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Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 (1ere partie)

lundi 29 septembre 2008, par Jean Louis SAHUT

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Témoignage de jean Louis Sahut
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Claude Grandjacques a transmis ce témoignage à Bouzeguène où il a été publié.

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Les réactions n’ont pas tardé : " Jean Louis Sahut a laissé des souvenirs agréablement gravés à ses anciens élèves. Je peux citer quelques uns Saadi , Salem , Lounis , Hamid et bien d’autres. Depuis la publication de ses souvenirs ça n’arrete pas de parler de son passage à Bouzeguene ou à Azazga. Ses anciens élèves ne tarissent pas d’éloges sur sa personne et notamment sur sa manière de dispenser le savoir.....

Chérif.


Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973.

« Cher Monsieur Sahut.

Tous les anciens élèves d’ Haoura se joignent à moi pour vous présenter nos meilleurs vœux à l’occasion de la nouvelle année.

Signé S Mohand Larbi. »

Lettre reçue à mon domicile en janvier 2007

Bientôt un demi-siècle. Et les enfants d’Haoura devenus des hommes (voire des grands-parents, …) se souviennent encore de leur ancien maître. Quelle fidélité !...Quelle reconnaissance !...... Tout n’était donc pas si négatif !........

A Ouramdane, Akli, Damouche, Zahra et tous les autres, mes anciens élèves, que je garde dans mon coeur !.....

Ces pages souvenirs sont dédiées à mes anciens élèves. Je les ai rédigées avec d’autant plus de plaisir que je pense souvent à eux. De façon épisodique d’ailleurs, nous établissons le contact, façon d’évoquer ces pages de l’histoire vécues sous l’ombre protectrice de la Main de la Fatma en Grande Kabylie…

J’ai en effet commencé ma carrière comme jeune instituteur à Haoura à une époque difficile et trouble. J’ai accompagné ces jeunes sur le chemin les conduisant vers la vie adulte, avec pour seul souci celui de les former et de les aider à préparer leur avenir.


Chapitre I L’école d’Haoura (1958 -1962) les dernières années de la présence française.

En septembre 1958, alors âgé de 18 ans, et animé par le besoin profond d’apporter ma contribution à une cause qui en vaille la peine, je quitte mon Auvergne natale, le pays des volcans, pour rejoindre l’Algérie : je désire faire mieux aimer notre pays et défendre ce que je crois être l’Algérie française. En effet, de famille militaire du côté maternel, l’idée de la grandeur de la France imprègne mon enfance. Je désire tout naturellement la servir surtout depuis l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958.

Confronté aux dures réalités, je ne vais pas tarder à déchanter.

Je vais tout d’abord mettre plus de 5 jours pour rejoindre mon premier poste en Grande Kabylie !.... (deux jours à Alger, une journée à Tizi Ouzou, une nuit à Azazga). Parvenu non sans mal à Iffigha où il n’y a aucun convoi de prévu dans l’immédiat, je dois patienter 3 ou 4 jours avant la prochaine liaison pour Haoura !...Je loge à la S.A.S. commandée alors par le capitaine de Balanda. Heureusement, le chef de Bataillon commandant le 27ème BCA prévenu de mon arrivée, décide de me conduire à Haoura, base de la 1ère compagnie.

C’est donc en jeep, recouvert de poussière, dégoulinant de sueur, la valise à moitié déchirée que je débarque dans mon premier poste après une halte à Bouzeguene, le temps d’y rencontrer le chef de la S.A.S. d’alors pour signer mon P.V. d’installation. A cette époque, l’officier S.A.S. remplit les fonctions de maire : à ce titre, il est donc chargé d’installer les enseignants et d’aménager leurs écoles.

En chemin, le commandant qui doit déjà avoir de sérieux doute sur les chances de la France de se maintenir en Algérie, me déclare, sans grand enthousiasme me semble-il,

  • Vous êtes un pionnier, j’espère que vous ferez du bon travail. On a tellement besoin de gens comme vous ici, mais il est déjà bien tard…..

Cette phrase qui sonne comme un glas n’est pas faite pour me remonter le moral……

Avant l’arrivée de l’armée, il n’y avait pas d’école à Haoura où je suis accueilli par le capitaine S.. C’est un homme intelligent, ouvert, qui entretient de bonnes relations avec les responsables du village.

Plus tard, lors de ses contacts, il m’emmènera souvent avec lui. Il aime les rencontres, s’informer sur place, connaître les sentiments de la population, prendre la température, comme il aime à le répéter.

Je fais rapidement le tour de ma chambre. Mon mobilier est des plus sommaires : un lit, une table en bois à moitié bancale, une chaise métallique, un placard de rangement sans porte, les inévitables bougies remplacées plus tard par une lampe à gaz qui me permettra de nourrir mes soirées de lecture et de corriger les cahiers.

Dès le lendemain de mon arrivée, refusant l’escorte que, me propose l’adjudant de compagnie sur ordre du capitaine, je me présente seul à la population et me dirige sans perdre de temps vers le village situé en contrebas du poste. Lors de ce premier contact, je tiens en effet à montrer que je suis un civil et non un militaire. Cette différence, au moins au début ne sera jamais bien comprise ou admise par les habitants : ils sont un peu méfiants ou soupçonneux à l’égard de ce qui représente la France, d’autant que parmi les militaires dont je fais vite connaissance, les chasseurs Jean Pierre Chateaudon, Daniel Pajot, Gérard Braillon et Pierre Bufflier…..assurent eux aussi la scolarisation des enfants des villages.

Nous nous répartissons sans difficulté les différents niveaux et le fonctionnement de cette école qui compte déjà 5 classes. Je suis le seul civil et travaille en étroite collaboration avec eux : tous nous avons pour seule préoccupation l’intérêt des enfants.

Peu à peu, à travers les différents contacts noués avec la population kabyle, je découvre les divers aspects de l’immense problème qui se pose à la France en Algérie. J’observe les évènements qui se déroulent autour de moi. J’écoute ceux qui ont une connaissance approfondie du problème.

Cette guerre est bien autre chose qu’une affaire de soldats. Il s’agit, dans toute sa violence, d’une opposition brutale et sanglante entre deux conceptions, deux civilisations, deux cultures…

Après le 13 mai, j’ai cru de bonne foi que la France pouvait une fois de plus surmonter l’épreuve. Quelques mois plus tard, lors de mon arrivée, envers et contre tout, mon espoir est encore intact. Les contacts quotidiens avec les enfants et la population me troubleront et me conduiront peu à peu à douter. Au fur et à mesure de l’écoulement du temps, je serai de plus en plus persuadé que désormais rien ne pourra être réglé par la force des armes.

Le commandant de compagnie, peu après mon arrivée, me présente au chear Saibi Hocine Ben Mohand chez qui nous allons de temps en temps prendre le kaoua. Il tient, si mes souvenirs sont exacts, une petite épicerie où les enfants et moi-même par la suite, allons nous approvisionner en bonbons et sucrerie. Il est également responsable de l’enseignement en langue arabe. De famille maraboutique, il lit et étudie le coran et il l’enseigne aux enfants du village.

Je rencontre volontiers de temps en temps, une autre figure, Challal Ali. Il préside l’association des anciens combattants du village. Amputé de la jambe droite, il se déplace avec difficulté mais nous rend visite régulièrement et participe à toutes les manifestations patriotiques. A force de le côtoyer, je me rends compte que ses sentiments à lui aussi, penchent plutôt du côté des moudjahiddins.

Mes fonctions de directeur m’amènent à côtoyer la population. Lors de ces différents contacts avec les parents ou avec les jeunes qui ne fréquentent pas l’école, je suis étonné par la place prépondérante faite à la religion et au régionalisme, par cette référence constante à Allah et à l’Islam.

Lors des discussions concernant le présent ou l’avenir du pays, ou touchant la scolarité des enfants, surtout celle des filles, invariablement revient au milieu de la conversation la réponse : « Bah, on est musulman, on est kabyle….. ». Jamais je n’entends « On est français… » ou « On souhaite que la France reste en Algérie… ».

Toutefois, début 1959, je ne sens pas encore une adhésion totale à la patrie algérienne. Cette notion n’apparaîtra, me semble-t-il, qu’au début des années 1960-1961.

D’ailleurs Mohammed Harbi qui durant la guerre occupa plusieurs fonctions au sein du F.L.N. avant de devenir conseiller de Ben Bella, n’écrit-il pas dans un ouvrage : « L’Islam jouait un grand rôle dans la motivation des Musulmans. Nos propagandistes n’étaient pas écoutés quand ils faisaient référence au nationalisme algérien. Mais quand ils évoquaient le soulèvement de l’Islam, les anciens répondaient :

  • Voilà cent ans que nous attendons cela ! »

Au fur et à mesure de nos rencontres, je finis par sentir que dans cette société, la collectivité l’emporte sur l’individu et que l’idée même de la séparation de la religion et de l’état, en somme du politique et du religieux, me semble pratiquement impossible.

Dans presque toutes les discussions que j’entame, il y a à un moment ou à un autre une référence au Coran. La notion de laïcité est inconnue. C’est donc pour moi une véritable découverte, voire, disons le simplement, un choc.

Je comprends alors très vite que l’Algérie française à laquelle je crois de toutes mes forces, n’a en réalité jamais existé et n’a pas d’avenir sauf dans l’esprit de certains.

Quatre années scolaires vont ainsi se dérouler, rythmées par les contacts avec les parents, le bruit des GMC, quelques rares convois occasionnels sur Azazga ou Tizi Ouzou, le rire, le sourire et la gouaille des enfants, la camaraderie avec les chasseurs, la correction des devoirs, la préparation des cours…

Je poursuis sans relâche l’éducation sanitaire commencée dès le 1er jour. Je contrôle quotidiennement la propreté des mains. De temps en temps je vérifie l’état de cheveux.

La rigueur du climat en hiver, l’inconfort des installations et souvent la sous alimentation n’empêchent pas la plupart de mes élèves de progresser. La fréquentation des cours est très satisfaisante, la scolarité surtout celle des filles, entre peu à peu dans les moeurs. (Il convient cependant de ne pas relâcher sa vigilance).

Les progrès sont constants. Chez les petits, certains lisent déjà convenablement et je songe rapidement à leur procurer des livres de lecture car depuis le début, j’en suis réduit à écrire des textes au tableau.

Après plusieurs demandes auprès de la SAS, je reçois une centaine d’exemplaires de l’ouvrage Ali et Fatima alors en usage dans les écoles d’Algérie ainsi qu’une série de livres de calcul destinés aux élèves du CM1, CM2 dont le mécanisme et le sens des 4 opérations sont maintenant bien assimilés.

J’essaie de donner à mes élèves les plus âgés (certains ont 4 ans de retard et pour cause…) la notion de distance. Difficile !... car la plupart n’ont jamais quitté Haoura, quelques-uns connaissent Bouzeguene, aucun ne s’est rendu à Azazga !....

On me questionne pour évaluer le temps mis pour aller d’un point à un autre. Il faut leur expliquer ce qui sépare l’Algérie et la France. Je leur parle simplement d’un long trajet qui implique plusieurs moyens de transports. Mais qu’est-ce que cela évoque pour eux quand on mesure les limites de l’espace dans lequel ils évoluent. J’essaie de leur montrer la distance Paris-Clermont Ferrand sur une carte de France que j’ai récupérée dans le bureau du lieutenant V...

Le 1er juillet 1960, je suis intronisé chasseur d’honneur de la 1ère compagnie du 27e BCA. La soirée a été tellement arrosée que je n’arrive pas à retrouver la chambre !.....

En août 1960, pour la première fois, nos meilleurs élèves ont l’honneur de pouvoir partir en colonie de vacances à Mellan dans les Alpes de Haute Provence et par la même occasion de découvrir la France….Ils en garderont un excellent souvenir.

A mon retour, une surprise m’attend. Le capitaine S… est remplacé par le capitaine T…. L’ambiance va changer, nos rapports seront différents. La scolarisation progresse toujours.

Aujourd’hui, avec le recul du temps, force est de constater que les progrès réalisés sont loin d’être négligeables, témoin cet énoncé retrouvé dans le cahier de Mesbahi Akli ben Mohand et daté du 27 janvier 1962 : « Un terrain rectangulaire a 360 mètres de périmètre, sa largeur est le tiers de sa longueur 1) quelles sont ses dimensions ? 2) on l’a acheté 130 frs l’are. Quelle est sa valeur ? »

Et plus loin, ce vendredi 2 février 1962, la dernière dictée découverte dans le cahier d’Achoui Mohand Ben Lounis : « Un travail d’artiste. Souvent ma soeur Baya m’emmenait chez mes deux tantes que je nommais Khalti et Nana. J’avais alors deux ou trois ans. Ma mère n’avait guère le temps de me distraire. Mais je ne m’ennuyais jamais avec mes tantes. J’adorais rester auprès d’elles et je pouvais les observer pendant des heures. Elles travaillaient l’argile et la laine. La courette était toujours encombrée de poteries. Voici, à l’angle, près du portail, un gros tas de bois qui servira à la cuisson. » Mouloud Feraoun.

Les années passent. Voilà bientôt quatre ans que je suis à Haoura. Les événements orientent différemment le cours de l’histoire. Le 22 avril 1961, éclate à Alger un putsch. L’incertitude durera trois jours, avant son effondrement le 25 avril.

Juin 1961 arrive, l’année scolaire va prendre fin mais déjà de nouveaux bouleversements s’annoncent. Le capitaine T.. me confie qu’il a peu de chances de me revoir, car sa compagnie va être relevée durant les vacances.

En effet à mon retour, le lundi 25 septembre 1961, le GMS 64 commandé par le capitaine M… remplace la 1ère Cie du 27e BCA.

Cette fois l’atmosphère est bien différente : les contacts ne sont plus aussi chaleureux. Les officiers et sous officiers semblent lointains, pressés d’en finir et ne s’intéressent guère à l’école que je continue à diriger et où je suis seul. Mais pour combien de temps encore ? Je comprends maintenant que quoiqu’il arrive mon séjour à Haoura touche à sa fin.

Néanmoins les élèves continuent à fréquenter assidûment l’école et me demandent même du travail à la maison. Aussi je redouble d’efforts pour leur apporter le maximum de connaissances.

Je deviens de plus en plus exigeant, peut-être trop, mais j’aimerais tant les présenter à l’examen d’entrée en 6ème fixé au jeudi 7 juin 1962…..Ce serait alors une véritable révolution dans le village. Pour la première fois des enfants pourraient être admis en qualité d’internes au collège d’Azazga et poursuivre ainsi une partie de leurs études.

Malheureusement, une fois de plus les événements ne m’en laisseront pas la possibilité, car la situation ne cesse de se dégrader….Le lundi 5 février 1962, vers 17 heures, l’opérateur radio me transmet un T.O. (télégramme officiel) de l’Inspection académique. Je dois rejoindre le plus rapidement possible une nouvelle affectation ….. Yakouren !…

Je me précipite dans le bureau du capitaine qui m’annonce :

  • Cette fois-ci c’est fini, nous évacuons le poste demain, ordre du commandement général….Il faut vous préparer rapidement car vous ne pouvez rester seul ici.

Je reste un instant désemparé, tout semble s’écrouler autour de moi. J’ai envie de pleurer. Jamais je n’ai imaginé un départ aussi proche et aussi brusque. J’ai un moment de découragement :

  • à quoi bon cette école où je me suis engagé de toute mon âme, de toutes mes forces ?…..

Sans perdre un instant, je me dirige vers l’école où je rassemble toutes les archives et mes affaires personnelles. Je demande alors à des enfants qui semblent m’attendre de prévenir leurs camarades :

  • Demain il n’y aura plus classe !...

Moins d’un quart d’heure après, ils sont presque tous là. Je leur fais savoir :

  • Les militaires vont quitter le poste. Je suis obligé de les suivre. Je ne peux pas rester seul ici. »

Les enfants veulent me retenir, quelques uns sont tristes à l’idée d’apprendre que l’école ne fonctionnera plus, d’autres se réjouissent ouvertement du départ des soldats. Il faut les comprendre : ils viennent de vivre des années difficiles et certains membres de leurs familles ont peut-être disparu au cours des combats fratricides. Quelques uns ont presque les larmes aux yeux : les études représentent pour eux l’avenir, la liberté, une façon d’échapper à l’emprise familiale.

Pour les rassurer je leur signale :

  • L’école reprendra bientôt dès que les événements seront terminés.

En attendant je leur conseille simplement :

  • Continuez à travailler avec les livres que je vous ai distribués, puis je ferme une dernière fois la petite école désormais silencieuse.

Je ne veux pas m’attarder plus longtemps : je n’aime pas les effusions car je ne suis pas un sentimental.

Je leur annonce :

  • je vais rejoindre mon nouveau poste et reviendrai vous voir si la situation s’améliore….

Après les avoir salués une dernière fois, je regagne le poste car il commence à faire nuit. Arrivé au mur de l’enceinte, je me retourne, les enfants sont toujours là silencieux.

Je leur adresse un petit signe amical de la main. Ils me répondent gentiment.

Ce 5 février 1962, la page française d’Haoura vient d’être définitivement tournée. Voir les photos de l’Ecole d’Haoura : http://www.miages-djebels.org/spip....


Chapitre II L’école de Bouzeguene, le 1er semestre 1962. La transition ou la fin d’une époque.

Je rejoins mon poste à Yakouren pour n’y rester que quelques jours. En effet, la SAS, où je loge depuis mon arrivée, doit se replier sur Azazga. C’est alors une période de troubles et d’incertitudes, où les ordres et les contre-ordres ne cessent de se croiser. Je contacte immédiatement l’Inspecteur d’Académie à Tizi Ouzou pour une nouvelle affectation. Le 16 février, il m’affecte « provisoirement » à l’école Igounane-Ameur.

Entre temps, au cours d’un déplacement à Azazga, j’apprends par des militaires que la SAS de Bouzeguene doit rester en place quelque temps encore. Son repli n’est pas envisagé dans l’immédiat. J’en reçois confirmation.

Je demande donc à rejoindre l’école de Bouzeguene que je connais. Accord rapide des services de l’Inspection Académique, car aucun enseignant n’y est affecté.

Mon retour à Bouzeguene s’effectue le 20 février 1962. Contact avec le Chef de SAS. Formalités d’usage avec procès-verbal d’installation et découverte de mon logement situé en bordure de route. Briefing concernant les différentes consignes à respecter durant cette période inédite.

Nous visitons tous deux l’école où semble régner un grand désordre : impression d’ensemble guère réjouissante. Le matériel est plutôt sommaire. De nombreuses tables sont plus ou moins détériorées. L’établissement, manifestement laissé sans surveillance, a été plus ou moins cambriolé. Ce jour-là je ne verrai pratiquement aucun élève.

Dès le lendemain, je prends possession de mon nouveau domaine. En essayant de remettre un peu d’ordre, je découvre quelques archives laissées par mes deux prédécesseurs Messieurs Régis Cardon et Jean-Pierre Canhape que j’avais croisés lors de mes déplacements antérieurs.

Au cours des jours suivants, insensiblement l’école commence à reprendre vie. La fréquentation néanmoins est très irrégulière. Peu d’élèves sont présents. Le contact avec la population est pratiquement inexistant : on devine qu’il se prépare des bouleversements. Nous sommes début mars.

Sur consignes du responsable de SAS, je ne m’éloigne guère du camp : d’ailleurs, je n’ai que quelques mètres à parcourir pour rejoindre l’école.

La semaine précédant le cessez-le-feu est très perturbée. Je ne fais pratiquement plus classe. Aucun élève ne se présente aux abords de l’établissement.

Le 19 mars 1962, nous vivons une journée mémorable. Je ne quitte pas le poste, car la situation est délétère. Vers 10 heures, pressentant des mouvements de foule, nous nous installons dans le mirador situé derrière la villa du lieutenant.

Quelle surprise, mais aussi quel choc de découvrir cette forêt de drapeaux verts et blancs montant en flots continus des villages, accompagnés par les youyous stridents et incessants qui ne s’interrompront qu’à la tombée de la nuit.

Afin d’éviter tout drame, le Chef de SAS a pris la précaution de faire renforcer la garde. Heureusement, grâce à la vigilance de tous, il n’y aura, ce jour-là, ni incident, ni provocation.

Dans la semaine qui suit, Paul Fohr alors Inspecteur d’Académie adresse aux différents établissements scolaires placés sous son autorité une circulaire sous N° PF 3162/IA dans laquelle il croit utile de préciser : « certains flottements fâcheux s’étant produits durant les journées des 16 et 17 mars, j’ai l’honneur de vous rappeler quelques principes que l’émotion a parfois fait perdre de vue. En aucun cas, un établissement ne doit être fermé, même pour des raisons de sécurité, sans décision du Préfet du département. Dans la pratique, il vous appartient de m’informer d’urgence d’une situation donnée et d’attendre que je vous notifie la décision prise. Si les liaisons téléphoniques ou télégraphiques sont impossibles, vous pouvez, en accord avec les autorités locales, fermer votre école, à charge pour vous de m’en informer dans les meilleurs délais. » Ce que je ferai dès réception de la circulaire.

Il semble bien que les jours suivants des contacts commencent à s’établir avec des responsables de la willaya III et notamment avec les fils du Colonel Mohand Ou El Hadj qui, justement, est originaire de Bouzeguene.

Après toutes ces perturbations, la vie semble reprendre son cours habituel…..

Occupé par mes fonctions, je n’ai pratiquement pas de contact avec les moghaznis ; je ne les rencontre d’ailleurs que rarement. Lors des repas, j’apprends qu’ils sont inquiets sur leur sort et sur leur avenir. Certains veulent rentrer chez eux, d’autres envisagent tout simplement de partir en France ou de s’engager dans l’armée.

C’est alors que disparaît avec son arme (avant ou après le 19 mars ?) le chauffeur du Lieutenant commandant la SAS. Il est d’origine kabyle. Curieux destin en vérité ! …Bien des années plus tard, lorsque j’exercerai mes fonctions en région parisienne, j’aurai, un beau jour, la surprise de le croiser à nouveau : il conduisait une rame de métro à Paris !...Nous nous reverrons d’ailleurs trois ou quatre fois par la suite. Je connaissais moi-même des membres de sa famille en région parisienne.

Constatant que le nombre d’enfants scolarisés est toujours assez réduit, sur conseil du Lieutenant commandant la SAS, je finis par rencontrer le « responsable » du village. Il est aussi, parait-il, vice-président de la Délégation spéciale de la commune de Bouzeguene : Monsieur Amroun Tahar ben Rabah.

De petite taille, de grands yeux noirs, le regard très vif, souvent coiffé d’une chéchia rouge ou d’un chapeau de paille selon les saisons, il s’exprime en français avec une aisance naturelle. Il est particulièrement attentif à tout ce que je lui dis et tout à fait conscient de la situation. Il promet, dans la mesure de ses moyens, d’y remédier dans les meilleurs délais.

Dès les jours suivants, je constate une légère augmentation du nombre d’élèves fréquentant l’école. Le contexte cependant est source de bien des interrogations : la situation ne fait qu’empirer à Alger. Les attentats de l’OAS se multiplient. Y répondent ceux non moins meurtriers du FLN.

Je me consacre malgré tout à la tâche avec toute mon énergie tout en m’interrogeant : que restera-t-il de tous ces efforts dans quelques semaines ? Serai-je encore à mon poste à la prochaine rentrée ? Que de questions demeurées sans réponses ne me suis-je pas posé alors ?

Un matin de fin avril, arrive dans la cour de l’école Amroun Tahar. Il est accompagné de deux personnes que je ne connais pas. Il me présente le premier : le Colonel Mohand Ou El Had, responsable de la Willaya III, successeur du célèbre Amirouche.

Celui-ci m’interroge sur l’assiduité des élèves et me précise :
- « Il ne faut pas trop pénaliser les enfants, nous traversons, pour quelque temps encore, une période incertaine. Tout rentrera dans l’ordre après l’indépendance du pays ». Et d’ajouter :
- « Vous faites du bon travail. Continuez à servir l’Algérie et revenez pour la prochaine rentrée scolaire ».
- « Je n’ai pris aucune décision. J’attends les dispositions qui seront prises par le gouvernement français pour me décider pendant les vacances ».

Ce sera mon unique contact avec le colonel Mohand Ou El Hadj. En décembre 1972, j’apprendrai sa disparition alors que j’enseignais au collège d’Azazga. Il sera inhumé à Bouzeguene son village natal.

Quant à la seconde personne qui accompagnait Amroun Tahar, j’appris plus tard, qu’il s’agissait d’ Habbas Arezki, beau-frère de Mohand Ou El Hadj. Un homme très sympathique, toujours aimable et souriant qui parle beaucoup par gestes.

Nous deviendrons amis. À chacun de mes différents passages à Marseille, je lui rendrai visite dans son bar près de la gare St Charles, si mes souvenirs sont exacts. Il me fournira mon premier poste radio portatif, un « Sharp », alors introuvable sur le marché. Je le conserverai d’ailleurs durant tout mon séjour en Algérie. Il me suivra en France.

Les jours passent…Je sens, comme tout le monde, que désormais l’échéance inéluctable se rapproche : nous arrivons déjà en mai : le référendum portant sur l’autodétermination a été fixé au 1er juillet 1962.

Désormais mes contacts avec la population deviennent plus fréquents et je perçois maintenant au travers des nombreuses discussions, cette fierté, peut -être même cette joie, de devenir enfin algérien (sans oublier de demeurer un bon musulman).

C’est bien aussi ce qu’avait découvert, trente ans plus tôt, Germaine Tillion, la fondatrice des centres sociaux créés en octobre 1955. « En 1934, lorsque je connus les campagnes d’Algérie, aucun paysan ne s’y disait encore algérien mais tous se disaient et se sentaient musulmans ; l’Islam seul était ressenti comme une identité, une nationalité », écrivait-elle dans « l’Algérie bascule vers l’avenir ».

Peu à peu, je fais plus ample connaissance avec le personnel civil de la SAS. Je rencontre fréquemment René Porte et sa charmante épouse créole ainsi que la famille Leclerc. Ces derniers, s’installeront durant quelques années à Wattrelos, dans le Nord, avant de choisir la région d’Aubagne plus ensoleillée. Nous correspondrons durant un certain temps.

Quant à René Porte, (décidemment le hasard se trouve constamment sur mon chemin), j’aurai, à plusieurs reprises, le plaisir de le surprendre en train de « couper »les tickets à l’entrée des cinémas de Clermont-Ferrand ! Il se retirera en Auvergne dans la région du Livradois.

J’entre également en contact avec Monsieur Perret. Il vient de la SAS de Tabouda, qui s’est repliée sur Bouzeguene, lors du cessez-le-feu, semble-t-il.

Il possède une magnifique Citroën noire. Il s’agit d’une « traction-avant 11 cv » qu’il me fait essayer à plusieurs reprises. Je l’aurais volontiers achetée. Heureusement, je ne succombe pas à la tentation ! Mes moyens financiers sont limités et à quelques semaines du référendum, la situation du pays est de plus en plus explosive.

Je noue également des relations avec une autre personne que je retrouverai après l’indépendance : R L. Sa famille est originaire des Beni-Ziki, si mes souvenirs sont exacts. Il occupe les fonctions de « secrétaire interprète » à la SAS.

J’admire et envie la calligraphie remarquable de sa très belle écriture. C’est un homme très calme, posé, assez peu disert mais qui parle parfaitement français. Il me conte parfois ses malheurs et s’interroge sur son avenir et surtout sur celui de ses proches.

Je fais aussi la connaissance d’un jeune Kabyle Boukais Idir. Il a fui Alger à cause des nombreux attentats qui se succèdent presque sans discontinuer depuis le 19 mars. Il est provisoirement hébergé par des parents. Nous correspondrons durant l’été 62. Je ne le reverrai pas à mon retour en octobre car il a regagné la capitale.

Mai va bientôt s’achever. La nervosité gagne les esprits. On sent maintenant une certaine effervescence au camp. Il faut préparer l’évacuation des lieux et détruire tout ce qui n’est pas indispensable ou ne peut être embarqué.

C’est dans ce contexte qu’il m’est possible de choisir une ou plusieurs paires de « pataugas ». Faute de place dans ma valise, je n’aurai pas le plaisir de parcourir les montagnes auvergnates chaussé de « rangers » ! Je me rabats par contre, sur une « cachabia » (sorte de vêtement ample porté par les moghaznis et que l’on enfile par la tête). Je la possède toujours, pieusement conservée dans une malle au grenier.

Et juin se profile !...

Je ne suis pas d’un tempérament particulièrement inquiet, cependant, à mon tour je suis gagné par une certaine appréhension, en constatant l’exode des pieds-noirs.… De mon côté, à quel moment et dans quelles conditions vais-je bien pouvoir rejoindre la France. En principe, la sortie des classes est fixée au samedi 30 juin 1962 et le référendum sur l’autodétermination a lieu le lendemain, 1er juillet ?

Aussi, chaque matin, j’attends avec une certaine impatience la distribution du courrier : il se murmure qu’il y aurait des modifications…..Quand, début juin, me parvient une lettre de l’Inspection Académique de Grande Kabylie. Je n’en retiens qu’une seule ligne : « bénéficie d’un congé à dater du 21 juin 1962 ».

Fou de joie, je profite de la première liaison sur Tizi-Ouzou pour tenter de retenir, à l’agence Dana que je connais bien, une place d’avion à destination de Clermont-Ferrand, Vichy ou même Lyon. Le plus tôt possible et bien entendu avant la date fatidique du 1er juillet 1962 !….

Déception ! Tout est absolument complet. Je suis invité à repasser à l’agence en début d’après-midi. « Il risque d’y avoir du nouveau ». me dit-on.

En effet devant le départ de plus en plus massif des Européens, l’Italie vient de proposer son aide au Gouvernement français. C’est donc sur un vol de la compagnie Al Italia que j’embarque finalement, le mercredi 27 juin 1962 à destination non pas de Clermont-Ferrand mais de ….Bordeaux, seule ville où quelques places sont encore disponibles.


Chapitre III L’école de Bouzeguene (Septembre 1962 à juin 1966), les premières années de l’indépendance.

De Volvic où je passe les vacances chez mes parents, je suis de près les évènements qui se déroulent en Algérie.

Début juillet, le G.P.R.A. présidé par Ben Kheda s’installe à Alger. Cependant après une série de luttes internes entre les différents clans, Ben Kheda est destitué et la République Algérienne est finalement proclamée le 25 septembre 1962 avec Ahmed Ben Bella à sa tête.

Pendant ce temps, j’essaie de m’organiser pour mon retour. En effet, n’ayant pas demandé ma réintégration en France, je reçois un courrier de l’Inspection Académique m’enjoignant de rejoindre mon poste à la prochaine rentrée.

Comme la situation semble se normaliser en Algérie, j’écris donc à Amroun Tahar, président de la Délégation spéciale de la commune, pour l’informer de ma décision de continuer à servir en Grande Kabylie et à Bouzeguene notamment.

Il me répond presque aussitôt en se félicitant de ma coopération avec son pays.

Mais il me reste un problème majeur à régler : celui de mes déplacements en Algérie. En effet, jusqu’à l’indépendance, les routes n’étant pas sûres et la circulation réglementée, j’emprunte les convois militaires, seuls transports alors à ma disposition.

L’armée française ayant, depuis le 1er juillet 1962, évacué ses bases, j’allais donc me retrouver seul à Bouzeguene, sans aucun moyen de locomotion.

Je décide donc, en accord avec mon père et sur conseil de notre garagiste, d’acquérir un véhicule d’occasion qui offre une bonne résistance aux chocs éventuels et surtout évite de tomber en panne continuellement.

Finalement nous optons pour une robuste 403 Peugeot grise à faible kilométrage, portant l’immatriculation : « 1 FH 63 ». Je conserverai ce véhicule jusqu’en 1969.

Début septembre, j’apprends par la radio, puis par la presse que la rentrée scolaire en Algérie, initialement prévue pour le 30 septembre, est reportée au 15 octobre : en cause, le départ massif des Européens et la mise en place des nouvelles institutions. Je repousse donc mon départ et réserve une place de bateau sur le « Ville d’Oran »

J’embarque le 10 octobre à destination d’Alger après une nuit passée à Carry-le Rouet. Je ne voulais pas laisser mon véhicule sans surveillance aux abords du port. Pas question de séjourner à Marseille, ville que je ne connais pas.

Étape d’une demi-journée à Tizi-Ouzou, le temps de d’accomplir un certain nombre de formalités administratives à l’Inspection Académique et me voilà à Bouzeguene. Pour m’apercevoir que rien n’est vraiment prêt pour m’accueillir.

Je contacte alors Amroun Tahar. Il m’indique que les réparations entreprises depuis peu dans la villa située dans l’ancien bordj ne sont pas achevées. En attendant la fin des travaux, il me propose de m’héberger à son domicile. J’y passe deux nuits avant de rejoindre mon nouveau logement.

Cette première rentrée après l’indépendance s’effectue dans des conditions assez convenables. Nous recevons des directives, parfois contradictoires, de l’Inspecteur d’Académie Paul Fohr, toujours en poste. Il donne aux directeurs d’école les nouvelles consignes à appliquer car la langue arabe figure désormais au programme de l’enseignement primaire.

Nous faisons également connaissance à Azazga de Monsieur Haddab, Inspecteur de l’enseignement en arabe pour le premier degré et de notre nouvel Inspecteur primaire Monsieur Mahmoud Chala qui a remplacé Monsieur Reynaud.

Dans une longue circulaire adressée aux enseignants français détachés en Algérie au titre de la coopération technique et culturelle, Monsieur Sbih, le Directeur Général de la fonction publique algérienne, de son côté, nous rappelle au paragraphe 4 : « Les agents français mis à la disposition du Gouvernement algérien dans le cadre du protocole d’accord sont, dans l’exercice de leur fonction, soumis aux autorités algériennes. Ils ne pourront ni solliciter ni recevoir d’instruction d’une autorité autre que l’autorité algérienne dont ils relèvent en raison des fonctions qui leur ont été confiées. Ils ne pourront se livrer à aucune activité politique sur le territoire de l’Algérie. Ils devront s’abstenir de tout acte de nature à nuire aux intérêts matériels et moraux, tant des autorités algériennes que des autorités françaises. Le Gouvernement algérien donnera à tous les agents français l’aide et la protection qu’il accorde à ses propres nationaux…… »

Pour faire face à la pénurie d’enseignants, le gouvernement crée alors un corps de moniteurs recrutés avec le niveau du certificat d’études. Objectif : permettre l’ouverture de nombreuses classes dans les villages encore sans école. Ces fonctionnaires recevront, par la suite, une formation spécifique. Ils participeront à des stages pour être admis dans le corps des instituteurs. Préalablement, il leur faudra subir, avec succès, différentes épreuves. Ils pourront alors être titularisés.

En cette année 1962, je consacre beaucoup de temps à mettre en place des programmes allégés, avec cependant un soutien renforcé en mathématiques et en lecture : je n’ai en effet que des élèves de CE1, CE2 déjà âgés. Leurs lacunes sont nombreuses : ils ont en général fréquenté l’école de façon irrégulière. Certains d’entre eux n’y sont pas allés.

Pour moi, comme pour les autres directeurs d’établissement, en ce début d’année, l’organisation pédagogique est perturbée par l’apparition de la langue arabe dans les programmes.

Les circulaires qui nous parviennent indiquent que, dans un premier temps, les maîtres en langue arabe assureront 21 heures de service par semaine. De plus, lorsque l’horaire officiel ne peut être assuré, faute de maîtres en nombre suffisant, il faudra réduire l’horaire consacré à l’apprentissage de l’arabe. En effet, tous les élèves doivent être traités de la même façon : tous doivent recevoir le même nombre d’heures d’arabe.

Il m’est demandé aussi de veiller, dans les classes à plusieurs cours, à ce que le maître d’arabe procède, comme ses collègues francisants, et constitue des sections distinctes selon leur niveau.

Il devra en être de même pour la répartition des heures : celles d’arabe devront être réparties sur tous les jours de la semaine à raison d’une heure par jour, plus une autre heure deux jours par semaine. Il faudra également éviter de donner dans la même classe deux heures consécutives d’arabe et bien surveiller que la note d’arabe soit prise en compte dans les établissements, au même titre que les notes des matières enseignées en français.

En ce qui concerne les maîtres en langue française, nous devrons être présents à notre poste 30 heures par semaine et mettre à profit les heures de liberté que nous laisse l’enseignement de l’arabe pour assurer notre travail de préparation et de correction.

Peu à peu, des changements commencent à intervenir. Nous recevons une lettre de l’Inspecteur d’Académie, Paul Fohr,datée du 19 novembre 1962, dans laquelle il écrit : « À quelques heures de quitter un pays où j’ai passé le tiers de mon existence, ce n’est pas sans émotion que je prends congé de vous…Je tiens à préciser que je regagne la France pour des raisons d’ordre administratif, d’ordre familial, d’ordre personnel et que la politique n’entre pour rien dans ma décision….Je continue à penser que l’indépendance de l’Algérie était la meilleure solution, la seule solution,que le peuple algérien est un grand peuple qui a fait l’admiration du monde et forcé le respect de ses adversaires même… »

Il est remplacé par Monsieur Alayrangues qui assurera l’intérim en attendant la nomination d’un Inspecteur algérien.

Début avril 1963, une circulaire du Ministère de l’Education Nationale nous précise un certain nombre de points : tous les maîtres des classes primaires doivent assurer un service hebdomadaire de 30 heures. Tous les maîtres enseignant en langue arabe sont désormais astreints aux mêmes obligations que leurs collègues enseignant le français. Les heures consacrées aux cours d’adultes, pour lesquelles il n’est prévu aucune rémunération supplémentaire, peuvent, à la demande des intéressés et sur avis des Inspecteurs primaires, être comprises dans les 30 heures exigibles.

Pour me détendre un peu (le travail scolaire m’accapare beaucoup), je consacre une partie de mon temps libre à la lecture et surtout à la marche. J’en profite pour découvrir les paysages grandioses et variés de la Kabylie. Jusque-là, j’en avais été empêché par les événements.

Le soir, surtout au printemps, lorsque le temps le permet, assis sur les escaliers de la villa, je bavarde avec le nouveau gardien Guettaf Mohand Arab. C’est un homme généreux, toujours prêt à rendre service. Je me souviens qu’une année, lors de mon départ en vacances, il m’avait donné un bidon de 5 litres d’huile d’olive en me disant : « Tiens, tu le donneras à ton père, ça lui fera plaisir, de la part de Guettaf, le gardien ! » Quand on connaît la valeur de cette denrée, ce don représentait certainement pour lui et sa famille, un réel sacrifice.

Lors de mes absences, en particulier pour rendre visite à mes collègues français également en poste, Jean-Charles Torre à Aït-Aïcha, Vallein et Rajade à Ifigha, Daniel Vanamandel à Cheurfa, Eugène Montay et Jean-Pierre Fernandez à Azazga ou Xavier Delcouderc aux Aghribs, comme à chacun de mes déplacements, il est volontaire pour assurer la surveillance de mon logement. D’ailleurs, il n’aurait pas fallu que je m’adresse à quelqu’un d’autre : seul Mohand Arab était qualifié pour assurer cette fonction !...

Je rencontre assez régulièrement Amroun Tahar, souvent accompagné par Habbas Arezki. Celui-ci, comme à chaque fois, m’invite à lui rendre visite dans son bar à Marseille. Je vois Amroun Tahar à double titre : comme président de la délégation spéciale de la commune et comme parent d’élèves. En effet, deux de ses jeunes enfants Ali et Lounès, sont scolarisés à l’école.

En mai 1963, je sens mon interlocuteur un peu las, parfois lointain. Il me semble avoir moins d’enthousiasme que par le passé, désireux d’être libéré de cette fonction le plus rapidement possible. « Cette charge est écrasante, usante. Lors de différends, il faut intervenir, prendre position, trancher. Ce n’est pas toujours facile car bien entendu il y a des mécontents. … » me confiera-t-il à plusieurs reprises.

Je retrouve aussi R. L. qui est toujours employé à la Mairie. Mais un jour, je crois que c’était fin novembre 1962, le gardien Guettaf me dit au moment où je regagne mon domicile : « Tu sais les Moudjahidines ont arrêté R ; il est en prison… ».

Effectivement, un peu plus tard, j’apprendrai qu’il est maintenu au centre pénitentiaire de Berrouaghia, près d’Alger. Il y sera détenu durant plusieurs mois avant d’être finalement libéré ; mais je n’aurai plus l’occasion de le revoir.

L’année scolaire 62-63, la première après l’indépendance, s’achève paisiblement. Grâce aux efforts de tous et la bonne volonté de chacun, nous commençons à rattraper les retards accumulés depuis des mois. J’encourage même les élèves, du moins les plus motivés,à venir travailler le jeudi matin quand je suis disponible et qu’il n’y a pas de réunions pédagogiques.

C’est avec le sentiment d’avoir accompli une tâche exaltante, que j’embarque pour la France en ce début de juillet 1963.

Je mets à profit cette période de détente pour répondre aux questions posées par les amis et les parents qui s’interrogent sur l’Algérie indépendante. J’envoie du courrier à mes élèves. J’avais, en effet déjà remarqué à Houra que ceux-ci étaient fiers et heureux de recevoir du courrier « du maître ». Ces derniers me demandent « si je reviens bientôt ». Ils souhaitent en outre recevoir des vues de l’Auvergne et de Volvic.

Je corresponds aussi avec Amroun Tahar. Dans une longue lettre, datée du 6 août 1963, après s’être excusé pour le retard mis à me répondre, il me dit : « Quant à la question de votre retour éventuel, je vous conseille de revenir. Vous trouverez toujours le même accueil qu’auparavant… » avant d’ajouter « j’ai à vous dire que je ne suis plus le Président de la Délégation de Bouzeguene. Il y a eu un regroupement des quatre communes et c’est le représentant d’Aït Ikhlef qui a maintenant cette charge »…

Puis, dans une nouvelle lettre datée du 15 août 1963, il me confirme avoir démissionné de ses fonctions ce qui va maintenant lui permettre de « prendre un peu de repos avant de rentrer à la sous-préfecture d’Azazga après les vacances.. » sans oublier de mentionner une nouvelle fois « quant à vous, tâchez de revenir, vous connaissez déjà le coin. Guettaf est toujours gardien. Lounès et Ali qui me demandent « toujours après vous » vont vous écrire dans le courant de la semaine.. ».

Je décide donc, compte tenu de ces informations, de m’adresser au nouveau Président de la Délégation Spéciale pour lui annoncer mon retour lors de la prochaine rentrée. Il me répond sans tarder le 9 septembre 1963. « C’est un plaisir pour moi d’apprendre votre prochain retour et vous suis gré de votre décision de coopérer encore cette année avec nous. Aucun changement n’étant intervenu depuis votre départ, je vous signale que le local mis à votre disposition sera prêt à vous recevoir à la date indiquée. Le personnel communal vous envoie ses bonnes amitiés et vous prie de croire, Monsieur SAHUT à mes meilleurs sentiments. » signé Sadaoui Rabah, Président de la Délégation Spéciale de Bouzeguene.

Malgré mes efforts, j’ai un peu de retard dans ma correspondance. Je réponds en priorité à la gentille lettre que m’a adressée, le 4 septembre 1963 depuis Marseille, Habbas Arezki. Celui-ci m’explique que son cuisinier parti, il était surchargé de travail mais qu’ heureusement ses neveux vont le remplacer « un peu », ce qui lui permettra de séjourner plus longuement à Bouzeguene. Il m’invite une nouvelle fois à venir lui rendre visite dans son restaurant du 59 de la rue Bernard Dubois. Je m’y rendrai le 18 septembre avant d’embarquer pour Alger.

A la rentrée 63, deux nouveaux collègues français arrivent à Bouzeguene. Tous les trois, nous occupons la villa située dans le bordj.

Jean-Charles Torre vient d’Aït-Aïcha où il est arrivé en 1959. Il s’y sent maintenant un peu isolé. C’est pourquoi il a demandé une nouvelle affectation. Il vient d’être nommé à l’école d’Aït-Ferrach, village assez éloigné de Bouzeguene. Il ne possède pas de véhicule. Il a pour tout moyen de transport une mobylette d’occasion qui tombe régulièrement en panne !.. Je lui porte tout naturellement secours ! Nous sommes bien souvent obligés de transporter cet engin en utilisant le car Amrouche jusqu’à Azazga pour une « réparation » qui dure parfois la semaine !...Finalement il abandonne ce moyen de transport qui pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Jean-Charles termine l’année scolaire en accomplissant, matin et soir, une longue « marche, promenade » bénéfique pour sa santé et pour sa ligne : il se contente de plus d’un simple sandwich pour le repas de midi !..

Ne souhaitant pas prolonger cette expérience, il postule pour l’école de Bouzeguene. Faute de poste vacant, il est finalement nommé à Tamda près de Tizi-ouzou. Il rentrera en France en 1969.

Le second enseignant, Albert le Henaff arrive de Tifrit-Naït ou Malek après un passage à Aït-Aïcha. Il est nettement plus sportif que moi : il rejoint chaque matin l’école d’Aït-Saïd en « petites foulées ». Il gagnera la France à la fin de l’année scolaire 63-64.

Lors de nos moments de loisirs, nous nous déplaçons fréquemment vers Azazga ou Alger. La marche à pied cependant, en compagnie des collègues venus nous rejoindre, nous a permis de connaître cette belle région. A plusieurs reprises, nous gagnons le douar de Beni Ziki derrière la célèbre « Main de la Fatma ».

A d’autres reprises, avec Jean-Charles Torre nous rendons visite à des familles de parents d’élèves : nous sommes toujours accueillis avec une très grande gentillesse et beaucoup de chaleur notamment par la famille Amiar du village de Aït-Sidi-Amar.

Après le départ de mes deux collègues, il m’arrive fréquemment, avant de me rendre en classe, de m’arrêter chez Monsieur Moussaoui, juste en face de la boutique du jeune coiffeur. Il tient un petit restaurant situé non loin de l’école. Il prépare une délicieuse chorba : ses plats mijotés et son couscous garni et copieux font souvent mes délices. Je m’y rends assez régulièrement : cela m’évite en général de faire la cuisine. À l’époque, ce n’est pas une de mes spécialités. Il m’arrive aussi, lorsque je dispose d’un peu de temps libre de bavarder longuement avec lui « mais seulement après le service » me répète-t-il à chaque fois !

À son tour notre Inspecteur primaire, Monsieur Chala, quitte son poste pour suivre une formation spécifique. Dans sa lettre du 15 septembre 1963, il écrit : « Au moment où mon devoir m’appelle en dehors de l’Algérie, je veux vous exprimer, avant mon départ, toute ma gratitude pour l’aide que vous avez voulu m’apporter spontanément, pour cette amitié, cette affection encourageante qui m’ont permis, dans une large mesure, de ne pas céder à la lassitude, à la déception »….

Monsieur Rabah Kessal lui succède.

Avec la municipalité, nous commençons à mettre en place un service de cantine pour les plus démunis puis pour l’ensemble des élèves avec le concours du Croissant Rouge Algérien.

Au début, il s’agit simplement de repas froids. Comme nous ne disposons pas encore de local adapté, la distribution se fait à domicile. Les enfants pénètrent dans l’appartement par l’entrée principale et ressortent par l’arrière du bâtiment après avoir reçu une barre de chocolat, une tranche de pain sur laquelle est étalée une couche de confiture ainsi qu’une portion de « vache qui rit ».

Inutile de dire qu’après le passage de 3 ou 4 classes ; le sol de la cuisine était légèrement « imprégné » de confiture !

Le 9 novembre 1963, le nouvel Inspecteur d’Académie, Monsieur Damerdji, m’adresse un courrier : « J’ai l’honneur de vous faire savoir qu’un crédit de cinq mille nouveaux francs est mis à la disposition des écoles du groupe de Bouzeguene. J’entends par « groupe » la totalité des écoles relativement proches de la vôtre et avec lesquelles il vous est facile d’ordinaire d’établir des contacts pour diverses questions. La gestion de ce crédit vous est confiée personnellement. Il vous appartient notamment de procéder, dans la limite de ce crédit, à l’acquisition des denrées alimentaires exclusivement ; d’utiliser ce crédit immédiatement… » Je vous signale que la farine, le sucre, le lait seront servis par le Croissant Rouge Algérien, à titre gracieux »

Je prends alors contact avec l’épicier de Bouzeguene, Monsieur Boukais Said. Son commerce est situé à l’entrée du centre, en bordure de route. Il tient aussi, juste à côté, une boucherie où nous allons volontiers nous approvisionner pour notre consommation personnelle. C’est une personne de belle prestance, d’un abord facile et agréable. Je le retrouverai plus tard à Azazga où il possède également un magasin de chaussures, si mes souvenirs sont exacts. Nos contacts deviendront alors plus fréquents puisque j’aurai son fils Hocine et un peu plus tard, une de ses filles dans ma classe de CM2.

La cantine commence à fonctionner dans des conditions convenables ; un cuisinier a été recruté, par la mairie me semble-t-il.

Monsieur AMELLAL, Inspecteur départemental des cantines scolaires, m’envoie le 24 février 1965 un courrier dans lequel il me demande de bien vouloir avertir Monsieur le Maire qu’il peut expédier à Tizi-Ouzou le camion de la commune pour prendre possession d’un contingent de farine. Les sacs sont destinés aux cantines scolaires du groupe : Bouzeguene 12 sacs, Ighil Tizi Boa 6 sacs, Haoura 6 sacs, Ahrick 6 sacs, Sahel 6 sacs, Iatoussene 6 sacs, Aït-Ikhlef 6 sacs.

Ainsi, grâce à ces livraisons qui vont se renouveler régulièrement, le boulanger, Monsieur TACHE, nous fournit la quantité de pain nécessaire chaque jour. Il participe ainsi avec d’autres partenaires, au bon fonctionnement des cantines scolaires. Cette formule continuera encore après mon départ.

Au début du mois d’octobre 1963, nous sommes totalement surpris de voir l’armée gouvernementale du Président Ahmed Ben Bella s’installer dans les anciens bâtiments utilisés autrefois par l’armée française.

Nous apprenons par la radio, car à Bouzeguene la presse n’est pas distribuée, que s’est constitué un Front des Forces Socialistes (F.F.S.), dont Aït-Ahmed aurait pris la tête, pour lutter contre le pouvoir en place.

De nombreux tracts sont distribués. Dans celui du 11 octobre 1963 on peut lire : « ..Algériens, Algériennes, le Front des Forces Socialistes a le 29 septembre 1963 affirmé sa volonté inébranlable de résister au Fascisme...Le régime ébranlé, sans assise populaire, ne s’appuyant que sur de multiples polices, affiche ainsi clairement sa volonté d’assassiner tous les véritables militants, artisans de la victoire,au profit des « Héros de l’extérieur .... » Nous prenons avec vous l’engagement solennel de ne cesser le combat qu’après la destruction de ce régime. »

Celui du 15 octobre est tout aussi explicite : « ...Peuple algérien, l’heure est grave. Il faut balayer au plus vite le régime de faillite. Le temps n’est pas loin où Ben Bella accusait Boudiaf de complot avec Bourguiba. Le masque est tombé ; l’équipe d’Oudja a vendu une partie du territoire national. Sûr d’interpréter tes aspirations profondes et ton sens de l’honneur, le Front des Forces Socialistes déclare : qu’il considère nul et non avenu tout accord qui porterait cession d’une parcelle du territoire national.... »

Quant au communiqué du 16 octobre 1963, il affirme : « Devant les menaces qui pèsent sur notre pays, Ben Bella a adressé un appel à l’union...Le F.F.S. né de la faillite du FLN n’est pas dupe de cette manœuvre. Il ne transigera pas néanmoins sur le principe de l’intégrité du territoire et décide d’acheminer par ses propres moyens un bataillon de volontaires pour faire face aux menaces extérieures.... »

Mais devant le danger qui semble se préciser, le FFS, dans un nouveau communiqué daté du 23 octobre 1963, proclame la trêve à partir du jeudi 24 octobre.

Finalement, Ahmed Ben Bella donne son accord sur tous les points soulevés par le F.F.S. . Une délégation de 5 membres, dont le colonel Mohand Ou El Hadj et le commandant Si Lakdar, est dépêchée pour conclure cet accord qui met fin à la division et à la dispersion des forces vives du pays, face aux revendications territoriales du Maroc dans la région de Tindouf.

Durant la présence des militaires, nous n’aurons jamais aucun problème. Je rencontre d’ailleurs une ou deux fois le commandant de cette compagnie qui me rassurera en précisant qu’il s’agit là d’un conflit entre Algériens et Marocains et qui ne concerne en aucun cas les étrangers, en particulier les coopérants français. Il est inutile de souligner que dans cette affaire interne à l’Algérie, notre neutralité était totale.

Pendant ce temps, le nombre d’élèves inscrits est en constante augmentation ; nous devons ouvrir de nouvelles classes, notamment dans le village même de Bouzeguene, dans un local situé près de la mosquée.

Il convient donc d’adapter les emplois du temps en tenant compte des différents horaires officiels,de l’intervention des maîtres arabisants ainsi que du déplacement de certains élèves appelés à travailler le matin, au village, en arabe et l’après-midi, au centre, en français.

J’établis un emploi du temps général incluant le village que je soumets à notre Inspecteur primaire, Monsieur Kessal.

Après quelques modifications apportées par le conseiller pédagogique d’alors, Monsieur Jean-Jacques Galland, et l’avis favorable du nouvel Inspecteur primaire en langue arabe, Monsieur Saheb, le nouvel emploi du temps entre en application sans délai.

C’est ainsi que Monsieur Ghaoui, nouveau maître en langue française, exerce ses talents en CP et CE1, tandis que Monsieur Kacher Amar s’occupera de l’arabisation de ces mêmes élèves au village de Bouzeguene.

Pendant ce temps, à Bouzeguene centre, Monsieur Hadjer Ali, Monsieur Chahed et moi même nous nous répartissons les CE2 et les CM avec la collaboration efficace de Monsieur Sadou le nouveau maître d’arabe.

Comme je sais que désormais le temps m’est compté, je pousse au maximum mes élèves afin de leur permettre de réussir leur examen d’entrée au collège. À la fin de l’année scolaire 1964-1965, je présente plusieurs élèves en 6ème

Malheureusement, les dossiers de deux d’entre eux sont rejetés : ils sont trop âgés ! Que faire ? Je connais bien l’un des deux pour l’avoir eu à l’école d’Haoura en 59-60. Il accomplit chaque jour, avec d’autres camarades, un parcours long en fatiguant afin de pouvoir fréquenter l’école de Bouzeguene. Il n’y a qu’une possibilité : les présenter directement en 5ème. C’est un examen difficile qui demande une préparation sérieuse. Qu’importe !

Nous nous mettons au travail. Les enfants sont motivés, très assidus. Ils veulent absolument réussir. Je les garde donc le soir après les cours. Parfois ils viennent même le jeudi matin. Ils redoublent d’énergie. Je leur donne en plus du travail à la maison. Tous ces efforts ne sont pas vains, ni inutiles. Ils seront tous admis au collège d’Azazga en classe de 5ème, à la prochaine rentrée !...

Ces deux élèves, Saidani Mohand Larbi du village d’Haoura et Amiar Ali d’Aït-Sidi Amar, accompliront par la suite un beau parcours professionnel.

Ma dernière année voit quelques changements. Monsieur Hadjer et Monsieur Chahed, ayant obtenu leur mutation, sont remplacés par Monsieur Si Smail Akli originaire de Tizi-Ouzou. Je pense aussi que c’est à cette époque, si je ne me trompe pas, que deux nouveaux enseignants venant du village voisin de Iatoussene, Monsieur Aliane et Monsieur Hammoun, dont j’ai malheureusement oublié les prénoms, arrivent au groupe de Bouzeguene centre. Ils auront, eux aussi, en charge des élèves de CM2 qu’ils présenteront avec succès à l’entrée en 6ème et au certificat d’études en juin 1966.

Voilà bientôt cinq ans que je suis à Bouzeguene.

La lassitude et l’éloignement commencent à se faire sentir. J’envisage, à mon tour, un changement pour un poste en ville car depuis mon arrivée en Algérie je n’utilise que des bougies ou la lampe à pétrole pour m’éclairer. A la longue un tel éclairage n’est vraiment pas l’idéal pour lire et corriger des cahiers durant des heures ; ma vue commence à en souffrir.

Lors de nos concertations pédagogiques à Azazga, je rencontre fréquemment Monsieur Rabia Mohand, le directeur de l’école primaire et du collège. Il me répète à chaque fois : « Sahut, vous avez fait votre temps dans le bled...Il est temps de changer. Il y aura des postes vacants à la rentrée. Il faut faire votre demande pour Azazga et puis vous aurez un logement avec l’électricité, à côté de mon bureau, à la sortie de la ville, sur la route de Tizi-Ouzou. Vous serez tranquille ».

Comme toujours, j’hésite...Malgré un confort sommaire, un manque de soins en cas d’urgence, l’absence de collègues français, j’aime Bouzeguene, ses habitants sympathiques et accueillants, son air pur et vivifiant, ses montagnes enneigées l’hiver. Elles me rappellent mon Auvergne natale et s’ouvrent à de belles randonnées. Je finis néanmoins par me décider à demander mon changement pour l’école d’Azazga.

En fin de compte, n’est-il pas temps de laisser la place aux jeunes enseignants kabyles et de confier la direction du groupe à un maître algérien ?.

Le jeudi 26 mai 1966, je suis convoqué par le nouvel Inspecteur d’Académie, Monsieur Bab-Ahmed, à l’école Jeanmaire à Tizi-Ouzou, en qualité de correcteur à l’examen d’entrée en 6ème. Je rencontre au détour d’un couloir Monsieur Rabia. Il me confie : « je suis pressé...Je file à l’Inspection. J’ai rendez-vous avec L’Inspecteur d’Académie pour la rentrée prochaine. Vous avez obtenu un poste à Azazga. Félicitations !...Azzam me l’a dit hier, votre collègue des Agrhibs vient aussi. Vous serez en pays de connaissance...À ce soir !... »

Effectivement, la semaine suivante, Monsieur Azzam, le secrétaire général de l’Inspection académique que je connais depuis mon arrivée en Algérie et à qui je rends visite à chacun de mes déplacements à Tizi-Ouzou me confirme officieusement mon affectation....

Je recevrai la nomination officielle durant les vacances d’été à Volvic.

À mon retour, en connaissance de cause, je fais part de mon intention de quitter Bouzeguene définitivement au nouveau Président de la Délégation Spéciale, Monsieur Belkacem Chérif. Il prend acte de ma décision et me souhaite bonne chance dans mon nouveau poste.

Une nouvelle page se tournait, pour moi, le 30 juin 1966 à Bouzeguene. Ainsi, après huit ans de présence dans la région, satisfait d’avoir accompli convenablement ma mission de coopérant français, je quitte avec regret Bouzeguene où je laisse derrière moi une partie de ma jeunesse. Je conserverai cependant le contact avec cette région attachante puisque j’aurai à nouveau, un peu plus tard, le plaisir de retrouver un certain nombre de mes anciens élèves en 6ème puis en 4e, au collège d’Azazga..

Par la suite, pendant les sept années que je passerai à Azazga, je continuerai à découvrir un peu plus l’âme de la Kabylie dans un cadre motivant : le collège est dirigé par un être d’exception Monsieur Rabia. Je travaillerai en parfaite harmonie avec ce directeur exemplaire et de confiance qui dirige l’établissement avec beaucoup de finesse et un brin d’humour. Il sait parfaitement concilier présence discrète et efficacité avec pour seule préoccupation la réussite des enfants dont nous avions la charge.

Jean-louis SAHUT

Volvic juillet 2 007.

Voir diaporama photos

Ecole d’Haoura diaporama

Ecole de Bouzeguène diaporama

P.-S.

Voir la suite du témoignage de Jean Louis Lire en complément : Enseignement indigène en Algérie, au cours de la colonisation1832-1962. http://cagrenoble.org/ecoles/enseig...

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23 Messages de forum

  • Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 25 août 2008 17:56, par azzoug nasser

    merci je suis de haoura , je suis né aprés 62 donc c’est un plaisir de lire ce texte d’histoire sur le presence fraçaise dans mon village.j’aimerai bien parler aussi sur vos eleves telque djaouti mohand ou yahya , azzoug rachid ,,,,,lorsque ont volé la poste du village merci

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    • y’a aussi Azzoug Mahmoud et kessai SAID

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    • Bonjour aux jeunes d’Haoura.

      J’ai signalé votre message à Jean-Louis Sahut qui adresse à Haoura et à ceux qu’il a connus son amical souvenir.

      Je pense être en mesure dans quelque temps de mettre sur le site des photos des jeunes des années 1960 fournies surtout par Jean Louis Sahut. Ce sera une source d’échanges entre nous : vous compléterez les photos en mettant des noms sur les visages de ceux et celles devenus grands-parents maintenant. Amical bonjour des Miages aux Beni Zikki.

      Claude.

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    • c’est un plaisir de lire ce texte d’histoire sur le presence fraçaise dans mon village. vous dite un "plaisir". choisi un vocabulaire qu’il faut.

      Voir en ligne : Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973

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      • Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 5 novembre 2008 19:48, par Azzoug Nasser

        Désolé tous les mots ayant pour objectif de réconcilier (l’humanité) je les utiliserai, c’est mon vocabulaire.

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        • Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 5 novembre 2008 20:46, par Claude GRANDJACQUES

          Ne soyez pas désolé. Tout le monde n’a pas eu la chance d’aller à l’école longtemps et d’apprendre le français dans de bonnes conditions.

          Ce qui compte ce sont les élans du coeur. Tout ce qui vient du coeur, n’a pas d’orthographe.

          L’essentiel est de se comprendre.

          Bien amicalement.

          Claude.

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          • salut tout le monde ,je m appel chala abdelghani et je suis originaire d azazga,j aimerai bien savoire esq le jeune enseignant français a deja connu chala youcef l enseigant en temps de la france !!!! merci....

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            • Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 25 mai 2009 17:52, par Amokrane Sadoudi

              Monsieur SAHUT est finalement le grand rassembleur.De plus en plus il nous rapproche les uns des autres.Je lui dis bravo.Moi j’ai eu la chance d’etre enseigné par ce grand Mr,qui est Mr CHALA YOUCEF(que DIEU ait son ame)durant les années 63-68 au primaire de Fréha.Si c’est votre pere cher Mr Abdelghani,sachez qu’il a été un enseignant pas comme les autres.je vois encore son visage et ses bonnes manieres de nous de nous expliquer les leçons.Je le revois encors discuter avec les autres maitres et,à chaque Mn il s’éloigne de deux pas pour revenir continuer la conversation.C’était un brave Mr.En plus,c’était un ami à mon grand-pere qui lui aussi est décédé en 1976.Moi je m’apelle Sadoudi Amokrane.Je suis en retraite et exerce en ce moment une fonction libérale a Azazga centre.DDa M’henna ne m’est pas inconnu non plus.

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            • M. Sahut a exercé son métier d’enseignant en Kabylie avec beaucoup de rigueur et de générosité.Ainsi grace à lui,beaucoup de kabyles ont réussi leurs études et sont aujourd’hui des cadres qui exercent leur métier avec compétence et efficacité.Et c’est à juste titre que des témoignages de gratitude lui sont adressées.En effet,les français ont cette qualité:quand ils ont un travail à faire,ils le font sérieusement.Ce qui malheureusement,n’est pas le cas des algériens.En effet,car c’est avec le recul que l’on voit clairement et seinement les choses,tous les enseignants que j’ai eus depuis le CM1 jusqu’en classe de seconde du lycée,ne m’ont jamais enseigné un programme comme il se doit,non par manque de compétence ,mais à cause de leur mauvaise volonté.La fainéantise et la négligence ont été le trait caractéristique de la plupart de mes anciens professeurs.Ainsi du CM1 jusqu’en seconde,j’ai connu une scolarité baclée.Ainsi,s’explique le fait que je n’ai pu achever mes études universitaires.Je dois à la vérité de dire,M.Chala Youcef que j’ai eu l’honneur d’avoir au CE1 en 1960 à Azazga,m’a appris plus que tous ces enseignants réunis.Incontestablement,il était un enseignant modéle ;l’année que j’ai passée avec lui a été déterminante dans ma formation intellectuelle.Et c’est à juste titre que je lui rends un hommage particulier.

              Voir en ligne : http://www.yahoo.fr

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            • A M.Chala Abdelghani J’ai eu la chance et l’honneur d’avoir été l’éléve de M.Chala Youcef au cours élémentaire première année en 1960 en pleine guerre d’Algérie. Avec le recul,ce qui nous permet de voir les choses avec clarté et objectivité,je réalise que cet homme a été un enseignant d’exception. En effet,il faisait son travail avec rigueur,conviction et générosité.Il était trés humain dans ses relations avec les éléves.Chaque matin,je me rappelle trés bien,il commençait par une leçon de morale:par exemple une fois il nous a fait un cours sur la pauvreté ;aprés nous avoir expliqué que la pauvreté n’est pas un défaut, que personne n’est à l’abri,il nous fait écrire sur notre cahier en gros caractéres :"Ne méprisons pas les gens pauvres,aidons les".Une autre fois aprés nous avoir explicité ce qu’est la jalousie il nous a fait écrire sur notre cahier :"il ne faut pas étre jaloux".D’autre part,les explications de textes qu’il nous faisait nous préparaient à acquérir la maitrise de la langue française.Incontestablement ,il était animé d’un désir sincére de préparer les éléves à affronter l’avenir et ce, malgré la période difficile dans laquelle nous étions car n’oublions pas qu’on se trouvait en pleine guerre.Voici un exemple pour illustrer mon propos sur les qualités pédagogiques morales et humaines de M.Chala Youcef : Au mois d’avril 1960,à l’occasion d’une conférence pédagogique, des enseignants pour la plupart français sont venus assister à un cours de notre instituteur.A la fin de la conférence,ils étaient émerveillés par notre vivacité,notre participation active à la leçon,tous ont conclu qu’on était d’un trés bon niveau.Je me rappelle trés bien au mois de juin 1960 M.Chala nous a fait une dictée proposée à l’examen de sixiéme et que trois d’entre nous avaient zéro faute,ce qui est une performance pour des éléves du cours élémentaire. Oui cher compatriote,si c’est votre pére soyez en fier.Honnétement des enseignants algériens comme lui ne sont pas nombreux.Je le dis avec d’autant plus de convictions que je n’ai pas eu la chance d’avoir des en- seignants ayant les mémes qualités que lui au cours de mes études postérieures.C’est la raison pour laquelle,je ne l’ai compris que plus tard avec le recul,que la plupart des algériens de ma génération n’avons pu achever nos études universitaires ;rares sont ceux qui ont franchi le cap du baccalauréat.Nous avons connu en effet une scolarité trés irrégulière.Aussi dans ce site la plupart des anciens éléves rendent hommage à M.Sahut,et à juste titre,moi,je tiens à rendre un vibrant hommage à Chala Youcef mort prématurément en 1988 à l’âge de 53 ans.

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        • Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 3 septembre 2010 10:47, par al hif

          tu n’as pas de chouhadas dans ta famille .tu ne comprendras jamais l’immensité de la douleur de soustraire la vie d’un grand pere bien aimée a un enfants de 4ans.concillier quoi ? mr sahut c tut sur tout ca au nom de l’alphabet de voltaire.la plaie est toujours ouverte apres toutes ces années.

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      • les algeriens sont pas contre les français, voici la phrase de Abderrahmane Mira

        (En fait ce n’est pas aux Français qu’on en veut, mais au colonialisme que nous voulons chassez de chez nous ! Quand l’Algérie sera indépendante, nous garderons les Français qui voudront rester sous la nationalité algérienne ou avec le statut d’étrangers !!! )

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    • Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 19 mai 2010 00:03, par rler et de leur faire voir ces textes merçi a vous monsieur

      je m’apl djaouti ziddene,alors ravi de lire vos passages de ces merveilleux souvenirs de nos cousins de nos voisins et de mon village houra ces gens comme kessai said,azzoug rachid djaouti mohand ouyahia que je vois tt les jours et je ne manquerai pas de leur parler

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  • Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 10 septembre 2008 18:37, par PAJOT Daniel

    Je viens de découvrir votre site et c’ est avec un grand intérêt que j’ ai lu ces pages écrites par Jean- Louis SAHUT. Pourquoi ? Parce que j’ ai vu mon nom au début de son récit. En effet je suis Daniel PAJOT . Je fus instituteur militaire avec Jean Louis SAHUT dans la petite école du village de Haoura de début juin 1960 au 4 janvier 1962. . Je n’ ai pas l’ adresse de Jean Louis SAHUT en France mais si par hasard il lit ces quelques lignes, qu’ il sache que Jean Pierre CHATEAUDON et moi avons parlé de lui lors de nos retrouvailles au mois de juin dernier. Il a également cité son nom dans son récit. M. SAHUT a-t-il une adresse e-mail ???

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  • Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 7 décembre 2008 16:39, par Amokrane

    Monsieur AZZAM Amokrane, qui demeure toujours à Tizi-ouzou agé de 76 ans a été très ému d’avoir été évoqué et vous salue par la même occasion.

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  • Un ami du village, Mr Handala Mohand Amokrane avec qui j’avais fréquenté l’école primaire, le CEG d’Azazga et le LTE d’Etat de Dellys, m’a envoyé ce lien cette semaine où j’ai pu lire ce beau temoignage très plaisant et aussi nostalgique (le les lu plusieurs fois !!!) car je connais bien aussi les régions et les endroits dont Mr Sahut parlait.

    Mr Sahut était mon professeur de Mathématiques en 6eB et 4eB et m’avait fait adorer la matière en me la présentant d’une facon très simple. Ce que je peux dire de lui a été dit par mon ami Mohand Amokrane que je salue chaleureusement en passant. Mr Sahut n’a pas été seulement un excellent professeur. Il a été aussi très humain car le bien de ses élèves le tenait beaucoup à coeur. Il était drôle et donnait l’air très serieux. je garde de très bons souvenirs de lui et je ne crois pas qu’il serait oublié par ses anciens élèves comme moi. Chacun de nous peux aujourd’hui raconter des tas de bonnes choses sur lui.

    Mon 1er cours en 6eB était le sien dans une classe en "prefabriqué" du côté de la mosquée : Je rentre dans la salle (10 ou 11..), en retard. Assis à son bureau et me regardant avec ses GROS yeux Mr Sahut me lance d’une voix haute : d’où sors-tu ?!!! les élèves riaient.... J’étais très gêné et je ne savais pas quoi répondre...

    Je me rappelle et j’entends encore ses pas dans le corridor du CEG. Il était toujours bien habillé. Ses souliers noirs étaient toujours bien cirés. Etant interne au CEG, on le voyait souvent laver sa voiture qu’il aimait beaucoup et chaque fois qu’il la voyait il lui parlait et lui disait : Bonjour ma 404 !

    Un beau Dimance aprè-midi, en me promenant en ville du côté de l’ancien Cinema d’Azazga, je commençais à saigner du nez. Cela devenait grave car le sang ne voulait pas s’arreter. Je rentrais alors au CEG et quand Mr Sahut m’avait vu tout plein de sang, il s’était immediatement occupé de moi. Il avait pris sa belle 404 et m’avait emmené chez le docteur Mitouchi (j’avais fait attention pour ne pas la tacher). j’avais été soigné et le lendemain (Lundi) j’étais parti chez moi (Ait Bouada) pour une semaine de repos. durant mon absence, les élèves avaient eu des examens et à mon retour Mr Sahut allait me donner un ZERO (car je ne les avais pas faits) mais il avait été comprehensif en me permettant de faire l’examen à part. Je ne peux pas oublier l’été de la fin de la 4e B quand Mr Sahut m’avait envoyé une belle carte postale de Clermont Ferrand où il passait ses vacances.

    Je vous remercie Mr Sahut et je vous souhaite une longue vie. J’aimerais bien un jour vous revoir. Nous vous avons tous aimé.

    Votre ancien élève Djadi Tahar

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  • Cher grand ami. A tous ceux qui ont eu l’honneur de faire part aux générations futures de la considération qu’ils observent à l’égard de Mr Jean Louis SAHUT, je voudrais dire ce qui suit. Un grand philosophe français a dit ceci : "J’appelle grands hommes tous ceux qui excellent dans l’utile et l’agréable, les saccageurs de provinces ne sont que héros. Bien évidemment, Jean Louis vous faites partis de ces grands hommes car vous ne vous êtes pas préoccupé de former des curés ni des muezzins, vous avez simplement permis aux uns d’être ingénieurs et aux autres d’être médecins. Oui Jean LOUIS vous avez foulé mon AFRAGH (cour) où vous avez pris votre café avec mes frères Lounès (surveillant général au CEG d’AZAZGA) et Ahcene. Au nom de ceux auxquels vous avez ouvert les yeux, je vous dis merci pour tout ce que vous nous avez légué

    Said Baleh – PARIS (said.baleh@hotmail.fr)

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  • Témoignage exceptionnel car venant d’un des très rares Instituteurs qui ont enseigné en Algérie avant et après l’Indépendance !

    (Clin d’oeil : on aurait pu se croiser en 71-73)

    Voir en ligne : Félicitations

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  • Peut on retrouver ces témoignages dans des livres de l’espace culturel leclerc par exemple ?

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  • C’est avec grand intérêt et un véritable plaisir que j’ai lu votre témoignage. Il est d’une fidélité extrême. Je pense mieux vous connaître que quiconque de mes camarades de classe, hormis mon oncle Lounès (il y a lieu de vous signaler que Lounès n’est pas le fils de Tahar mais son jeune frère). Je suis extrêmement ému et bien des souvenirs ont resurgi. Merci cher Maître. Ali AMROUN, si vous avez queque souvenir. A bientôt.

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  • Un jeune enseignant français en Grande Kabylie 1958-1973 (1ere partie) 12 juillet 2014 19:31, par LACOSTE Jean-Claude

    BonjourJean-Louis SAHUT

    J’ai été pedant deux ans dans la même école que toi à AZAZGA.

    Je souhaiterais renouer le contact.

    Merci pour une réponse éventuelle.

    LACOSTE Jean-Claude

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