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Pourquoi nous refusons la date du 19 mars 1962

jeudi 12 mars 2009, par Claude GRANDJACQUES


En premier lieu, lire l’article figurant sur le site Hérodote. Voir et écouter les témoignages qui y figurent : Une archive vidéo de l’INA. Poignant !.... http://www.herodote.net/histoire/ev...

Vouloir retenir la date du 19 mars comme celle « du souvenir et du recueillement », alors que l’après cessez-le-feu est historiquement gorgée de sang, constitue un tour de passe passe et une escroquerie morale.

Cette position est ressentie comme un manque d’égard et de décence ou du mépris envers les dizaines de milliers de victimes massacrées après cette date (Appelés, Harkis et leurs familles, Européens).

Pendant cette période ce fut une guerre civile impitoyable, le chaos avec la conduite de désespoir de l’OAS.

Il faut voir la situation d’une façon générale, l’attitude de la France envers ses ressortissants a déjà été suffisamment indifférente et condamnable.

Point n’est besoin d’en rajouter et de mentir aux nouvelles générations.


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Manifestation de protestation contre l’inauguration d’un square du 19 mars à Valence.
La tête du cortège de la manifestation du 14 mars 2009 à Valence (26000).

Voici le texte de la lettre ouverte que j’envoie à Monsieur le Maire de Valence qui a refusé de recevoir une délégation représentant les nombreux manifestants réunis le samedi 14 mars pour protester contre la future inauguration d’un square du 19 mars à Valence.

A noter qu’ une lettre ouverte doit ête concise. Tout ne peut être abordé. Je n’ai volontairement pas évoqué le rôle néfaste de l’OAS que je propose à l’internautre de voir avec deux sources :

1- Voir le cadre général de l’année 1962 décrit par Jean Monneret. C’est un aperçu exhaustif très documenté paraissant faire la part des choses. Voir http://www.jean-monneret.com/

2- voir "Des Miages aux djebels" au chapitre 7. La fin de la guerre d’Algérie. Evocation historique 1962 . Ce chapitre contient un résumé sur l’OAS et un aperçu chronologique de l’année 1962. Vous le trouverez trouverez au format pdf en bas de page.

L’original du courrier au format pdf peut être consulté et enregistré. Voir ci-dessous.

Miages-djebels BP 90 053 74 170 St GERVAIS LES Bains

à

Monsieur Alain MAURICE Mairie 1 Place Liberté 26000 VALENCE

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Manifestation de protestation contre l’inauguration d’un square du 19 mars à Valence (26000).
le 14 mars 2009, les portes closes de la Mairie. Valence (26000).

St Gervais le 17 mars 2009 Lettre ouverte.

Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs les adjoints, Mesdames, Messieurs les conseillers municipaux.

C’est bien de vouloir honorer la mémoire des soldats tombés en Algérie. Encore faut-il choisir une formulation qui ne trahisse pas cette noble cause. Quand des milliers de personnes, de l’âge de vos parents, anciens combattants, rapatriés ou harkis se déplacent et viennent défiler pour protester contre la future inauguration du square du 19 mars 1962, c’est qu’ils sont indignés par la décision de votre municipalité. Ils perçoivent le rappel de cette date comme

  • une insulte à la mémoire des victimes militaires ou civiles de la guerre d’Algérie,
  • une opération de désinformation qui brouille les repères de notre jeunesse.
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    Manifestation de protestation contre l’inauguration d’un square du 19 mars à Valence.
    En cours de cortège, dans les rues de Valence (26000) le 14 mars 2009.

Pourquoi ? Parce la guerre n’a pas pris fin à cette date. Il s’agit de la date d’application du cessez-le-feu prévue dans les accords signés la veille entre l’État français et les représentants accrédités du FLN. Par la suite, lors du référendum du 8 avril 1962, ces accords ont été ratifiés en France par 90,7 % des suffrages.

Ces accords comprenaient deux volets :

  • les conditions accompagnant le cessez-le-feu à partir du 19 mars à 12 heures,
  • le calendrier et les conditions d’accès de l’Algérie vers l’indépendance. La signature des accords a soulevé, il est vrai, de grands espoirs dans le monde et en France. Qu’en a-t-il été dans les faits sur le terrain ? Que s’est-il passé après cette date ?

Ces accords n’ont pas été respectés : l’équivalent de la population de la bonne ville de Valence, des Français comme vous et moi, des militaires et surtout des civils, de tout âge et de toute condition, hommes femmes enfants, ont été massacrés en quelques mois. Pour défiler devant leurs cercueils disposés côte à côte, il faudrait parcourir 35 kms.

Dans ces conditions, symboliser cette date avec la colombe de la paix, comme certains osent le faire, constitue un tour de passe-passe, une escroquerie morale, permettant de traiter de façon confraternelle les bras armés du FLN et les soldats de l’armée française chargés de les combattre.

Cette présentation subliminale constitue une opération de diversion à la fois pour

o créer un écran de fumée destiné à faire oublier par l’opinion la date du 12 mars 1956,

o justifier la position individuelle de ceux qui se sont engagés pendant le conflit avec le FLN.

Que s’est-il passé le 12 mars 1956 ? Par 455 voix, y compris celles des 146 députés du Parti Communiste, une chambre de gauche a voté les pleins pouvoirs au Gouvernement « pour prendre toutes les mesures exceptionnelles commandées par les circonstances, en vue du rétablissement de l’ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire français ».

Les appelés et les rappelés savent parfaitement qu’ils doivent au gouvernement de Guy Mollet, dument mandaté à cet effet par la chambre des députés :

  • les pleins pouvoirs donnés à l’armée,
  • l’allongement de la durée du service militaire
  • et l’envoi du contingent de l’autre côté de la Méditerranée.

Pour n’avoir pas su analyser les causes de la rébellion et n’avoir pas su mettre en œuvre les réformes statutaires indispensables pour installer la paix, les élus de gauche de l’époque ont chargé l’armée de faire la guerre, tandis que certains de ses militants traîtreusement aidaient le FLN.

Parmi ces militants, certains ont combattu parfois les armes à la main, ou en posant des bombes pour le compte du FLN comme cette jeune femme européenne au bar "L’Otomatic" à Alger … !), d’autres enfin, dénommés les porteurs de valise, ont aidé matériellement ou logistiquement le FLN.

Le vote du 12 mars 1956, porte donc en lui les germes d’une des plus tragiques méprises de notre histoire : 25 000 soldats engagés avec leurs camarades pour protéger les populations civiles européennes et musulmanes perdent la vie en contrepartie d’un document étrange, les accords d’ Evian, dont la mise en œuvre sera une tragédie. Des morts supplémentaires ajoutés à 8 années de guerre. La mort de plus de 70 000 [1] Français musulmans ou européens en présence d’une armée française ficelée par les engagements pris sur les rives du Léman.

En effet, chargée d’appliquer la lettre et l’esprit de ce document, l’armée devra :

  • désarmer et d’abandonner les harkis, les groupes d’autodéfense dans le bled ce qui les condamnait à une mort certaine, [2]
  • rester l’arme au pied face aux massacres [3] d’Européens comme le 5 juillet 1962 à Oran.

Voilà pourquoi la date du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu marque d’une tache de sang indélébile à la fois le drapeau français et le drapeau algérien. Sa célébration ne peut donc que rouvrir les plaies et que constituer un outrage au souvenir des nombreuses victimes du cessez-le-feu.

Au nom de toutes les familles françaises éprouvées, en mon nom personnel - comme 25 000 autres familles, j’ai perdu un proche en Algérie, - permettez-moi de vous faire part de toute notre indignation pour votre initiative. Pour honorer la mémoire des soldats morts en Algérie, le monde combattant indépendant de tout parti politique, trouverait mieux appropriée une appellation du genre « Combattants d’Afrique du Nord. »

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs les adjoints, Mesdames, Messieurs les conseillers municipaux, l’expression de mes salutations distinguées.

Claude GRANDJACQUES

Ancien combattant. Président de l’association Miages-djebels.


D’autres lettres d’indignation ont été envoyées. Elles figurent ci dessous dans un document au format pdf.

Ce document comprend :

Une lettre en date du 23 mars 2009, émanant de l’Association Nationale des Français d’Afrique du Nord, d’Outre-Mer et de leurs Amis 23 rue Poliveau. 75005 P A RI S.

Une lettre en date du 23 mars 2009, émanant de Association des Cadres de Réserve Drôme Ardèche Association mixte d’O.R., S.O.R. et sympathisants, affiliée à l’UNOR et à la FNASOR

Une lettre en date du 29 mars 2009, émanant de Richard Attias, 102 Avenue de Provence 26320 St Marcel les Valence, Victime de l’Algérie de 1962, Juif et pied noir dans l’honneur.

Un article du Le Dauphiné Libéré en date du Samedi 21 mars 2009 page 9,

Une lettre ouverte avec copie au Dauphiné Libéré pour publication, signée des Présidents des associations suivantes :

Cercle algérianiste de Drôme Ardèche, Bernard CINI,

ANFANOMA Valence, Guy SEROR

HARKIS, Hocine ATBI,

Cercle des Anciennes Provinces Françaises d’Algérie, Yves BAUDIER

AFNR, Louis DE TORRES


VERITE SUR EVIAN 1962 (21 Mai 2010)

Cliquez sur le lien ci-contre pour lire les déclarations exposées dans le discours de Monsieur DALLEAU concernant les Accords d’Evian, lors de l’Assemblée Générale de clôture à Montpellier.

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Vérité sur Evian par Hugues Dalleau , Président de l’UNC

Voir également le témoignage : l’après 19 mars 1962 d’un maéchal des logis en Grande Kabylie :http://www.miages-djebels.org/spip....

Voir à ce sujet l’analyse de Général François LESCEL : http://www.farac.org/php/article.ph...

Voir également les échanges de courriers http://www.harkis.info/portail/arti...Vouloir

Documents joints

Notes

[1] 1 - Il y aura en définitive plus de morts côté français après le 19 mars 1962 que pendant les 8 années de guerre qui ont précédé.

[2] 2 Notre gouvernement y ajoutera de lui-même, pour les harkis et leurs familles, l’interdiction momentanée de venir en France.

[3] 3- Ceci a été définitivement établi le 24 mai 1962. Lors d’un Conseil des Ministres le Général De Gaulle y a déclaré ceci : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination (2 juillet 1962). Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes. Mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités ». C’est-à-dire du FLN, lui-même promoteur de bien des massacres.

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2 Messages de forum

  • Pourquoi nous refusons la date du 19 mars 1962 8 avril 2010 12:18, par Pierre Hédrich

    Je suis d’accord pour trouver que cette date du 19 Mars 1962 ne convient pas du tout ! J’approuve vos raisons et partage vos sentiments.

    Ancien sous-lieutenant de réserve d’artillerie (23 RA à Bou-Saada)je n’ai participé que de Mai à Décembre 1959 aux opérations là-bas ;mais suis retourné en 1960, avec ma femme et mes 2 enfants,à Alger comme jeune cadre pour Berliet-Algérie. "Heureusement"un conflit professionnel avec mon directeur financier pied-noir, nous ont fait,ma famille et moi,rapatrier à Vénissieux avant "le putsch" !

    J’ai donc pu,bien moins profondément que Claude Grandjaques,connaître l’Algérie,sa diversité et sa guerre ;et vivre l’espoir d’une pacification durable.Comme,en plus, je connais St.Nicolas de Véroce depuis mon enfance(je suis de 1934),et que j’y vis le plus souvent maintenant,son livre" Des Miages aux Djebels"m’a vraiment très intéressé:Je voudrais en acheter 2 nouveaux exemplaires.

    Sincèrement à vous dans ces souvenirs.

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    • Pourquoi nous refusons la date du 19 mars 1962 23 novembre 2013 11:41, par P Braem

      pouquoi l’UNC dont la pretendue devise est :unis comme au front, s’acharne t-elle contre les commemorations du 19 mars ? Je suis membre de l’ UNC mais egalement de la FNACA, ancien sous-off du 57é RI dans la region de Bougie en 58/59,et pour cela je revendique moi aussi une assez bonne connaissance de ces annees de misere,pour les appeles et leur famille,pour les" europeens" d’Algerie,pour les Algeriens amis de la France qui apres le 13 mai 58 ont cru que De Gaulle serait capable de dire a chacun des belligerants ses quatre verites et les amener vers un dialogue constructif.Les harkis,avec lesquels j’ai quelquefois crapahute, furent les premiers trahis par les discours mensongers ou incompetents du grand Charles qui, parait-il ,savait des l’entree ou il voulait en venir.Alors a tous ces commentateurs qui ne voient cette guerre que par le petit trou de la lunette gaulienne,a ne pas abimer, je demande une plus grande tolerance envers les autres qui eux aussi ont donne queques mois ou quelques annees de leur jeunesse,pour certains leur vie et les espoirs de leur famille.

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