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La promotion sociale en Algérie 1958-1962

lundi 28 juin 2010, par Roger Benmebarek, Préfet Honoraire


La promotion sociale en Algérie (1958 – 1962) par Roger Benmebarek, Préfet honoraire

La « promotion sociale en Algérie », est un sujet plus important qu’il ne paraît. On doit se demander s’il n’était pas le fond du problème algérien du temps de la présence française sur ce territoire. Il mérite de faire l’objet des travaux de chercheurs, que j’encouragerais à ne se laisser impressionner ni par son ampleur, ni par le fait que le social est moins excitant que le politique. Je crois même qu’il faut commencer par-là pour la compréhension de ce qui s’est passé en Algérie.

J’interviens ici en témoin privilégié de cette politique, menée entre 1958 et 1962 par Michel Debré. J’y associe en premier, Nafissa Sid Cara, ( voir ci-dessous) dont je fus le chef de cabinet et qui, Secrétaire d’état auprès du Premier Ministre, était spécialement en charge des « affaires sociales musulmanes ». Je précise qu’avec le terme « musulmanes », sa mission n’avait aucune spécificité confessionnelle, mais faisait référence au statut personnel de la quasitotalité de la population indigène d’Algérie. Que représentait donc la promotion sociale en Algérie ?

Je retiens une définition générale : la promotion sociale, c’est l’action qui favorise l’accès d’individus ou d’un groupe d’individus à une condition plus élevée, avec leur concours.

Sa finalité est multiple :

  • d’ordre moral, pour assurer le mieux être de personnes défavorisées.
  • de justice sociale, pour mettre à niveau les conditions de vie des plus faibles au regard des conditions de vie des plus favorisés.
  • d’ordre économique, pour assurer la cohérence d’un ensemble et sa viabilité. En Algérie, la promotion sociale conditionnait aussi l’accès à la citoyenneté politique puisque les différences de statut juridique et social fondaient les distinctions entre électeurs, comme en France et en Europe, où les droits civiques ne furent pas toujours acquis avec la naissance.

Il faut cependant remarquer qu’en Algérie, le besoin de promotion sociale est né avec la nécessité de restructuration de la société. En 1830, la société algérienne, après trois siècles de domination turque, n’avait d’ossature sociale, d’administration et de bourgeoisie urbaine que turques. Dey et beys disparus, les populations, sédentaires et nomades, réparties entre villages indépendants comme en pays kabyle, ou ailleurs, en tribus et sous l’autorité de grandes familles, restait un peuple essentiellement rural, morcelé et sans cadres intermédiaires.

Aussi, suppléer au manque de cadres a été la logique permanente de l’Etat français dans l’exercice de ses responsabilités en Algérie, dans tout domaine, plus spécialement et plus durablement, en zone rurale (cf. le régime des communes mixtes). L’administrateur de commune mixte (plus tard, appelé administrateur des services civils), tel que l’était mon père, depuis 1927, tel que moi-même je voulais être pour apporter ma part à mon pays natal, n’avait pas d’autre raison d’exister dans le bled algérien, à la suite des « Bureaux arabes ».

Un administrateur, multi compétent, n’avait que l’ambition de promouvoir sa commune mixte, parfois étendue comme un département métropolitain et ce, dans les conditions de vie très dures du « bled » et au prix de grands sacrifices pour lui-même et sa famille. Il y eut de très grands administrateurs de commune mixte, mais la limite des moyens matériels et financiers dans l’Algérie de l’époque, freinait généralement l’efficacité de leur dévouement.

Sans aligner des chiffres quantifiant les besoins, je me bornerai à préciser que pour une population de 10 millions d’habitants, le besoin de promotion sociale concernait globalement 4/5 d’entre eux, répartis sur un territoire grand comme 4 fois et demi la France, avec une densité de 4,5 h/ km2, (pour la métropole, cette densité était de106 h/km2).

Les historiens relèveront toujours les niveaux différents atteints par les communautés vivant en Algérie. Mais il leur faut ne jamais perdre de vue l’immensité et la diversité de la géographie physique, humaine et économique de l’Algérie et le fait qu’entre ses habitants, la distinction la plus réelle, s’établissait entre zones urbaines et zones rurales.

Les différences ne relevaient certes pas d’une volonté de pérenniser, comme je l’ai lu et entendu chez certains, une évolution à deux vitesses. Au contraire, de tous temps, la motivation de l’action publique en Algérie, a été clairement exprimée : effacer les différences de niveau entre les populations, donc assurer la promotion sociale. Les archives officielles comme les témoignages d’hommes de terrain en attestent. C’est une objectivité que je revendique pour la future Fondation pour la Mémoire de la guerre d’Algérie, lorsqu’elle verra le jour. Pour lire la suite ouvrir le document au format pdf.

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La Promotion sociale en Algérie (1958-1962)
La Promotion sociale en Algérie (1958-1962) par Roger Benmebarek, Préfet Honoraire

Voici huit ans, Nafissa SID CARA nous quittait.

De 1959 à 1962, elle fut Secrétaire d’Etat, chargée des affaires sociales musulmanes, auprès du Premier Ministre, Michel Debré. Femme estimée de ses pairs, aussi digne et respectée qu’elle fut discrète, appréciée de tous en Algérie comme en métropole, elle fit beaucoup pour que les populations musulmanes accèdent au meilleur de la promotion sociale inscrite dans le Plan de Constantine. Je reviendrai sur l’importance de son action en faveur de la femme algérienne.

En des moments difficiles pour les départements d’Algérie, jusqu’à l’heure de la douloureuse séparation, elle resta fidèle à ses engagements. Les lignes qui suivent sont extraites du remarquable ouvrage de Jeannine Verdes-Leroux, qui me sollicita pour les écrire en ma qualité d’ancien Chef de Cabinet de la Secrétaire d’Etat. Il est juste de lui rendre hommage dans ces Cahiers de la Mémoire.

Nafissa Sid Cara est née le 18 avril 1910 à Saint Arnaud, à l’est de Sétif, et morte à Paris le 1er janvier 2002. Elle a d’abord illustré l’école de la République. Dans les années 20, être une fille en milieu musulman, ne prédisposait pas à suivre les enseignements de l’école. Sur 36 678 élèves indigènes, on ne comptait que 3 331 filles. Fille d’un instituteur, son parcours fut éclairé par l’exemple paternel et disait-elle, aidé par une grand-mère en avance sur son temps.

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Nafissa SID CARA
De 1959 à 1962, Nafissa SID CARA fut Secrétaire d’Etat, chargée des affaires sociales musulmanes, auprès du Premier Ministre, Michel Debré.

Nafissa Sid Cara intégra l’Ecole normale d’instituteurs de Constantine, en précurseur. Elle fut de ces premières promotions de l’Enseignement des indigènes, corps spécifique bénéficiaire autant qu’acteur de la colonisation française. Nafissa Sid Cara rappelait que ce chemin fut difficile ; il lui fallut surmonter les préjugés de ses coreligionnaires. Ce chemin la mena jusqu’à l’enseignement du Français dans un cours complémentaire de la casbah d’Alger. Dès lors, on n’est pas étonné de la voir s’intéresser au mouvement de mai 1958. Outre le retour du général de Gaulle aux affaires, s’ouvrait une réelle espérance de promotion sociale pour les musulmans d’Algérie. Et c’était une immense espérance pour la femme algérienne. http://www.rogerbk.com/download/3_N...

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