’ai bien connu cette période que je crois préférable d’évoquer ce qui peut nous rapprocher plutôt que ce qui peut nous diviser. Voir le conte. Amical bonjour autour de vous à Haoura. Bien cordialement.

      Claude.

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  • J’étais à Haoura. 8 septembre 2009 11:17, par Bessaha Ahmed

    Bonjour, je vous remercie pour ces pages d’histoire tres importantes pour nous generation d’apres independance. Au sujet de l’attaque du 3 Aout 1957, c’est au lieu dit TANIIMT a l’entree du village d’Ait Ferache, le lieu ou on a erige aujourd’hui une steel a la gloire de la reussite de l’attaque. Pour ce qui est du prisonnier, il y’a encore des veilles femmes ici a Takoucht qui s’en souviennent, puisque les Moudjahidines se sont retires apres l’embuscade au village Takoucht qui etait classe zone interdite.il y’a meme une veille qui m’a dit qu’elle lui a servi a manger la nuit avant qu’il soit enmener vers l’Akfadou. Je suis du village Takoucht, je vous remercierais infiniment si vous pouriez me communiquer des informations sur mon village pendant la guerre. Merci beaucoup pour ces memoires en or. bessahahmed@gmail.com

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  • J’étais à Haoura. 10 décembre 2010 16:46, par nassim

    bonjour à toutes et à tous lorsqu’on parle generalement de l’histoire de l’algrie et de la france, on se penche sur la periode 54/62, en ouliant que la france est entrée en Algerie de force depuis 1830. pourquoi faire ? en conquerant je suis sur. je vous entend parler des bonnes choses que certains français ont fait ux Algeriens, je le reconait, puisque ma mere me raconte sur un certain enseignant appelé par les eleves ’’le maitre’’, oui c vrai, il etait un tres bon instituteur. elle m’a parlé aussi d’un certain militaire qui avait une grande virue sur le visage, elle me ditt qu’il acetait des bonbons aux bambins, oui c tres humains,mais il faudra parler des intentions des officiels de la france. il ont demoli le pays durant un siecle, et lorsque le peuple s’est soulevé il ont essayé de redoré leur lason. non, ce n’est pas comme ça que l’histoire doit etre ecrite. il faut que chacun assume ses reponsabilités et ses erreures. que ce soit du coté francais ou du coté ALN/FLN. merci de me repondre

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    • J’étais à Haoura. 28 décembre 2010 20:12, par boualem

      bonjour a tous ; etant issu de la nouvelle generation et d une famille revolutionaire dont mon pere avait les armes a la main j usqu en 1962 ;....... moi je dirais a ce militaire francais de : plutot , nous parler des massacres tortures et viols qu a fais ce 27 eme bataillon a nos parents sans armes dans les villages ; il raconte comme s ils etaient venuent en humanitaires ; il ose meme dire que les fellagas ont saute sur eux comme des animaux ;il a oublie qu il etais colonisateur ; peut etre que mon defunt pere a fais partie de cette embuscade qu on vous a tendu ; moi j aurai fais pire au francais qu il soit para ou soldat de merde....... ; et je le ferai maintenant si la guerre est a refaire ; a entendre ce que nos parents nous racontaient de vous les francais pendant la guerre..

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      • J’étais à Haoura. 30 décembre 2010 17:42

        Bonjour Boualem

        Si vous aviez connu cette période, vous ne seriez pas aussi va-t-en-guerre et aussi anti-français. Les vrais combattants se respectent entre eux. Pour avoir connu et vécu cette période tragique, ils n’ont pas des positions aussi tranchées.

        En effet, qu’on le veuille ou non à l’époque, on ne parlait pas de colonie pour l’Algérie. Votre pays était alors considéré comme la France. Une France sans doute critiquable puisqu’elle fonctionnait à deux vitesses et avait oublié de s’occuper d’une partie de ses enfants, ce qui explique l’incompréhension et finalement la rupture dans des conditions très dramatiques et passionnelles. Cette rupture a été une guerre civile franco-française.

        Les partisans de l’indépendance pour la plupart n’étaient pas anti-français et se faisaient même la guerre entre FLN et MNA.

        Il y avait même les partisans d’une solution avec la France qui combattaient dans les rangs de l’armée française ou à côté d’elle comme les harkis.

        Il y avait même les partisans fanatiques d’une Algérie Française qui avec l’OAS ont combattu l’armée française et les Musulmans.

        Une fois l’indépendance obtenue, dès l’été 1962, les combattants de l’ALN de l’intérieur ont même été éliminés en grande partie par ceux de l’extérieur : l’armée des frontières dirigée par le colonel Houari Boumediene, a fait alors un véritable coup d’État contre les civils du GPRA et a pris le pouvoir après avoir éliminé - au prix de combats meurtriers - les opposants des dernières unités du FLN des willayas III et IV »

        Au fait pouvez vous m’expliquer pourquoi, une fois l’indépendance obtenue, des dizaines de milliers (plus de 59 906 Arabo-berbères) sans compter les harkis, dès le 4 juillet 1962, choisissent la nationalité française et pourquoi, chaque année depuis les demandes iront croissantes ?

        En 2010, nous ne sommes plus en guerre. Dialoguons sans haine. La paix et l’estime de l’autre sont l’affaire de tous.

        En toute amitié, bonne et heureuse année 2011.

        Claude

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        • J’étais à Haoura. 4 août 2011 23:11, par farid

          bonjour monsieur claude mon cousin brahim Azouani une fois blessé a coté du village ait ferrach par un obus,il a était emmener au camp du houra par des militaires français et depuis aucune nouvelle a ce jour et son fils n’arrête pas de chercher son corps ou trouver sa tombe .je ne sais pas si vous pouvez m’orienter ou me donner des informations en tout les cas merci pour le travail de mémoire que vous faites

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      • J’étais à Haoura. 5 août 2011 18:23, par Serge Martin

        Bonjour Claude, Bonjour Mr Boualem. J’étais en Kabylie , dans les années 57/58, j’étais voltigeur ; surtout n’oublions pas le contexte de cette époque, cétait une situation de guerre.

        Je suis allé a Mahaga, ensuite a Iguerssafen, etj’ai terminé a Aît-Aîcha ;je cotoyais des Kabyles de ces villages, et il y avait également avec nous des FSNA, et nos rapports étaient très bon avec tous .

        J’avais 20 ans,je venais d’une région de France, la Champagne pouilleuse, ou mes parents étaient agriculteurs, et pour moi l’Algérie était un département Français. J’étais l’ainé d’une famille de 5 enfants, et j’avais 3 de mes soeures qui avaient mions de 10 ans, et quand on est arrivés a Aït-Aïcha, le 17 mars 1957, devant le poste il y avait un batimenr en tôles ondulées, d’ou on entendait les petits Kabyles chanter "a la claire fontaine", et notre émotion était grande.

        La France avait réalisé en Algérie, beaucoup de choses pour son développement, même si les habitants avaient été un peu oubliés ; je dirais également qu’il n’y a pas de rapports entre l’ocupation de la France par L’allemagne 40/45, et la colonisation de l’Algérie, qui a ctte époque n’était pas encore une nation . Voila ce que je voulais dire.

        Mais vous Mr Boualem, vous ête encore jeune, vous n’avez pas connu cette période, et vous voulez mieux la connaitre. Je pense que vous ête Kabyle, mais qu’avez vous fait pour cette Kabylie que vous semblez aimé.

        La connaissance du passé sans haine, devrait servir a construire l’avenir, pas la vengance

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        • J’étais à Haoura. 10 avril 2012 13:13, par said

          Bonjour à tous ; Permettez moi d’abord de rendre homage à Mr Claude (il y en a eu certainnement d’autres aussi) pour son humanisme vis à vis des pauvres paysans de bouzeguene . Quand à Mr Martin,je lui dirai simplement qu’il ne faut pas trop condamner Boualem.Il faudrait au contaraire le comprendre ,car en écoutant nos parents nous raconter leurs souffrances endurées durant ces années térribles,croyez moi monsieur,que même les sages des sages prendraient les militaires français pour des créatures d’un autre age.Comment expliquer en effet tout l’acharnement de ces militaires devant des civils inoffensifs,sans armes et la plus part du temps affaiblis par la faim et les maladies. Vous dites que la France a beaucoup fait pour le développement du pays ,eh bien j’aimerai bien pouvoir vous croire,mais hélas la réalité est toute autre. Vous n’étes pas sans ignorer que les habitants de cette région (comme ceux de toute la kabylie et d’ailleurs) étaient asservis,appauvris et frappés d’interdiction de s’approvisionner ,même en denrée alimentaires les plus indispensables (semoule,lait,etc).Alors dites moi de quel developpement s’agissait il. Il y ’a des villages,à l’instar de celui où je suis né,en l’occurence AIT SALAH,où même les bétes n’ont pu échappé à la violence de l’armée francaise.Ma mère me racontait,alors que j’étais encore enfant,que les soldats français,dans leur stratégie d’affamer et les civils et les moudjahines biensur,s’en sont pris à tous les animaux du village qu’ils ont "éxterminés" un jour .Ma mère me disait alors ,que plus de deux cents cinquante bétes ont été soit abbatues soit emmenées dans les camps militaires qui ont servis de "méchouis" lors de leurs soirées féstives et bien arrosées .Que dire alors des pauvres chiens,ils étaient les énenemis jurés des soldats qu’ils trahissaient à chacune de leur intrusion dans les villages en les accueillant par des aboiements.Un jour en discutant avec un vieux du village d’AIT SALAH,à propos des douloureux souvenirs de la guerre,la sale guerre que les soldats francais ont fait aux populations civiles sans défense ,ce vieux ,me disait en guise de conclusion:mon fils tu sais durant cette période même les aniamux,voire les pierres ont fait la révolution .Je vous laisse méditer cette réfléxion. Si les animaux pouvaient parler,si les pierres et les arbres du majestueux AKFADOU pouvaient témoigner de tout ce qui s’est passé ,eh bien je me demande ce que les soldats d’alors feraient aujourd’hui. Il est vrai qu’il y avait des soldats enrollés presque de force et qui ne faisaient pas de cette guerre leur cause .Il yen a même qui l’ont désapprouvé, d’autres,plus encore, qui ont rejoint les rangs du FLN/ALN,mais hélas ,ils représentaient pas grand chose en fait ou plutot ,je dirai,présque rien.Ceci ne m’empeche pas de leur rendre hommage et de saluer leur courage. La guerre est finie ,l’indépendance arrachée ,voilà maintenant,depuis un demi siecle ,grace aux sacrifices de nos glorieux martyres ,il faut certes tourner la page mais sans toutefois la déchirer. S.SAID,Un fils de chahid tombé au champ d’honneur durant l’opération "jumelles"en 1959.

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