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Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie, mardi 19 octobre 2010

lundi 25 octobre 2010, par Hubert Falco

Intervention de M. Hubert Falco Secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants Voir site du gouvernement http://www.defense.gouv.fr/sedac/pr...


Monsieur le Président, cher Claude Bébéar, Mesdames, Messieurs les Administrateurs,

J’ai l’honneur, aujourd’hui, de vous accueillir à l’Hôtel national des Invalides pour procéder à l’installation de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie.

Je le fais avec plaisir. Je le fais avec émotion. Je le fais avec gravité.

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Claude Bébéar, élu président de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, et Hubert Falco, ont inauguré la fondation dans le pavillon d’honneur des Invalides. © RF

Avec plaisir, tout d’abord. Parce que se concrétise aujourd’hui un projet né, il y a cinq ans, en 2005, dans une loi voulue par Jacques Chirac, qui était alors président de la République. Et en me nommant, il y a un peu plus d’un an, aux fonctions qui sont les miennes, Nicolas Sarkozy et François Fillon m’ont chargé d’assurer la continuité républicaine et de passer de la promesse aux actes, de l’idée à sa réalisation.

C’est ce que je me suis efforcé, ces derniers mois, de faire. Et je voudrais remercier toutes celles et ceux qui m’ont suivi pour qu’enfin la France soit dotée d’une telle fondation.

Je veux remercier mes collaborateurs, au cabinet comme dans l’administration du ministère, qui ne se sont épargné aucun effort pour faire avancer en un peu plus de douze mois un projet qui aurait pu, sans leur travail et leur engagement, rester longtemps en sommeil encore.

Je veux avant tout remercier les membres fondateurs de cette Fondation, à savoir trois grands acteurs du monde combattant qui ont permis que ce projet voit le jour.

  • L’Union des Blessés de la Face et de la Tête, plus connue sous le nom de « Gueules Cassées », dont l’action s’étend au soutien de tout le monde combattant.
  • La Fédération nationale André Maginot, qui est la plus ancienne et la plus importante fédération d’anciens combattants de France. Née en 1888, elle accueille plus de 250 associations de toutes les générations du feu, jusqu’aux OPEX, et atteint 360 000 membres.
  • Le Souvenir Français, qui n’est pas une association d’anciens combattants s’est structuré lui aussi en 1888. Depuis lors, il poursuit sa vocation essentielle qui est de conserver la mémoire de ceux qui sont morts pour la France, d’entretenir leurs tombes et monuments, partout en France. Et au-delà, de contribuer à la transmission de la mémoire.

Ces 3 associations ont en commun beaucoup. L’indépendance, l’apolitisme, le souci de travailler pour toutes les générations du feu et l’action déterminée constante en faveur de la transmission de la mémoire des conflits et des valeurs portées par ceux qui ont combattus et ont souffert.

Ces associations ont pu créer la Fondation parce qu’elles ont la volonté et la capacité pour aider à ce travail de mémoire essentiel sur la guerre d’Algérie et les combats d’Afrique du Nord.

La volonté, car, enracinées dans le temps, elles savent plus que tout autres que l’on ne cicatrise pas les plaies de l’Histoire par l’oubli, mais par un travail de mémoire et d’Histoire indépendant, exhaustif, rigoureux qui n’exclut personne et n’évacue aucune question. Et qui sait aussi s’inscrire dans le temps long de l’histoire pour éclairer les évènements particuliers.

La capacité, parce qu’elles ont des moyens financiers importants. C’est pour moi l’occasion de redire une vérité simple : une fondation n’est pas une simple association ou un club de réflexion. Si l’on créé une fondation, c’est pour rassembler des moyens au service de l’histoire et de la mémoire. Comme cela a été fait pour la Seconde Guerre mondiale avec les grandes fondations que vous connaissez : Fondation de la France Libre, Fondation de la Mémoire de la Déportation, Fondation de la Mémoire de la Shoa, etc.

Je voudrais chaleureusement remercier leurs présidents. Messieurs Chauchart du Mottay, Maurice Gambert et Gérard Delbauffe.

D’autres grandes associations ou fédérations partagent la même vision de ce travail de mémoire nécessaire, je pense en particulier à l’UNC, l’Union nationale des Combattants et à son président, Hugues Dalleau, mais ne dispose pas de moyens financiers pour alimenter la fondation. Cela ne retire rien au travail qu’ils font et qui demeurera essentiel. J’aurai le plaisir de lancer prochainement avec le président Dalleau un documentaire sur la Guerre d’Algérie.

Il en est de même des autres grandes associations, comme la FNPG-CATM ou la FNACA, qui mènent des actions de mémoire importantes.

La Fondation est un plus. Elle ne retire rien à personne. Et elle est ouverte. Ses statuts prévoient en effet la possibilité pour les « Amis » de la Fondation de la rejoindre moyennant deux conditions évidentes : un apport financier égale à la plus petite contribution des membres fondateurs, soit 500 000 €, et que cette entrée soit acceptée par les membres fondateurs et l’Etat.

Je veux remercier, enfin, Claude Bébéar, qui a accepté de mettre ses compétences, son expérience, son humanisme et le talent que nous lui connaissons au service de cette nouvelle Fondation de la mémoire. Je le félicite d’avoir été élu ce matin président de la Fondation.

Il est l’un de nos grands chefs d’entreprise français. Il est aussi un homme de réflexions, un homme d’éthique et de convictions : ses engagements pour le mécénat humanitaire, son action en faveur des jeunes entrepreneurs de banlieue sont connus de tous depuis longtemps déjà. Et je ne doute pas qu’il fera de la Fondation que nous installons aujourd’hui ce qu’elle est appelée à être : un lieu de connaissances, de mémoire et de dialogue.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

On lit beaucoup de choses dans la presse. J’ai lu récemment que la Fondation que nous créons aujourd’hui aurait je-ne-sais-quelle visée politique, que ses buts seraient de falsifier l’histoire de la guerre d’Algérie en imposant une vérité officielle, celle des nostalgiques de l’Algérie française...

Eh bien, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, le voilà le but véritable de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie : faire mentir ses actuels détracteurs et leur apporter la preuve, par votre travail et votre action, que la Fondation est un lieu ouvert, un lieu de rencontres et d’échanges, un lieu où l’on s’efforce de réconcilier les mémoires plutôt que de chercher à les affronter continuellement.

La Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie n’est pas le lieu d’une mémoire exclusive. Elle n’est pas le lieu d’une vérité unique.

Pourquoi ? Parce qu’il n’y a jamais de vérité unique. Ni dans la vie, ni dans l’histoire.

C’est l’échange des points de vue et la confrontation des idées qui nous permettent d’approcher la vérité. Les préjugés, les idées toutes faites et le repli sur soi nous en éloignent toujours.

C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie soit une Fondation indépendante, au même titre que les autres grandes Fondations françaises de la mémoire.

Mais là aussi je voudrais faire une mise au point par rapport à ce qu’écrivent certains commentateurs sans rien connaître au sujet. Quel est l’objet d’une fondation de mémoire, comme la Fondation de la mémoire de la Déportation, la Fondation de la mémoire de la Shoa, ou celle que nous créons aujourd’hui ? Ecrire l’Histoire, ou une histoire officielle qui ne dirait pas son nom ? Non. Ceux qui écrivent cela ne savent pas le travail d’une fondation.

Une Fondation de mémoire, c’est d’une maison commune pour les chercheurs, les historiens, les témoins, les enfants des témoins ; c’est un endroit où l’on commence par rassembler le matériau de la connaissance, les archives écrites et orales, un endroit où l’on prend du recul, où l’on organise des débats, des colloques, où l’on soutient des chercheurs par des bourses, des prix, où l’on organise des coopérations internationales, etc. C’est cela le travail d’une fondation. Elle le fait sous la responsabilité de son Conseil d’Administration, avec l’éclairage du Conseil scientifique dont elle se dote.

Sitôt que j’aurai quitté cette salle, il vous appartiendra de donner son cap à la Fondation, d’en fixer les grandes orientations et les lignes d’action. C’est à vous qu’il reviendra également de choisir les membres du Conseil scientifique. Vous nommerez les chercheurs qui vous sembleront le plus à même d’apporter leur pierre singulière à l’édifice de la mémoire.

Ils auront travaillé sur l’histoire des combats, sur les appelés, sur les harkis, sur les rapatriés, sur les combattants algériens, sur les accords d’Evian, sur le FLN, sur les conséquences du conflit en métropole ou pour les populations civiles des deux côtés de la Méditerranée.

Vous ne vous arrêterez, pour les choisir, ni à leurs idées ni à leurs thèses, ni même à leur nationalité. Ils seront français, anglais, américains, allemands et même, si vous le souhaitez, algériens.

Alors, pour ma part, je suivrai vos travaux avec beaucoup d’attention et d’intérêt. Mais je le ferai comme tous les Français. Parce qu’il est une chose que je veux garantir, parce que c’est la chose qui me semble la plus nécessaire à la crédibilité de la Fondation : votre indépendance.

Nombreux sont les Français – et nombreux sont les Algériens – qui attendent beaucoup du travail de réconciliation des mémoires que la Fondation mènera.

La guerre d’Algérie a durablement marqué la société française.

Elle fut la dernière de nos guerres où plusieurs classes de notre contingent furent mobilisées pour aller combattre.

Aujourd’hui, ces hommes qui ont servi dans le bled ou le djebel sont à l’âge où l’on revient sur sa propre vie. Les souvenirs reviennent. Parfois des souvenirs très douloureux. Et souvent face aux questions que ces hommes se posent, ils n’ont pas de réponses. La première réconciliation des mémoires, c’est celle-ci : réconcilier ces hommes qui ont servi sous nos couleurs avec leur propre passé.

La guerre d’Algérie a laissé des plaies ouvertes, que nous nous efforçons aujourd’hui encore de soigner. Le drame des Harkis, le drame des rapatriés d’Algérie font partie de notre mémoire nationale.

Ce conflit ne fut pas un conflit comme un autre. Il prit la forme la plus terrible de la guerre : celui de la guerre civile, où l’on vit s’opposer jusqu’en métropole des factions et des partis rivaux. C’est aussi cette mémoire-là que la Fondation aura à prendre en charge. Il ne s’agit pas de réhabiliter qui que ce soit, il ne s’agit pas même d’excuser ou de pardonner : il s’agit de comprendre et de regarder les choses avec lucidité.

Cette guerre, enfin, continue à être une pomme de discorde entre la France et l’Algérie. L’ordre du monde appelle nos deux peuples, riverains de la Méditerranée, à inventer un destin commun. Mais rien ne sera vraiment possible s’ils n’ont pas la volonté de regarder ensemble et conjointement cette page douloureuse de leur histoire commune.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

En installant aujourd’hui la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie, j’ai bien conscience de vous confier une lourde et grave tâche. Je voudrais vous remercier de l’avoir acceptée. Je sais que vous la mènerez à bien avec justice, indépendance et dans le souci de la vérité.


En complément lire

Propos recueillis par Philippe Cohen-Grillet 18/10/10 à 08h01 http://www.francesoir.fr/politique/...

Article de Antoine FOUCHET dans la Croix http://www.la-croix.com/La-Fondatio...

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